Le Lord n'est jamais inquiet
A$AP Ferg, prie pour nous
Selon lui, Darold Ferguson Jr se surnomme Lord (seigneur) car c’est un enfant de Dieu qui prend soin de lui comme un dieu, mais s’appelle Lord car il n’est pas Dieu. C’est ce type de phrase validé par JCVD qui rend le premier lieutenant du Mob si singulier, si intéressant. Partisan du « parle-moi bien ou ne me parle pas du tout », ce personnage amène sa vibe, sa vision et son attitude à un game, un auditoire, toujours friand de personnages charismatiques et chelous à la fois. Rentrons donc dans son délire.
Tout ghetto a sa seigneurie/sa Jet-Set
La vie est douce pour le Mob depuis que Rocky a percé dans le rap game, la routine a changé pour la confrérie représentante number one de la sapologie à Harlem. Ce qui était à l’origine une fraternité « Fashion, get fly, fuck bitches » se décline aujourd’hui comme un petit empire culturel composé de rappeurs, de designers mannequins et autres profiteurs. Mais tout n’a pas toujours été rose selon Ferg, le groupe fut aussi la risée d’Harlem, les parias incompris ; les gars du corner n’acceptant pas que leurs petits puissent porter des skinnys Tommy Hilfiger. Que dire aujourd’hui des robes (ou des longs T-shirts selon votre vision des choses) ? Évoluant dans une autre époque à tous les niveaux, l’A$AP Mob est la réincarnation de tout ce qui était frais dans les 90’ avec cette notion « futuriste » en plus. Une notion que Ferg le Second tient à exprimer dans sa musique, des mélodies, des lyrics qui se veulent sans frontières, sans barrières et brutes. Être simple et profond à la fois.
L’école des bardes
Lyricalement, Ferg se présente comme le leader spirituel du Hood ; sa parole est tranchante, il parlera sans doute de ta femme en disant qu’il lui a mise, mais sache que c’est la vérité car les mots qui sortent de sa bouche sont semblables à ceux de Celui qui réside là-haut. Haut Givenchy, Ksubi pour le bas, chaines en or et grillz bien brillants, veste par balle pour dissuader les rageux ; le rappeur à la carrure de boxeur fait de l’ombre à son confère le pape François, ainsi qu’à tous les leaders d’opinions, une ombre qui plane tel le Batman depuis sa première apparition sur « Get High » (Deep Purple). À marquer an zéro sur votre nouveau calendrier car c’est le jour où il a commencé à prêcher en public.
Suscitant haine et interrogations depuis l’ère « Kissin Pink » avec ce couplet chanté raisonnant dans vos cerveaux comme l’hymne à la boisson maudite, le syzurp, le jeune second est crucifié au chapitre « One Hundred Million Roses« car, à l’époque, personne n’était prêt à voir un jeune noir mourir sur la croix ; bien qu’il ne s’agisse que d’un clip (et que ça s’est sans doute passé maintes et maintes fois dans le passé). Mais bon.
Sans prévenir, surgit le recueil de dogmes Lord$ Never Worry, sur lequel nous retrouvons nombre de disciples. Frère Nast, frère Twelvyy s’y expriment tant bien que mal, mais c’est Ferg qui réussit à retenir l’attention de la foule grâce aux nombreux versets et alinéas remarquables aux chapitres « Persian Wine« , « Gotham City« , « Choppas On Deck« et la nouvelle prière quotidienne « Work« , ce morceau qui a le même effet sur nous que la pleine lune sur les lycanthropes.
Le peuple chuchote l’avènement du Lord pour bientôt « mais tout ça n’est que foutaises », disent-ils.
Quelques miracles par-ci (« Ghetto Symphony« ), quelques phrasés par-là (« Uptown« ), le jeune seigneur annonce sa nouvelle bible Trap Lord, pain béni, destiné à amener paix et bonheur dans vos oreilles, vous plongeant dans un monde de rêve où tout est accessible ; le « Hood Pope« seigneur tyrannique vous dictant la voie pour ne pas vous retrouver au « Cocaine Castle« .
L’influence New Yorkaise/Southern Rap présente chez tous les frères du Mob, est une ambiance largement retrouvée sur ce Trap Lord. Les beats lents et mid-tempo, que Rocky s’était approprié sur LiveLongA$AP, font aussi partie de l’arsenal de Ferg qui y ajoute hard drums et 808 drums, amenant une ambiance beaucoup plus sombre, beaucoup plus machiavélique. Le chopped & screwed englobant le tout, pour vous rappeler que vous êtes pris au piège par un truc qui vous dépasse, c’est ça la touche Dee Ferg. Malgré de nombreuses ressemblances avec son mentor, le Fergeinstein, traître à son physique de brute, sonne plus vicieux, plus agressif que son leader, un genre d’Orochimaru, gare à celles qui doutent de la longueur de sa langue.
L’Art comme échappatoire
Ce mec trapu qui joue vicieusement avec les mots depuis sa plus tendre enfance a avoué avoir commencé à faire des rimes en classe d’anglais, récitant des poèmes devant la classe ; pas pour paraître intelligent (vu qu’il peignait des personnages de DBZ sur ses contrôles de maths), mais parce qu’il savait que ça plairait aux jeunes filles. Aujourd’hui, la peinture, une passion qu’il a développée après la mort de son père, l’aide à exprimer ce qu’il a vécu, ses peines, ses joies, ses succès, ses défaites, autant que le rap ; l’art étant son premier amour et la musique juste une différente expression de son art qu’il peut modeler selon ses humeurs. Fabricant de bling-bling puis auto-proclamé designer/styliste grâce à la reprise du business de son père qui faisait les imprimés des T-shirts Bad Boy, Ferg fut réellement attiré par le rap quand il a rencontré Rocky qu’il cite comme son rappeur préféré, son exemple à suivre. Une belle épopée destinée à durer avec cet épisode qui voit Ferg grimper une nouvelle marche en tant qu’artiste avec la sortie de Trap Lord.
À la manière du Batman, Ferg s’est servi de la mort de son père comme d’une motivation pour devenir quelqu’un et perpétuer cet héritage que lui a laissé Ferguson Senior qu’il cite comme son maître à penser. Sa justice, il ne la rend pas en sauvant des innocents mais en racontant son parcours, en étant un marginal dans son lifestyle (il est pesco-végétarien), dans ses idées. Les différentes expressions de son art lui ont permis de franchir les limites d’un quartier où tous les jeunes noirs de son âge sont censés avoir cette vie formatée, sans échappatoire, ayant pour chute l’un des nombreux caniveaux d’Harlem.
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Mickaël Jolo
@MJ_4TW
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