Un mercato pas tout à fait comme les autres

3 enseignements à tirer du mercato estival

7 septembre 2013 . 5 commentaires
By Rémy, in Featured, Lifestyle

Période clé dans l’année footballistique, le mercato estival a débuté le 11 juin dernier et a fermé ses portes le 2 septembre. Trois mois, quasiment, dédiés à l’achat et la vente de joueurs dans des buts bien précis : se renforcer, se séparer des mauvais éléments, palier d’éventuels départs, renflouer les caisses, doubler les postes en vue d’une compétition européenne ou encore faire des affaires.
Rumeurs, faux départs, bras de fer, négociations qui traînent, ce marché estival 2013 aura une nouvelle fois tenu toutes ses promesses. Bien évidemment, Neo Boto a suivi ça de près et tire pour vous les trois enseignements de ce mercato.

Ne jamais s’en tenir aux promesses

Qui parmi vous n’a jamais été confronté à ce cas de figure, faire une promesse alors que l’on sait pertinemment que l’on ne la tiendra pas ? Un domaine dans lequel Claudio Ranieri, entraîneur de l’AS Monaco passé auparavant par l’Inter Milan, la Juventus ou encore Chelsea, est passé maître. Ayant promis l’arrivée de quatre ou cinq joueurs, pas davantage au risque de chambouler l’effectif en place, le technicien italien en rigolerait s’il nous lisait aujourd’hui. En mai dernier, l’intéressé confiait effectivement à Monacomatin :

« Le marché ne permet pas de dire « je veux lui, lui et lui » ; à l’époque (en janvier 2013, ndlr), on avait recruté dix ou onze joueurs. Ici, on aimerait seulement en prendre quatre ou cinq. »

Un discours qui, aujourd’hui, apparaît désuet, le club du Rocher ayant enregistré pas moins de quatorze recrues au cours de ce mercato estival, soit quasiment le triple de ce qui avait été annoncé.

A l’étranger, même cas de figure à Arsenal, l’entraîneur Arsène Wenger ayant promis un mercato de feu, tant quantitativement que qualitativement. Avec un budget de 150 millions d’euros consacré au recrutement, le technicien d’origine strasbourgeoise entendait investir à gogo et apporter à l’Emirates Stadium deux ou trois joueurs d’envergure. Mais c’était se tromper, car si sa volonté d’offrir aux fans un recrutement digne des plus grands était bel et bien sincère, force est de constater qu’il a essuyé de nombreux échecs, lui qui a tendance à trop surcoter son club sur la scène européenne. Car oui, si l’on fait les comptes à la vieille de la clôture du mercato, seulement Yaya Sanogo (ex-AJ Auxerre) et Mathieu Flamini (ex-Milan AC, laissé libre depuis l’expiration de son contrat) ont rejoint les rangs des Gunners. Si le club s’est très bien rattrapé dans les dernières heures, enrôlant le gardien Emiliano Viviani de Palerme (sous forme de prêt) et surtout Mesut Özil du Real Madrid (débauché pour la modique somme de 45 M€), le constat reste peu flamboyant, d’autant plus que les profils espérés (un grand buteur et un numéro 6) ne sont pas arrivés. Alors oui, Wenger n’a pas tenu ses engagements, c’est un fait, mais il serait cruel de lui jeter la pierre, lui qui était présent sur tous les coups cet été (Higuain, Suarez, Cabaye). Exception faite d’Özil, le recrutement se solde par un échec, échec qui, qu’on se le dise, était prévisible, la côte d’Arsenal étant en véritable chute libre depuis quelques années. Une chose est certaine désormais, le club londonien n’a plus rien de sexy et n’attire plus. L’exemple le plus significatif réside en la personne de Gonzalo Higuain, ancien joueur madrilène qui a choisi de rejoindre Naples plutôt qu’Arsenal. Une démarche qui aurait été inimaginable il y a quelques années.

Même son de cloche pour Josuha Guivalogui, joueur stéphanois qui s’est engagé avec l’Atlético Madrid dans les dernières heures du mercato. Le même qui, le 10 août, déclarait :

« C’est une grande satisfaction de prolonger dans mon club formateur. Je remercie la direction et le staff pour la confiance qu’ils m’ont donnée. Je veux leur donner raison. Je suis bien à Saint-Etienne.« 

Il aura suffi que les Colchoneros passent par là avec un beau chèque de 12 millions d’euros (bonus inclus) pour que le joueur plie bagage, direction l’Espagne (la non qualification de Saint-Etienne en Europa League en est certainement pour quelque chose). Et dire que les dirigeants de l’ASSE ont rabâché durant trois mois que seul Aubameyang détenait un bon de sortie…

Les joueurs obtiennent toujours gain de cause : une idée reçue ?

Qui a dit que les joueurs ressortaient toujours vainqueur des bras de fer ? En août dernier, Éric Di Meco, ancien joueur émérite devenu consultant chez RMC, déclarait :

« Ce sont toujours les joueurs qui gagnent. Les joueurs sont le fonds de commerce d’un club, ils le savent et en profitent. »

Quelque part ancré dans l’imaginaire collectif, nombreux sont ceux à déclarer que les joueurs font systématiquement la loi dans leur club. Mais Bafétimbi Gomis (OL), Luis Suarez (Liverpool) et Wayne Rooney (Manchester United) ne seraient-ils pas la preuve vivante du contraire ? Si Florian Thauvin a réussi à obtenir ce qu’il voulait en ralliant l’Olympique de Marseille dans les dernières heures du mercato, ce n’est résolument pas le cas pour le tout le monde. Suarez et Rooney ont beau avoir fait connaître à leur direction leur envie d’ailleurs, rien n’y a fait, obligeant de fait les joueurs à entrer en clash avec leurs dirigeants. Intraitables, ces derniers sont restés de marbre, s’opposant à toute possibilité de départ. C’est donc malgré eux que Rooney et Suarez ont dû abandonner l’idée de rejoindre respectivement Chelsea et Arsenal. Même topo pour Bafé qui, en attendant le règlement de son sort, s’est vu dans l’obligation d’aller séjourner du côté de l’équipe réserve. Inflexible, le président lyonnais Jean-Michel Aulas a su jouer son rôle de boss et agir comme tel en faisant respecter ses choix, discutables il est vrai. De même pour les dirigeants mancuniens et reds qui n’ont pas cédé face aux pressions de leurs starlettes capricieuses. Comme quoi dans le foot, le joueur n’est pas toujours roi.

Et quid du merlus Jérémie Aliadière, qui a préféré les tribunes au terrain lors du match de préparation face à Brest en juillet dernier ? Lui qui avait fait part aux dirigeants lorientais de son désir de rejoindre un club de haut rang, jouant l’Europe de préférence, a déclaré après coup que son absence avait une explication toute simple : éviter toute blessure pouvant nuire à une possible revalorisation salariale. Sincère ou intransigeance de la part de la direction quant à un éventuel départ qui aurait poussé le joueur à partir au clash ? Chez Neo Boto, on opte plus pour la deuxième solution qui, si elle avérée, atteste une nouvelle fois du poids de la décision prise par la direction d’un club, Lorient dans ce cas présent.

Un fossé se creuse en Ligue 1

Dans ce mercato plus que les autres, la France a fait l’objet d’un intérêt tout particulier en Europe. Le temps où les clubs français n’avaient pas les moyens d’attirer dans leurs filets des joueurs de renommée internationale semble révolu. Après en avoir aperçu les signes annonciateurs lors des précédentes périodes de transferts, cela s’est confirmé cet été avec l’arrivée massive de joueurs d’envergure. Le PSG et Monaco en ont été les principaux instigateurs et donc bénéficiaires ; les deux attaquants les plus en vue de ce derniers mois Edison Cavani et Radamel Falcao, les stars montantes Marquinhos et James Rodriguez, l’expérimenté Ricardo Carvalho, autant de joueurs dont on ne pensait pas, un jour, voir fouler les prés carrés de la Ligue 1. Des arrivées qui permettent ainsi au championnat de France de lui assurer une meilleure visibilité à l’étranger et surtout d’attirer un plus grand nombre de joueurs de classe mondiale.

Bénéfique pour notre championnat, il n’empêche que cela a pour conséquence de creuser encore plus le fossé qui sépare les clubs français aux deux montres financiers que sont Monaco et le PSG. 166,2 M€ et 114 M€, c’est ce qu’ils ont respectivement dépensé dans ce mercato, les plaçant de fait aux deuxième (Cavani pour 64,5 M€), troisième (Falcao pour 60 M€) et quatrième (James Rodriguez pour 45 M€) places des plus grosses ventes de l’été. Quand on sait que mis à part Marseille (43,5 M€ déboursés), c’est Saint-Etienne qui tient la corde avec ses 15,5 M€, très loin devant Toulouse (8,6 M€), Lille (3 M€) et Lyon (3 M€), on ne peut que constater l’ampleur du gouffre qui sépare désormais l’élite au reste de la Ligue 1.

Un cloisonnement au sein même de la Ligue 1 qui n’est pas sans rappeler celui des autres grands championnats européens, exception faite de l’Angleterre. En effet, si l’on regarde de plus près ce qui se passe en Allemagne, en Espagne ou encore en Italie, force est de constater que deux clubs, trois maximum, surplombent constamment le championnat. Que ce soit le Bayern Munich et le Borussia Dortmund en Bundesliga, le Real Madrid et le FC Barcelone en Liga, la Juventus, le Milan AC et maintenant Naples en Serie A, ces clubs ne cessent, année par année, de dominer leur championnat respectif tant sportivement que financièrement. En France, longtemps l’on a été sans club moteur, à l’exception peut-être de l’Olympique Lyonnais pendant ses sept années de règne (2002-2008). Il n’empêche que depuis 2008, dernier sacre lyonnais en date, aucune équipe française n’a réussi à imposer une quelconque mainmise sur les autres. Et ce n’est pas Bordeaux, Marseille, Lille ou encore Montpellier, respectivement champions en 2009, 2010, 2011 et 2012, qui vous diront le contraire.

Mais il se trouve que depuis, la donne a changé. En effet, n’assisterions-nous pas à une recrudescence de la Ligue 1 ces derniers temps ? Monaco et Paris, ces deux nouveaux riches que ne connaissent pas la crise, n’ont pas lésiné à dépenser des fortunes pour attirer des joueurs de haut vol cet été. Un recrutement qui ne cesse de redorer l’image de ces deux clubs, mais aussi celle de notre championnat, et qui affirme à l’étranger leur volonté d’imposer une véritable domination, en France pour commencer, puis à terme en Europe. Une détermination qui pousse ces deux équipes, comme c’est déjà le cas en Espagne ou en Allemagne notamment, de jouer le rôle de clubs moteurs en France afin de booster tout un championnat. On est en 2013, et le football français va enfin pouvoir, du moins on prie pour, entrer dans la cour des grands et être reconnu en Europe comme un championnat d’envergure.

Entre promesses non tenues et bras de fer à répétition, ce nouveau mercato s’inscrit dans la suite logique de ce qui nous est réservé chaque été. En France néanmoins, ce marché estival 2013, très favorable à Monaco, Paris mais aussi Marseille dans une moindre mesure, aura réservé bien des surprises et restera à coup sûr dans les annales. Un nouveau départ pour la Ligue 1 qui, on l’espère, passera très vite un nouveau cap sur la scène européenne grâce à ses nouveaux représentants cités plus haut.

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Rémy Paurion
@RmyPaurion

5 Commentaires
  1. Alex le 7 septembre 2013 à 19 h 21 min

    L’analyse sur Arsenal complètement à côté de la plaque. En attirant un joueur du calibre de Özil, le club a regagné sa place dans la cour des grand et se retrouve enfin sur la pente ascendante. Le fond du trou c’était l’an dernier.

  2. guizi ouzou le 7 septembre 2013 à 20 h 44 min

    +1
    ozil est le meilleur meneur de jeu au monde, en recrutant un joueur de ce talent ( au passage il les vaut largement ces 45 millions) arsenal rentrer dans une nouvelle dimension et jouera le top 3 cet année

  3. Tom le 7 septembre 2013 à 21 h 50 min

    Ouai je me suis dit exactement la même chose, pour moi Arsenal était fini et quand j’ai vu qu’Ozil y allait j’ai vraiment été surpris, on peut pas dire qu’Arsenal ait raté son mercato alors qu’ils ont chopé le meilleur 10 du monde à mon avis, je me demande d’ailleurs ce qui est passé par la tête des dirigeants du Real, parce que Bale c’est un tueur mais c’est un ailier, ils avaient déjà Ronaldo et Di Maria, lâcher Ozil c’est de la folie.

  4. Rémy le 7 septembre 2013 à 22 h 25 min

    Je tiens à vous préciser messieurs que même si Özil est un grand joueur et une recrue inespérée pour Arsenal (d’autant plus qu’elle est arrivée quelques heures avant la fin du mercato), le club a essuyé un bon nombre d’échecs et c’est cela que je voulais souligner.
    Exception faite d’Özil, on ne peut pas vraiment dire que le recrutement d’Arsenal a été une réussite. Wenger détenait tout de même une enveloppe de 150 M€ pour les transferts, il avait de quoi attirer deux ou trois joueurs de grande envergure. Mais il n’a pas réussi, donc pour moi c’est un demi-échec.

  5. Alex le 8 septembre 2013 à 1 h 35 min

    Mais c’est ça que tu ne comprends pas. En faisant signer Özil, Wenger exorcise les démons du passé. Cela fait 5 ans que Arsenal ne gagnait rien, et perdait ses meilleurs joueurs. Malgré ça, le club parvenait à jouer le top 4 en Premier League et à disputer la Champion’s chaque année. Avec Mesut en plus de l’effectif actuel, Arsenal revient dans la course au titre et ouvre grand la porte à l’arrivée des joueurs du calibre des Suarez et autres Higuain qui auraient refusé par le passé.

    Et puis rien qu’en imaginant le jeu que va produire Arsenal avec Özil à la baguette, il est pas possible de parler de mercato raté.