Big Sean a son destin en main

Big Sean aux portes du Temple de la renommée

3 septembre 2013 . Pas de commentaire
By MJ, in Featured, US Side

Sean Michael Anderson a toujours rêvé d’être dans des clubs la nuit plutôt que prendre des cours de nuit. Un désir qui prend forme grâce à cette audace qu’il a eu de se confronter au jugement de Kanye West à la sortie d’une station de radio. Après nous avoir dévoilé Detroit il y a un an, mixtape acclamée par la critique avec un peu plus plus de deux millions de downloads, lâché des couplets mémorables sur une bonne partie des chansons rap US qu’on a le plus entendues en 2012 et 2013, le caricaturé « Medium Sean » a réussi à tirer son épingle du jeu aux côtés de grands artistes. Ego surboosté par sa réussite/son explosion, Big Sean nous présente Hall Of Fame, « l’album qui marquera l’histoire ».

Voir plus loin que le rap

Quand certains cherchent à confirmer les attentes placées en eux sur leur sophomore album, Big Sean balaie toutes leurs étapes -sans ambitions- d’un revers et tente déjà de créer son empire. Soucieux de son prochain, l’artiste a d’ailleurs créé sa fondation à Detroit avec pour but d’aider les familles avec peu de moyens à acheter les fournitures scolaires de leurs enfants. Criant à qui veut l’entendre qu’il est le seul black de Detroit à avoir réussi dans le Hip-Hop, celui-ci souhaite atteindre l’étape supérieure à la richesse, l’étape sur laquelle il est sensé laisser son empreinte à jamais. À l’affût de la reconnaissance de son talent et de son aura, Big Sean souhaite prouver qu’après avoir voulu être populaire, riche et achever cette mission, le titre d’icône lui revient de droit.

Dans sa Webserie composée de quatre épisodes : Imagination, Fear, Reality, et Familly, Big Sean nous parle des différentes étapes de sa vie avec des mots clés étalant toute sa sagesse (insoupçonnée jusque-là). L’« Imagination » » qui a contribué à la construction de son personnage et à l’accomplissement de ses rêves, il la définit comme Albert Einstein : « l’imagination est plus importante que la connaissance ». La « Peur » qui témoigne de cette lutte constante des craintes de sa vie, il la définit comme Aristote : « celui qui a surmonté ses craintes sera vraiment libre ». Sa « Réalité », il la définit comme John Keats qui dit que rien n’est réel tant que l’on n’en a pas fait l’expérience. Des vidéos qui inspirent, diffusant une doctrine « tout est possible » avec une réelle envie de la part du rappeur de toucher quiconque comprendra son intention qui n’est ni d’étaler sa science, ni de nous faire envier sa réussite mais plutôt de nous dire : « je viens de la même merde que vous, vous aussi vous pouvez le faire ». L’aventure Hall Of Fame (temple de la renommée ou Panthéon) peut bel et bien commencer.

Peur : Le faux Départ

« Guap » marque notre entrée sur Hall Of Fame initialement prévu pour Décembre 2012, une track qui respire les vacances à Honolulu, un premier single « je reviens de vacances donc je me branle » critiquable du fait de sa redondance au niveau des sujets. Nous quittions à peine « Mula » pour retrouver du Guap, différents argots, même signification, un manque de diversité flagrant qui lui a été reproché par de nombreuses critiques à la sortie de cette chanson. Attaques qu’il a -magnifiquement- paré en expliquant que c’est Kanye qui l’a poussé à nous donner ça en premier single. Si c’est vraiment le cas on pardonne alors…

Passée la chanson exotique sur laquelle il réclamait sa thune, surgit « Switch Up« , son « No New Friends » à lui, hymne à la loyauté envers son crew et ses « day one niggas » comme dit Drake. Une image belle et bien respectée quand on voit que pour ce deuxième album, Sean est entouré des mêmes personnes qui avaient fait le succès de Finally Famous (vendu à plus de 370 000 exemplaires) : Kanye West en producteur exécutif, No I.D., Da Internz et Key Wayne à la production. Nouveauté : toutes les sorties de singles sont accompagnées de covers réalisées par DONDA, « les créatifs » carburants certainement au LSD et à la Mescaline lors de la création des artworks de Sean (cf : les teintes de couleurs et les effets choisis). A partir de ce moment, toutes les nouvelles livraisons de Big Sean sont déposées avec un paquet cadeau Donda, un packaging qui, bien que kitsch nous montre le sérieux du projet, ainsi que la mainmise de Yeezy sur le projet.

Imagination : Monter son Buzz

Arrive « Beware », le hit radio comme on l’aime avec une chanteuse R&B en devenir : Jhené Aiko et un rappeur immortel : Lil Wayne. C’est LA chanson qui fait vraiment office de premier single et qui annonce le compte à rebours avant la sortie de l’album ; après un black out total au niveau de sa communication (la faute à Yeezus). Refrain catchy, mélodie envoûtante et sujet social que tout le monde a vécu : une rupture, c’est une chanson à laquelle monsieur/madame tout le monde peut s’identifier. Le genre de sujet banal, mais qui fait grandir tout artiste rap (mainstream ou pas) artistiquement parlant.

Promotion oblige, Big Sean apparait à de nombreuses zones presse, donne de nombreuses interviews, le player de Detroit nous vend du rêve et nous promet Adele, Eminem et Nas, mais surtout nous promet l’album de l’année. Au top de la surenchère il dévoile qu’Eminem a écouté son album et qu’il le considère comme un « classic ».

Entre temps arrive « Fire » et son clip dans lequel on retrouve Miley Cyrus, qui -son sort est scellé- est la nouvelle ratchet de l’Amérique blanche. Le rappeur dit l’avoir choisi car elle incarne parfaitement cette personne qui fut meurtri mais qui a aujourd’hui la grâce d’une rose, balbutiant que c’est une très bonne représentation pour « Fire » car on l’a tous vue évoluer de ce qu’elle était avant à ce qu’elle est maintenant, et que c’est une métaphore représentant les femmes fortes. Le buzz prend.

« We on, tryna be better than everybody that’s better than everybody; Rep Detroit, everybody, Detroit versus everybody »

Brûlant Internet à la sortie de « Control« , le rappeur souvent critiqué pour ses lyrics usant de jeux de mots faciles, prouve qu’il peut aussi être un bon lyriciste et qu’il peut se tenir à côté de n’importe lequel d’entre eux. Si Kendrick Lamar n’avait pas « triché » avec l’effet name-dropping, la vérité aurait certainement éclaté sur ce morceau donnant un nouvel esprit de compétition au hip-hop. C’est comme si le rap game s’était trouvé une nouvelle raison d’exister en un couplet, Sean a d’ailleurs dit dans une interview pour Vibe qu’il savait que ça allait faire parler mais qu’il était tout de même étonné de toute l’excitation qu’a provoqué cette chanson.

Réalité : Une grande diversité et un artiste multi facettes

L’heure de vérité sonne et à l’arrivée qu’a-t-on sous la main ? Un album très diversifié où les chansons s’enchatonnent, il n’y a pas de pauses à part les skits qui sont parfaitement joués. Au menu : des chansons véhiculant des messages positifs (« Nothing Is Stopping You », « All Figured Out »), des chansons sur lesquels vous lâcher (« 10 2 10″, « Mona Lisa », « MILF », « Mula (Remix), « Guap »), des chansons soul (« Toyota Music », « World Ablaze », « Sierra Leone ») et des hits (« Beware », « Ashley », « Fire », « You Don’t Know », « First Chain »). Déception : pas d’Adèle (en même temps, c’était une rumeur lancée par Trinidad James, ce rigolo) ni d’Eminem bien qu’il se dise que leur collaboration sera sûrement sur le prochain album de Marshall.

Dans l’ensemble le Sean Don livre un deuxième album très solide et bien meilleur que son premier. Son niveau lyrical a augmenté et les tracks sont beaucoup moins entachées des nombreuses et incessantes gimmicks et ad-libs qu’on pouvait trouver sur Finally Famous et ses mixtapes (avant Detroit). Big Sean a bel et bien grandi artistiquement. Si le côté mainstream de la chose déplaît, il faut plutôt souligner ce juste équilibre qu’il réussit à amener dans ce projet diversifié. Le manque d’identité qui fut souvent reproché à cet artiste du fait qu’il soit un VTT (cheap) devient une force sur laquelle le rappeur s’appuie tout au long des dix-huit tracks de la version deluxe.

Malgré toutes ses promesses, Big Sean ne tient certainement pas là l’album de l’année. Point positif : l’expérience auditive est agréable et ce projet marque tout de même l’évolution fulgurante d’un MC qui bien que brouillon dans ses débuts réussit à prendre forme petit à petit. Malgré toutes les critiques pesant sur le dos de cet artiste, n’a-t-il pas réussi à se surpasser et à se réinventer au même titre qu’un J. Cole sur son second album ? La réponse est oui. Le chemin fut certainement plus long pour lui mais la balance affiche maintenant un réel équilibre.

___________________

Mickaël Jolo
@MJ_4TW

Aucun Commentaire