L'histoire d'un artiste miraculé

Asaf Avidan, l’envers d’un tube

22 août 2013 . Pas de commentaire
By Esco', in Featured, What else ?

Devenir célèbre et reconnu contre son gré. Ainsi pourrait-on maladroitement réduire l’histoire d’Asaf Avidan. On dit souvent que tout est écrit. Qu’une existence si incroyable soit-elle ne doit rien au hasard. Alors dans ce cas, celle du jeune vagabond Israélien se devait d’être belle. Avec ou sans remix. Avec ou sans Youtube et ses millions.

Don’t believe the hype !

Même si les lignes tendent à bouger, Asaf Avidan demeure pour beaucoup cet interprète au tube planétaire dont le sexe reste à définir. Et derrière cela, des confusions. Beaucoup de confusions. Puis l’ignorance… Victime d’une hype qu’il n’a jamais pu maitriser, le rockeur iroquois s’est hissé sans le vouloir dans le top des plus gros vendeurs de disques de l’année en France. Un comble pour celui qui s’est toujours offusqué contre cette version pour hipster du dimanche signée DJ Wankelmut.

“La première fois, je l’ai écouté, et je n’ai pas aimé. Et j’ai été honnête, je lui ai dit : « Je suis désolé, j’apprécie vraiment le fait que tu aimes notre titre et que tu aies eu envie d’en faire quelque chose de créatif, mais ce n’est pas du tout la vision que j’en avais » […] Je ne suis pas une de ces personnes qui démarchent les DJs pour produire des remixes, c’est vraiment pas mon truc. Je pense que les gens devraient écrire leurs propres chansons.”*

Un an après la mise en ligne clandestine du morceau (l’allemand Wankelmut n’a jamais demandé la permission), Asaf n’a guère changé son fusil d’épaule, mais reconnaît néanmoins les bienfaits d’un tel succès. Désormais, les gens viennent le voir en concert, appâtés par cette “Reckoning Song” vieille de cinq ans et curieux de découvrir “la bête”. Parmi eux : les déçus qui ne connaissent rien au passif de ce fils de diplomates et découvrent un artiste en contradiction totale avec les bandes FM ; les gens heureux qui n’ont fait le déplacement que pour la douce ritournelle du hit planétaire et qui ont passé un agréable moment. Puis les autres, néo-fanatiques, qui restent béats devant la voix et la présence du gringalet à bretelles.

Pulsions de mort

Alors non, Asaf Avidan n’est généralement pas celui que vous croyez. Plus proche du chat de gouttière que du dandy romantique, l’Israélien traîne un paquet de casseroles depuis ses quatorze ans, âge où père et mère divorcent et laissent un fils cadet paumé entre deux ambassades. Le reste sera tout aussi casse-gueule : déménagement à Kingston et apprentissage de la vie de jeune juif blanc au milieu de noirs catholiques à sept ans ; allers et retours chez papa au Vietnam quelques temps plus tard, puis nouvel arrêt à Jérusalem en 1993. Asaf a alors treize ans et ne connaît plus la notion de frontière. La vie défile et une nouvelle passion pour l’art se dessine peu à peu.

Dix-huit ans : service militaire. Jouant le jeu à fond, Avidan cartonne aux tests physiques et se retrouve incorporé dans l’infanterie mobile. Une section d’athlètes, l’un des corps les plus difficiles qui soit. Les trois ans obligatoires ne dureront finalement que dix mois. Hors-jeu physiquement et mentalement, le jeune homme est réformé après un séjour en psychiatrie…

Vingt-et-un ans, majorité absolue et début des gros emmerdements. Les toubibs lui diagnostiquent un cancer du sang, autrement appelé lymphome, qu’il mettra deux ans à terrasser. D’où cette voix et ces cris d’outre-tombe qui, comme il le dit lui-même, lui permettent de libérer toutes ses émotions. Mais ce n’est qu’aux alentours de 2006 que la musique viendra frapper à la porte de son appartement de Tel-Aviv, après que son premier amour lui ait demandé de plier bagages. Asaf quitte alors l’animation graphique et les doublages de cartoons pour partir à l’assaut des bars de la ville, guitare en bandoulière. De là naquis la rencontre avec Ran, premier des quatre Mojos, qui n’hésite pas à lui faire remarquer que si ses chansons sont belles, elles manquent cruellement de testostérone. Ni une, ni deux, Asaf Avidan and The Mojos est formé.

Asaf Avidan and The Mojos

Pulsions de vie

La suite du film est plus personnelle. Quelques mois après un premier passage à Taratata, le groupe est chargé d’ouvrir la voie à Lou Reed et PJ Harvey, dimanche 17 juillet 2011, pour les vingt ans du festival des Vieilles Charrues. 15h et des brouettes, foule clairsemée, le crachin breton en pleine face, Asaf et ses Mojos foulent la plaine pour ce qui restera l’un des plus gros chocs scéniques de l’année. A l’époque, l’Israélien est inconnu et n’a sorti qu’un seul opus en Europe (Poor Boy/Lucky Man) dont tout le monde se fout.
Deux ans plus tard, même date, horaire différent, l’iroquois monte sur cette même scène Glenmor affublé du statut de tête d’affiche. Il est 19h quand débarque la troupe du Different Pulses Tour devant 40 000 spectateurs acquis à sa cause. Espérer, perdre espoir, puis espérer de nouveau… Tel est l’enjeu des Différentes Impulsions qui rythment la carrière et la vie de cet artiste miraculé.

Asaf Avidan est ainsi devenu ce nom propre que l’on placarde en gros caractères sur les affiches de festivals ; qui attire les foules et fait rager les rageux. Parce qu’il en faudra éternellement, et que succès rime toujours avec excès. Le succès, la gloire, la reconnaissance… Des notions bâtardes qui font sourire l’intéressé : “le succès pour nous, les Mojos et moi, c’était juste un outil pour nous aider à continuer de faire ce que nous voulions faire, mais ce n’était pas une finalité. Même s’il n’était pas venu, on aurait continué à faire la musique qu’on a fait.”*. Preuve en sont ces deux premiers albums fantômes (The Reckoning et Poor Boy/Lucky Man) sortis entre 2008 et 2010que nos disquaires viennent tout récemment de replacer en tête de gondole. Alors oui, Avidan est aujourd’hui un nom qui compte et génère du profit, parce que remix, parce que Youtube. Mais combien font encore erreur sur la personne ? Dans une ère où tout se sait, où les réseaux sociaux ne sont que la porte ouverte sur la vie privée des artistes, l’Israélien garde une part de mystère et entretient les confusions. Rares sont ceux qui l’ont connu seul en scène devant un parterre circonspect. Et combien le suivront encore demain ?

“Ma vie est comme une plaie que je gratte pour mieux saigner”, déclame-t-il dans les premiers vers de son dernier né, Different Pulses. Une vie sur le fil du rasoir pour une musique à fleur de peau. Loin, très loin des stations de radios et des DJ allemands.

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- Morgan Henry
@Esco

*Extraits d’une interview accordée au site Pure Charts

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