Freddie Gibbs, l'électron libre
[Interview] Freddie Gibbs : braquage hip-hop
Si on restait attaché à un certain déterminisme on pourrait dire que Freddie Gibbs n’était pas vraiment destiné à devenir rappeur. Natif de Gary (Indiana), Gibbs semblait plus accoutumé à l’échange de petits cailloux blancs qu’à côtoyer l’atmosphère rassurante des studios. Grande gueule devant l’éternel, son bagou a fini par payer en 2009 grâce à la sortie de sa mixtape The Misseducation Of Freddie Gibbs. Depuis, le MC à la voix caverneuse ne cesse de grimper tel un électron libre dans un game qui ne compte plus ses imposteurs. NeoBoto s’est frotté pour vous à l’apparent « je m’enfoutisme » d’un gars qui en a à revendre.
Texte : -Crazyhorus- / Traduction : -Nico- & -Crazyhorus-
Tu viens d’une petite ville, Gary dans l’Indiana. Peux-tu nous décrire comment était ton quotidien à Gary ? Etre rappeur n’était pas vraiment ta préoccupation première…
(Rires) Non, mon truc c’était plus de vendre du crack. Il faut dire que c’est une ville assez dure où il est très difficile de trouver un emploi et tu dois faire ce qu’il faut pour survivre. Le rap était pour moi juste un passe-temps qui a fini par bien tourner pour moi.
Aujourd’hui tu vis à L.A., c’est une autre vie pour toi. Tu as d’autres opportunités et L.A. possède une scène rap assez foisonnante. Comment tu t’y sens ?
J’aime beaucoup cette ville. J’en parlais justement à un ami. L.A. est une ville assez ouverte, avec une scène intéressante où il fait bon évoluer, dans la mesure où je ne pense pas qu’elle soit gangrénée par des MCs de seconde catégorie. Il y a du bon son et y vivre ne peut être que positif d’autant que je suis persuadé que je peux apporter quelque chose.
Tu as bossé avec Alchemist sur The Devil’s Palace EP ? Qu’est ce qu’il se passe avec ce projet ?
Pas encore, j’espère pouvoir le faire un jour mais bosser avec lui ça reste toujours dans un bon esprit. Il est l’un des producteurs que je préfère et toutes les opportunités pour bosser avec lui sont bonnes à prendre. Du coup j’espère qu’à l’avenir je pourrai travailler encore un peu plus avec lui.
Ça fait quoi de bosser avec Alchemist ? On dit que c’est un gros bosseur, qu’il ne dort pas etc.
Ouais c’est un gros bosseur, j’ai aussi entendu dire que quelques fois il ne dort pas et qu’il fume ces joints que vous fumez en Europe avec de la weed mélangée à du tabac, mais perso je suis incapable de faire ça ! (rires) En tout cas c’est ce qu’il faisait quand j’étais en studio avec lui.
Parlons de tes influences. J’ai lu quelque part que tu admirais énormément Scarface et la grande période Rap-A-Lot. Pourquoi Scarface et quel est l’album que tu préfères ?
C’est probablement The Diary juste pour le morceau “Never Seen A Man Cry” (connu aussi sous le titre “I Seen A Man Die”, ndlr), j’adore ce titre. C’est un de mes skeuds préférés, c’est très introspectif. Scarface tu sais c’est un gars du hood qui peut te montrer deux facettes de sa personnalité. Ses lyrics, leur structure, tout ce qu’il rappe ses storylines, lyricalement il a apporté quelque chose de plus au game. Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup d’autres personnes, pas seulement dans le Sud mais dans le monde qui peuvent rapper avec le même niveau que Scarface. Ce type est juste incroyable et je trouve que quand les gens parlent des bons rappeurs son nom devrait être cité plus souvent.
Est-ce que tu travailles toujours avec l’ancien manager de 50 Cent ?
Non, j’emmerde ce type… (il part dans une série d’insultes sur l’ancien manager).
En 2010, tu as fait partie des freshmen XXL. Quelle est la différence entre avant et après ?
Beaucoup de gens vous connaissent par la suite bien sûr à cause de la puissance de frappe de la cover d’XXL, c’est vraiment quelque chose d’important. T’as aussi un paquet de “dick riders” qui viennent après la cover des freshmen. Je n’ai rien changé pour être sur cette cover, j’ai tout simplement fait ce que j’ai toujours fait mais ces enfoirés ne me voyaient pas. Maintenant tu sais, j’ai vu pas mal de gars changer leur style pour être dans les publications ou toutes ces conneries mais ce n’est pas comme ça que je fonctionne. Par exemple cette année, tu vois j’ai vu des enfoirés suppliant sur Twitter qu’on vote pour eux. C’est ridicule. Si les négros s’en tenaient à ce qu’ils étaient vraiment ça serait mieux, ils seraient sélectionnés pour ce qu’ils sont vraiment.
Tu as aussi le son « Look Easy » produit par Speakerbomb qui tourne sur NBA 2K12, c’est une sacrée consécration !
J’aime NBA 2K12, mais je n’y joue pas tant que ça car je me fais tout le temps botter le cul (rires), mais j’ai sincèrement apprécié le fait qu’ils aient intégré ma musique, ça apporte une nouvelle saveur au truc.
Pourquoi avoir signé chez CTE, le label de Young Jeezy ?
Je voulais faire du son avec de vrais thugs, car je connais un paquet de faux gars. Si je veux parler de quelque chose de vrai je veux le faire avec de vrais gars. C’est le plus important. Il y a plein de choses que je peux apprendre de Jeezy. C’est bon aussi d’être polyvalent. Un jour je peux enregistrer avec Jeezy, Madlib (Cf. le clip en fin de page) ou encore avec Static Selektah mais dans tous les cas je reste moi même.
Ton EP Lord Giveth, Lord Taketh Away était produit par Statik Selektah. Comment est votre relation ?
C’est génial, c’est mon gars, on travaille beaucoup ensemble et on devrait collaborer encore un peu plus dans le futur, on a prévu de sortir un truc bientôt, c’est juste une question de temps. On est pal mal occupés tous les deux mais on veut faire plaisir aux fans, on sera de retour en studio bientôt !
As-tu des conditions avant de travailler avec quelqu’un ? (vie, background, sonorité…)
La bonne musique reste bonne.. Je rappe sur tous les sons que je trouve bons, je n’ai aucune condition. Un bon rappeur doit être capable de rapper sur tout.
Qu’est-ce qu’il se passe avec ton premier album Baby Faced Killa ? Tu as détails pour les french cats ?
J’espère qu’il sortira dans les prochains mois, ce sera peut-être Baby Face Killah mais ça peut aussi être autre chose. Je ne veux pas trop effrayer le public, je veux seulement lui donner un bon album donc si je dois changer le titre ce n’est pas un problème. Je veux encore faire peur aux mamans des gosses qui font du foot et toutes ces conneries, mais je veux aussi qu’elles achètent mes albums !
Alors que ce soit sur une major ou autre chose, j’espère que ça sortira assez tôt cette année, tout est une question de timing maintenant, alors quand ce sera prêt ce sera vraiment bon. Je resterai authentique et je bosserai dur jusqu’à la fin pour sortir mes projets.
Merci à Maxime Robin
A écouter :
- Freddie Gibbs & Madlib - Thuggin’ (Madlibinvazion, 2011)
- Freddie Gibbs & Statik Selektah - Lord Giveth, Lord Taketh Away (Corporate Thugz, Showoff, 2011)
- Freddie Gibbs - Cold Day In Hell (Corporate Thugz, 2011)
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