Dix-huit albums passés au peigne fin

Chroniques du mois : Juin

3 juillet 2013 . 7 commentaires
By crazyhorus, in What else ?

Action Bronson & Harry Fraud – Saaab Stories (Atlantic Records)

Couchez les gosses, sortez les fat bootys, Bronson débarque plus salace que jamais avec Harry Fraud, son compagnon de vice du moment. Fort d’une pléthore d’albums collaboratifs avec Statik Selektah, Alchemist, Party Supplies et Tommy Maas, l’homme aux bourrelets généreux bénéficie d’une belle exposition depuis son explosion en 2011. L’alchimie entre les deux faiseurs de potions auditives est à son paroxysme sur « 2 Virgins » où les guitares slides crissent sous la voix nasillarde du cuisinier rouquin. « La musica de Harry Fraud », sorte de revival 90’s, où les boucles saturées de Soul « Triple Backflip » font les yeux doux aux breakbeats tranchants de « No Time » colle idéalement au flow à la limite de la rupture de Bronsolino. Si on regrettera la durée relativement courte de l’opus, Saaab Stories se déguste comme un apéritif luxueux avant un nouveau long-format du rappeur aux métaphores emplies de références culinaires. La dégustation n’en sera que plus savoureuse. - Nicolas Rogès -


Boards of Canada – Tomorrow’s Harvest (Warp Records)

Huit ans que l’on attendait ça… Huit ans que les deux messagers du précieux Boards of Canada n’avaient pas ouvertement créé de bouleversement dans le microcosme musical. Etendard du label anglais Warp aux côtés d’Aphex Twin et de Flying Lotus, Boards n’est pas du genre à cultiver son actualité avec ses fans. Mystérieux, presque intouchables, l’hydre que forme Michael Sandison et Marcus Eoin n’a rien perdu de son talent tellement il excelle dans les atmosphères électroniques immersives. Plus proche d’une bande originale qu’autre chose, chaque album de Boards of Canada repose les bases d’un nouvel ordre musical où se mêlent parfaitement breaks électroniques et science-fiction. Le dernier né, Tomorrow’s Harvest, rappelle étrangement l’univers chaotique de Geogaddi et voit disparaître le pseudo post-rock de The Campfire Headphase. Il n’y a rien à dire, c’est du Boards of Canada. - Vincent Vuillaume -


Dessa - Parts of Speech (INGROOVES)

Issue du collectif hip-hop Doomtree (surtout connu pour ses lives explosifs et sa mentalité « Do It Yourself ») la poétesse Dessa sait aussi bien dompter les puristes que les new-listenners. Perdue entre Angel Haze et Norah Jones, Dessa revient avec un nouvel album Parts of Speech qui semble conçu au creux d’une guitare. Ce n’est pas un album de hip-hop « classique » construit autour d’un duo beat/sample, c’est un album qui tire pleinement parti de la complexité des talents de Dessa. Mature, plein de douleur, de regret, d’espoir et d’amour à l’image d’une poésie moderne. Bien loin de ses soss de Doomtree qui n’osent que trop peu s’éloigner des rivages sinueux du boom-bap, Dessa semble détenir une puissance narrative unique qui fait d’elle une story-telleuse de choix dans le pot-pourri du rap-game. - Vincent Vuillaume -


Disclosure - Settle (Interscope Records)

En attendant l’interview avec Neo Boto… Ces derniers mois, il est presque impossible d’être passé à côté de ce duo anglais. Après de multiples pub, remixes et un premier album au compteur, les deux frangins Guy et Howard Lawrence servent une électro minimale explosive aux frontières de la house et de la trap music. Les puristes se feront une joie de cracher sur les relents rave de « Latch » et « White Noise » en y voyant des supercheries édulcorées à base underground mais n’y pensons pas. Avec un enregistrement à mi-chemin entre le studio et le garage, les bro Lawrence parviennent à réanimer les sons du passé à travers le prisme de la pop moderne, une hydre minimale mi-rave mi-club capable d’emporter avec elle n’importe quel dancefloor. - Vincent Vuillaume -

El-P / Killer Mike – Run The Jewels (Fool’s Gold Records)

Qui a bien pu oublier le double coup de massue que nous a infligé El-P, producteur phare de l’écurie Def Jux, l’an passé ? En produisant intégralement le missile R.A.P. Music de Killer Mike d’abord, puis en enfonçant le clou une semaine plus tard sur son troisième solo Cancer 4 Cure. L’alchimie entre le gros rappeur black et le petit producteur blanc a tellement fonctionné en 2012 que les deux révoltés ont décidé de remettre le couvert cette saison. La bombe se nomme donc Run The Jewels, est sèche comme une trique (dix titres, trente trois minutes), et risque de provoquer de sérieux dommages sur les nuques de ceux qui croiseront son chemin. Au mic, les deux loustiques remballent les trois quarts des MC’s qu’on a pu entendre cette année. À la prod, El-P parvient encore à sortir du grenier des ogives trap insoupçonnées et totalement novatrices. Et histoire de porter l’estocade, le binôme se paye même un Big Boi en mode “crève la dalle” pour un “Banana Clipper” qui devrait être interdit aux moins de dix-huit ans pour cause de violence extrême. Run The Jewels n’est pas un album mais une attaque nucléaire. Killer Mike et El-P sont définitivement de grands malades. - Morgan Henry -

Freddie Gibbs – ESGN : Evil Seeds Grow Naturally (ESGN)

Ce premier album aura mis du temps à débarquer. Alors qu’on le croyait en bonne voie depuis 2010 et la sortie par la suite de quatre EP (Str8 Killa, Lord Giveth, Lord Taketh Away, Thuggin’, Shame), il aura fallu attendre que Freddie Gibbs quitte le label de Young Jeezy sur lequel il était signé depuis avril 2011 pour que son premier essai voit le jour. En effet, six mois après son départ de CTE nous voilà en possession d’ESGN (Evil Seeds Grow Naturally), titre qui fait référence au nom de son label nouvellement créé. Contrairement à sa dernière mixtape Baby Face Killa, il ne faut pas s’attendre à de gros noms, tant au niveau des featurings (priorité donnée aux membres de son label -G-Wiz, G.I. Fleezy, Hit Screwface…-) que des productions. Forcément cela se ressent dans la qualité du projet, plus particulièrement au niveau des instrumentaux qui s’avèrent très peu convaincants, « Lay It Down » et son sample très mal senti de « The Show Most Go On » (Queen) en tête. Heureusement que Freddie Gibbs est là pour faire le travail au mic, et encore. Pas non plus catastrophique, cet album ne répond malheureusement pas à nos attentes, d’autant plus que Gangsta Gibbs avait les armes pour livrer un grand disque. - Rémy Paurion -

A lire : [Interview] Freddie Gibbs : braquage hip-hop

J. Cole – Born Sinner (Roc Nation)

« Je n’en reviens pas d’avoir déçu Nas », se lamente J. Cole sur « Let Nas down ». S’il est difficile de comprendre que Nasir Jones ait pu être frustré par le premier effort de l’ex-protégé de Jay-Z, gageons qu’avec Born Sinner la légende du Queens aura de quoi réitérer ses doutes. J. Cole verse dans le pathos avec sa nouvelle livraison à la symbolique larmoyante. Le concept-album maintes fois annoncé n’est en définitive qu’une compilation sans véritable fil conducteur: la beauté intérieure, le racisme, les filles faciles, l’aliénation par l’argent sont autant de thèmes redondants traités avec peu de finesse. Manquant souvent de relief - « Land Of The Snakes », «She Knows », « J And The Snakes », « Trouble » - Born Sinner n’en demeure pas moins un projet de bonne facture où les instants d’éclaircie « Crooked Smile », « Let Nas Down » ont un fort potentiel de Heavy Rotation. Cole a les skills et l’ambition pour chatouiller les plus hautes sphères du game, espérons simplement qu’à l’avenir son oreille pour choisir ses beats soit à la hauteur de son aisance lyricale. - Nicolas Rogès -

Jon Hopkins – Immunity (Domino Recording)

C’est donc ça, l’album dont tout le monde parle et qui ne cesse d’alimenter les débats sur la blogosphère. Jon Hopkins, 34 ans, Londonien, producteur et DJ féru de musique électronique depuis l’adolescence, copain avec Brian Eno. Voici, dans les grandes lignes, le CV de l’homme qui est sur toutes les lèvres des fans de techno depuis un bon mois. Car il se trouve que Sir Hopkins vient de sortir Immunity, disque magistral qui redessine en une heure les contours de la musique électronique anglaise. Sur cet album, Hopkins convie l’auditeur à un voyage extatique proche de la transe où la techno la plus rude (“We Disappear”, “Open Eye Signal”) se mue progressivement en longues nappes d’ambient que n’aurait justement pas renié Brian Eno (“Sun Harmonics”, “Immunity”). Si le disque tient la longueur (et Dieu sait qu’un tel projet aurait pu être un calvaire), c’est grâce à la capacité qu’a Jon Hopkins à sans cesse faire muter sa musique. Immunity n’est jamais répétitif, change de dimension toutes les trente secondes pour finalement proposer une longue odyssée sensorielle et émotionnelle. En bref, tout ce que ne réussit plus à faire Brian Eno depuis quelques années. - Morgan Henry –

Mac Miller – Watching Movies With The Sound Off (Rostrum Records)

Il était LE petit poucet de ce super thuesday aux Etats-Unis. Mardi 18 juin, le Billboard a vécu un jour comme on n’en voit plus dans le rap jeu US puisque Kanye West, J. Cole et Mac Miller sortaient respectivement Yeezus, Born Sinner et Watching Movies Whith The Sound Off. Si les chiffres de ventes ont logiquement vu s’imposer le Louis Vuitton Don d’une courte tête, le big Mac Miller n’a pas démérité. Et l’on comprend mieux pourquoi en écoutant les seize titres (dix-neuf avec les bonus) de ce second effort, au demeurant bien supérieur au premier. WMWTSO contient quelques uns des tous meilleurs morceaux rap de l’année comme ce duo avec Earl Sweatshirt sidérant de consistance (“I’m Not Real”) qui nous rappelle à quel point Doris se fait attendre. Si la première moitié de la galette se savoure sans modération, le dernier tiers est en revanche plus laborieux (ah, ces rappeurs et leur manie de toujours trop en faire). Reste que si le blanc-bec de Pittsburgh avait allégé son album de quatre morceaux, WMWTSO aurait pu être un concurrent sérieux à l’album rap US de l’année. Ne jamais sous-estimer le pouvoir des roux ! - Morgan Henry –

À voir : l’interview vidéo de Mac Miller

Médine - Protest Song (Because Music)

Dix ans déjà que Médine s’indigne par l’intermédiaire de la musique et de son label Din Records. Mais seulement quelques années que le rappeur a acquis une notoriété suffisante pour faire passer son message au plus grand nombre. On aurait pu penser que Médine profiterait de son nouveau poids dans le game pour accentuer la profondeur des réflexions qui avaient fait le succès de 11 Septembre. Le havrais nous fournit en fait un album plus concentré sur la forme. Ce n’est pas forcément un mal puisque son flow particulier convient parfaitement à ses évocations de l’Histoire des luttes. Ce qui fait de Protest Song un album-mémoire, peu convaincant sur le fond mais très réussi sur la forme. - Marin Charvet -

À lire : Médine, l’héritier

Miles Kane – Don’t Forget Who You Are (Sony Music Entertainment)

Dur dur de devoir tailler à costard à un artiste que l’on a tant adulé. Mais il en est ainsi, et le jeune Miles Kane n’aura pas de traitement de faveur pour cet album de rock pour pucelles. Cruelle désillusion que ce Don’t Forget Who You Are que l’on espérait secrètement du même acabit que le surpuissant Colour Of The Trap livré il y a deux ans tout pile. DFWYA est en fait le même disque que son prédécesseur, en version low cost. Tubes préfabriqués (“Give Up”), riffs de guitares ultra-prévisibles (“You’re Gonna Get It”), refrains nerveux histoire de montrer qu’on fait vraiment du rock & roll, et au final très peu d’émotion. Exit le charme rugueux des Last Shadow Puppets et l’insolence géniale de son premier opus, Miles Kane cale à l’heure de passer la seconde. C’est triste à dire, mais on n’aurait pas imaginé le grand pote d’Alex Turner capable d’un album aussi simpliste. Les 12-18 ans apprécieront, les autres iront réécouter les Rascals. - Morgan Henry –


Prodigy & Alchemist - Albert Einstein (Infamous Records)

Depuis leur rencontre grâce à l’entremise d’Infamous Mobb durant la fin des 90′s, Prodigy et Alchemist ne se sont jamais lâchés. Séduit par la touche personnelle du californien, la moitié de Mobb Deep lui a offert plusieurs opportunités sur les albums du groupe ainsi que sur plusieurs solos de Pee dont le fameux HNIC paru en 2000. Cette amitié donnera ainsi naissance à plusieurs collaborations dont le sous-estimé Return Of The Mac (2007) et le présent Albert Einstein. Un opus dépouillé de tout artifice, travaillé comme un matériaux noble mais dont on a voulu conserver le côté brut. Fini les jolies boucles de velours de Return Of The Mac, place au minimalisme quasi psychédélique, dernières influences d’un Alchemist en perpétuel renouvellement qui porte une nouvelle fois le flow lascif d’un Pee encore bien conservé. - Pierre-Jean Cléraux -


Quasimoto - Yessir Whatever (Stones Throw Records)

Alter ego animal de Madlib, Quasimoto a fait son apparition dans les années 2000 dévoilant de fait une nouvelle facette du producteur d’Oxnard. Peu à l’aise avec sa voix - un complexe qui ne le quittera probablement jamais - Madlib s’est caché dans la vapeur d’hélium afin de renforcer l’épaisseur de son personnage. Après le succès des deux premiers opus, Quasimoto revient cette fois avec un nouveau projet qui relève plus de la compilation inédite que du véritable album. Initialement prévu pour une écoute dans le cadre d’un cercle restreint, ce Yessir Whatever conserve la saveur des premières réalisations totalement foutraques et jubilatoires. - Pierre-Jean Cléraux -


Queens Of The Stone Age - Like Clockwork (Matador Records)

À la croisée des Doors, de Bowie et de Jack White, étoffé par une pléiade d’invités (Dave Grohl, Elton John, Trent Reznor…), le rock de la bande à Josh Homme ne souffre pas d’une absence de style. Il manque pourtant d’une véritable identité. Coupable ? la recherche un peu trop approfondie d’une perfection incompatible avec l’esprit originel du rock. La musique des Queens Of The Stone Age est ainsi souvent plate et manque d’émotions, à l’image du slow « Vampyre Of Time And Memory » où la voix de Homme ne décolle jamais. « Kalopsia », titre ambiguë et torturé, est le plus représentatif de ce hard rock ennuyeux, vidé de son âme, sans personnalité. Malgré tout, on ne peut pas nier quelques incontestables éclairs de génie (« Smooth Sailing », « I Appear Missing ») fournis par des musiciens à la technique irréprochable. - Marin Charvet -


Statik Selektah – Extended Play (Duck Down Records / Showoff Records)

Il aura fallu patienter un peu plus d’un an et demi avant que Statik Selektah ne donne une suite à Population Control. Extended Play, qui a atterri dans les bacs en ce mois de juin 2013, n’est pas un EP comme voudrait le laisser entendre le titre mais bien un album. Comme à son habitude, le producteur ne fait pas dans la demi-mesure puisqu’il a concocté pas moins de 18 titres pour son cinquième opus. Concernant les invités, là encore il a fait fort puisqu’on recense un total de 38 invités, nouvelle et vieille générations entremêlées (Action Bronson, Evidence, Joey Bada$$, Prodigy, Talib Kweli…). Quant à la qualité du projet, elle s’avère être bien loin de nos espérances, ou du moins des précédentes sorties du beatmaker. Car si Statik est capable de quelques éclairs de génie par moment (« Bird’s Eye View », « My Hoe », « Love & War », « Live From The Underground »…), dans l’ensemble ses productions peinent à séduire, même si, il faut le souligner, il a le mérite de varier les sonorités pour éviter la redondance, chose qui lui a longtemps fait défaut par le passé. Très bien choisis, les featurings sont pourtant mal utilisés pour la grande majorité d’entre eux et ne collent pas forcément à l’instrumentale qui leur est attribuée. Il fallait bien un premier faux pas dans la discographie de Statik Selektah. - Rémy Paurion -

Wale - The Gifted (Maybach Music Group)

Presque deux ans de préparation pour arriver à son troisième album The Gifted. Le rappeur de Washington DC avait la volonté pure de trouver enfin ses propres sonorités, et ce projet est sans doute celui qui s’en rapproche le plus. Il semblerait que Wale a retrouvé l’excitation de la musique, s’inspirant d’un peu tout le monde tels que Marvin Gaye, Michael Jackson et même Michael Jordan. Malheureusement, durant tout l’album il ne se mouillera pas, assurant le minimum. Pourtant les productions sont très bonnes et les invités jouent leur rôle à merveille, allant de Cee Lo Green à Rihanna. La marque MMG ne se fera même pas ressentir malgré les brèves apparitions de Rick Ross et Meek Mill. Mais à en vouloir trop, le MC tourne en rond sur seize morceaux tanguant entre la pop (« Bad (Remix) », « Vanity ») et le rap (« Bricks », « Clappers ») sans jamais vraiment savoir de quel côté basculer. - Adrian Huguenot -


Zomby - With Love (Beggars)

Encore un DJ masqué qui fait de la rave… Le lecteur pressé pourrait s’arrêter à ce constat précaire mais serait malheureusement loin de s’imaginer que le jeune homme a notamment produit des titres sur la dernière relique du sacro-saint Kanye West. Incapable de se borner à un style, Zomby défonce l’art du DJing et prouve qu’un platiniste peut rivaliser avec un musicien. Le double album intitulé With Love est a des kilomètres des transitions en douceur d’un grand nombre d’albums électroniques contemporains. Pas de fondus sonores, pas de quotas de scratching et encore moins de track au refrain entêtant (y a-t-il des refrains ?). À la place de ça, trente-trois titres à la beauté troublante et indescriptible qui usent de la longueur de l’album pour ajouter à son absorption. Définitivement un grand album. - Vincent Vuillaume -


L’album qui divise

Kanye West - Yeezus (Def Jam)

Si Alexander Dubcek a parlé de socialisme à visage humain, Kanye West incarne quant à lui l’art à visage humain. Pour toute une génération, c’est un artiste qu’on suit pas à pas, chaque album dégage une couleur, une sensibilité, une histoire. Lorsque Yeezus déboule, il faut le placer dans cette constellation. Cet opus fait la synthèse, avec des teintes déjà explorées dans ses précédents albums, du maniements des samples Soul du début au travail expérimental présent dans 808’s & Heartbreak et My Beautiful Dark Twisted Fantasy. Mais dans Yeezus, Kanye West pousse l’expérimentation musicale à son paroxysme en brutalisant les codes, il n’hésite pas à casser violemment la trame musicale pour y intégrer un sample soul en plein morceau (« On Sight ») ou à mettre des cris de l’égorgement de Christine Boutin dans « I am a God ». Kanye West a compris qu’aucune révolution ne se faisait en direction de terres inconnues et qu’il devait accompagner ses auditeurs par des impressions de « déjà vu » dont il maîtrise les rouages. Une habile recherche d’équilibre entre confort et prise de risque. - Julien Bihan -

Kanye West – Yeezus (Def Jam)

Combien se sont jusqu’à présent risqués à dire du mal du Tout-Puissant Yeezus et ses allures d’album sacré ? Loin de nous l’idée de vouloir tirer la couverture sur soi, mais Neo Boto doit pratiquement être l’un des seuls médias de l’univers à (aussi) émettre un contre-avis sur le dernier opus du grand Kanye. Par où commencer ? Et comment faire comprendre en six cent signes que cet album n’est ni bon, ni foncièrement mauvais, mais qu’il demeure surtout d’une banalité affligeante à l’heure où la planète le juge révolutionnaire. Kanye West ne rappe plus vraiment, ne chante pas complètement, tente de trouver un liant entre Capelton et Jésus. Alors certes, la démarche est louable et l’on ne pourra jamais reprocher au petit frère spirituel de Jigga de ne pas expérimenter. Mais si l’on démystifiait juste cinq minutes cet objet pour le prendre tel qu’il est : une œuvre tantôt intéressante (“I Am A God”), parfois très moche (“Guilt Trip”, “Send It Up”), souvent anecdotique… Ce n’est en aucun cas de la mauvaise foi de notre part, on a pourtant cherché le génie un peu partout, écouté puis réécouté pour se dire que le problème venait de nous et non des autres, mais rien n’y fait. Et oui, pour quelques autochtones sur Terre, Yeezus est capable d’en toucher l’une sans faire bouger l’autre ! – Morgan Henry -

7 Commentaires
  1. jpkoff le 3 juillet 2013 à 20 h 56 min

    merci les gars, j avais besoin de son frais

  2. sweat le 4 juillet 2013 à 22 h 50 min

    Le dernier album de Kanye West me fait penser a un album de Picasso.
    9 fois sur 10 on le trouve moche,désordonné,abstrait,on comprends rien. Mais y’aura toujours une personne pour dire « c’est différent, c’est nouveau, c’est expérimental, ça c’est de la pure création » et fini toujours avec l’argument supreme: « c’est de l’art ».
    Et c’est ce mec la (ou groupe) qui va infuencer tous les autres, ce mec c’est les médias.
    Apres ça devient tres dur de dire « la derniere fois j’suis allé au musée, j’ai vu Guernica de Picasso, putain comment c’est laid, jcomprend pas ce que les gens lui trouve » .
    Tu risques de passé pour un con, un mec sans sensibilité artisique, un beauf quoi. Et ça, Kanye a réussi a le reproduire. Respect pour ça
    car même un mec comme Jay-z, le roi du business, n’y est pas arrivé.

  3. a1195651 le 5 juillet 2013 à 11 h 33 min

    Je viens de découvrir votre site web, bravo pour vos sélections musicales ! Concernant Jon Hopkins, rien à ajouter, c’est tout simplement fabuleux. Run the Jewels est un très bon album également. Par contre, concernant Disclosure, je dois vous avouer que je trouve ça un peu mou et assez convenu. C’est Chicago style, mais en plus clean et moins dansant. Trop proche de l’ambiance club à mon gout.

  4. JohnJoe le 5 juillet 2013 à 13 h 36 min

    Je valide totalement le commentaire de « Sweat ». Personnellement j’ai trouvé l’album très moelleux, mais apparemment il faut dire que le concept est nouveau, à la pointe de la pointe tout ça. En tout cas je l’ai rapidement supprimé du mp3

  5. MCKKYU le 6 juillet 2013 à 10 h 57 min

    Ton commentaire sweat est trop intéressant, j’y avais jamais pensé et en y réfléchissant c’est exactement ça !
    Merci Neo pour les chroniques

  6. BDK le 8 juillet 2013 à 22 h 35 min

    Kanye a apporte un vrai vent nouveau, les prods et la musique en elle meme sont tres differentes de ce quon a pu entendre et pour moi chaque morceau est un ascenseur emotionnel reussi . le contraire de mou haha

  7. Stephany le 11 juillet 2013 à 1 h 17 min

    Adrian Huguenot ton avis m’a beaucoup éclairé, merci !

    bisous, Steph’.