Un mois pour le moins intéressant

Chroniques du mois : Août

5 septembre 2013 . Pas de commentaire
By Rémy, in Featured, What else ?

A$AP Ferg - Trap Lord (ASAP Worldwide/Polo Grounds/RCA)

À l’heure où les crews dominent le rap américain entre les Odd Future et Black Hippy, A$AP Mob a trouvé sa place. Propulsé par le deal et la popularité d’A$AP Rocky, il fallait trouver la deuxième figure pour pénétrer encore plus dans l’ambiance proposée par cette bande et c’est là qu’intervient le truculent A$AP Ferg et son premier album, Trap Lord. A$AP Ferg est certainement le plus dégénéré du collectif, un univers à part et un flow totalement barré, le ODB du A$AP Mob. Il livre un projet sombre entre des morceaux trap dansant mais aussi lumineux qu’une cave d’Harlem (« Work », « Shabba », « Dump Dump ») et d’autres torturés où il se coupe les veines avec une lame usagée (« Hood Pope », « Fergivicious », « Make A Scene »). À deux doigts de l’horrorcore, on se délecte de cette obscurité délicieuse comme celle d’un film d’horreur où tous les codes sont parfaitement maîtrisés. - Julien Bihan -

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Big Sean - Hall Of Fame (G.O.O.D. Music/Def Fam)

Son premier opus Finally Famous, commercial à souhait tel que le voulait son label à l’époque, est bien loin derrière lui. Big Sean est revenu plus fort. Plus expérimenté, un flow plus travaillé, des lyrics plus recherchés. Voilà que le rappeur de Détroit détient les armes pour faire sa place avec Hall Of Fame. Contrairement à son boss, Sean n’a pas écourté son projet (dix-huit tracks version deluxe) et n’a pas hésité sur la promo. Comme dans une équipe, certains titres sont individuellement très bons (« Nothing Is Stopping You », « Switch Up », « Fire »), d’autres plus en-dessous (« Toyota Music ») mais le résultat est sérieux et très agréable. Les transitions sont bonnes, les skits mémorables et certains morceaux passeront en boucle dans votre iPod tels que « Beware » et « First Chain », et c’était prévu ainsi. Un classique comme l’annonçait Eminem ? Certainement pas, mais Big Sean peut être fier du projet le plus abouti de sa carrière. - Adrian Huguenot -

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Earl Sweatshirt – Doris (Tan Cressida/Columbia Records)

C’était l’album rap le plus attendu de l’été. Celui sur qui tous les bookmakers auraient placé leurs pions les yeux fermés. Depuis une poignée de semaines, le petit génie de la troupe OFWGKTA n’avait de cesse de faire languir ses fans à coup de teasers très second degré et de clips ultra-léchés. Une promotion tellement aguicheuse que certains ont dû se trouver un brin désemparés au moment de découvrir un album sombre et pince-sans-rire au possible. Derrière l’image de clowns furibards que renvoient Tyler et la clique Odd Future, Earl Sweatshirt s’est mué en garçon sage porté sur l’introspection et la remise en question (“Chum”, “Burgundy”). Dénué d’artifices, Doris est un disque d’une profondeur inouïe masqué par une chape de plomb malaisante qui en rebutera plus d’un. Si des ténèbres jaillit la lumière, alors c’est en creusant que l’on découvre les véritables propriétés de cet opus qui est tout sauf une partie de plaisir. Doris n’est pas le genre de disque qui tourne en boucle dans la voiture, mais plutôt celui que l’on ressort les soirs de pleine lune et qui nous hante, longtemps, très longtemps. - Morgan Henry –

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John Mayer - Paradise Valley (Columbia Records)

On le disait dans la chronique de son dernier album Born & Raised, John Mayer a enfin trouvé sa voie, celle d’un genre mêlant à la fois blues, country et folk. Guitare sèche à la main, le chanteur nous met à l’aise d’entrée de jeu avec d’agréables mélodies qui ne sont pas sans rappeler celles de sa dernière galette. Mais c’est bien beau d’avoir de belles mélodies, encore faut-il que ça suive au chant. Et à ce niveau-là, le chanteur nous déçoit fortement, s’enlisant beaucoup trop dans la nonchalance. Ajoutée à celle des productions, on obtient un projet mou, limite ennuyant. Heureusement, John Mayer arrive à nous offrir quelques délicieux moments, que ce soit avec le morceau « I Will Be Found » ou encore sa collaboration avec Frank Ocean sur le titre « Wildfire », indéniablement la plus grande réussite de cet opus. Loin d’être l’album du mois, Paradise Valley reste à coup sûr un projet qui pourra nous être très utile lors de longues virées à la campagne en compagnie de notre dulcinée. - Rémy Paurion -

King Krule – 6 Feet Beneath The Moon (True Panther/XL Recordings)

Nous n’avons pas fini d’entendre parler d’Archy Marshall, a.k.a. Zoo Kid, a.k.a. King Krule, a.k.a. Edgar The Beatmaker à ses heures perdues. Le rouquin du sud-est de Londres a dix-neuf ans et s’est déjà mis toutes les critiques intello dans la poche avec seulement deux EP. Alors imaginez quand celui-ci sort son premier long format… 6 Feet Beneath The Moon est, comme l’on pouvait s’en douter, un disque réussi et particulièrement prometteur. Il n’y a qu’à voir avec quelle facilité Marshall s’amuse à triturer jazz (“A Lizard State”), trip-hop (“Will I Come”), rockabilly ou dub pour se convaincre de la marge de progression du loustique. Pour autant, il manque un petit quelque chose qui aurait rendu ce premier effort savoureux de bout en bout. King Krule possède une voix rarissime et ne le sait que trop. Or, on a parfois le sentiment que le jeunot abuse de ce don du ciel et délaisse sa blue-wave au profit d’effets vocaux quelque peu lassant (“Has This It ?”, “Ceiling”). Retirez quatre chansons à 6 Feet Beneath The Moon, et l’extase n’est pas loin. - Morgan Henry -

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Moderat – II (Monkeytown)

En sortant ce second coup d’essai à la fin de l’été, le combo berlinois Modeselektor et Apparat est à deux doigts de réaliser le hold-up parfait. D’une, car leur bien nommé II est le disque idéal pour chiller en ces fins de soirées estivales. Et de deux car les carrières respectives des deux entités ne sont pas toujours au beau fixe. C’est bien simple, cette suite du premier volet Moderat sorti en 2009 est vouée au succès. Déroulant sur onze titres et cinquante-trois minutes une electronica teintée d’envolées pop (“Let In The Light”, “Gita”, “Bad Kingdom”) et de longues nappes techno (“Milk“ et ses onze minutes so Berlin), les trois allemands s’assurent de satisfaire le fan de musique électronique au sens large du terme. Si la formule peut paraître un brin simpliste et convenue sur certains morceaux, on ne peut que s’incliner devant l’efficacité contagieuse de cette musique lunaire qui envoute et hypnotise (“Therapy”). La critique est déjà totalement conquise, et nous ne sommes pas loin de l’être aussi. - Morgan Henry -

Ras G & The Afrikan Space Program - Back On The Planet (Brainfeeder)

Héritier de l’afro-futurisme distillé par Sun Ra dans les années 1950, Ras G poursuit aujourd’hui cette cosmogonie reprise dans les 70′s par le p-funk, Georges Clinton en tête. De la musique pourtant, nous sommes loin des extravagances funk de Funkadelic et Parliament, pour se rapprocher en revanche de la fibre d’un Flying Lotus, d’un Daedlus ou d’un Samiyam. Car Ras G cultive une nouvelle fois l’art de l’expérimental à grands coups de collages obscurs et de productions qui flirtent parfois avec l’ambiant, le tout transcendé dans un univers spatial à la profondeur insondable. Si Back On The Planet peut rebuter de par son abstraction, cet opus reste une œuvre complexe comme suspendue dans temps. - Pierre-Jean Cléraux -

Steve Arrington & Dam Funk - Higher (Stones Throw Records)

Si Dam-Funk n’a jamais fait mystère de son gout immodéré pour le funk des 80′s, ce dernier met cette fois entièrement les pieds dans le plat. En s’acoquinant avec Steve Arrington ex membre de Slave et figure incontournable du boogie funk, le californien réalise un rêve de gosse. Ainsi, Higher établit un pont entre ce funk 80′s longtemps décrié et une sensibilité plus contemporaine à la fois aérienne et généreuse. Une filiation naturelle qui se décline sur quinze titres qui font la part belle aux gros claps funky et aux synthés vaporeux dont Dam-Funk possède le secret. De quoi vous mettre la fièvre en cette arrière saison propice à la nonchalance des derniers jours d’été. - Pierre-Jean Cléraux -

Stromae - Racine Carrée (Mercury/Universal)

Simplement l’un des albums les plus attendus de l’hexagone de 2013, Stromae revient. La dernière danse était en 2010 avec Cheese et avait séduit les francophones et « Alors on danse » avait remis le Français à la mode à l’international. Ceci explique sûrement les 130 000 ventes en deux semaines. Le 18 juillet dernier, présentant son album à la presse au MK2 du Grand Palais, il introduit le projet Racine Carrée par la phrase suivante : « On ne termine pas un mix, on l’abandonne ». C’est entre cette attente et ce perfectionnisme que l’œuvre prend toute sa dimension. En effet, le Belge a pris le temps de soigner son disque à deux niveaux : le faire (couleur, ambiance et production) et le dire (style, phrasé et flow). Plus que dans Cheese, Stromae a misé sur l’éclectisme dans la couleur musicale de cet album entre la dance (« Ta fête »), la trap (« Humain à l’eau ») ou encore l’afrobeat d’« Ave Cesaria » et l’intimité du quasi piano-voix de « Formidable ». Une puissance qu’il conjugue avec un travail sur les mots qu’il manie chirurgicalement et subtilement. Ainsi métaphores et jeux de mots permettent d’entrer dans une découverte de l’album en plusieurs étapes (musicale et littéraire) et prolonge son intérêt au-delà de la première écoute. Cependant, il y a dans le traitement des thèmes un universalisme au message simpliste à l’instar de « Quand c’est ? » évoquant les ravages du cancer. Un morceau qu’on peut facilement comparer avec « Marcia Baila » des Rita Mitsouko où l’exemple du singulier et du personnel pour évoquer la cruauté de la maladie est bien plus pertinent que l’angle choisi par Stromae. Une force dont il se sert dans l’émouvant « Formidable », la pièce maîtresse de l’album. - Julien Bihan -

À lire : Stromae version 2013, le bon calcul

Terrace Martin - 3ChordFold (Empire Distribution)

Nous sommes en 2013 et Terrace Martin s’est enfin décidé à faire le grand saut avec la sortie de son premier effort solo. Après une longue série de mixtapes et EP débutée en 2007, il était temps pour le producteur californien, qui a pu entre-temps se perfectionner en travaillant pour de grandes figures du rap telles Kendrick Lamar, Snoop Dogg et Talib Kweli, de se lancer avec un premier essai. C’est donc chose faite avec 3ChordFold, projet de quatorze pistes sur lequel T-Mac nous fait l’étalage de tous ses talents : écriture, production, chant (merci l’autotune) et rap. Pour autant, l’artiste ne fait pas cavalier seul, bien au contraire, puisque l’on retrouve Ab-Soul, Kendrick Lamar, Musiq Soulchild ou encore Snoop Dogg en featuring et 9th Wonder, Craig Brockman, Focus, Quincy Jones et Robert Glasper pour l’épauler à la production. Des collaborations intéressantes et réussies qui apportent un véritable plus à cet album (Kendrick Lamar sur « Triangle Ship », James Fauntleroy et Robert Glasper sur « No Wrong No Right », Javonte et Neka Brown sur « Move On », Ty Dolla Sign et Tone Trezure sur « You’re The One »). Un travail abouti, cohérent, de qualité ; en somme tout ce que l’on pouvait attendre de ce premier essai. Terrace Martin a encore de belles années devant lui, à lui de confirmer avec un deuxième album de qualité. - Rémy Paurion -

note2.5Ty Segall – Sleeper (Drag City)

Quelle mouche a bien pu piquer le nouveau prince du garage Californien Ty Segall au moment d’enregistrer un album entier de… folk acoustique ? Réponse : la perte de son paternel et les merdes familiales que cela a engendré. En résulte un dix titres lourd de sens placé sous le signe de son moi intérieur. L’hyperactif Ty Segall, vingt-six ans, s’accorde donc une pause folkeuse (même si l’intéressé n’envisage pas Sleeper comme un album de folk) au milieu d’une discographie plutôt bruyante. Si l’entreprise est salutaire et audacieuse, on regrette que le tracklisting ne soit pas étayé de quelques gros riffs bien gras qui aurait donné plus de consistance à un ensemble un peu mou du genou. L’écoute de titres comme “Sleeper” ou “The Keepers” révèle néanmoins la capacité du jeune blond à exceller dans des domaines autres que le garage. En attendant de voir ce dont est capable le protégé de John Dwyer (leader de Thee Oh Sees) sur un album heavy (son projet Fuzz, avec Charlie Moonheart, est attendu pour l’automne), Sleeper est le bon compromis pour une rentrée en douceur. - Morgan Henry –

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