« J'viens pour chanter du protest »
Médine, l’héritier

Rappeur « conscient » originaire de la ville du Havre, Médine entre aujourd’hui dans une phase de reconnaissance, prend de plus en plus de place dans le milieu du rap français. En octobre dernier sortait un EP titré Made In suivi d’un relatif succès; en décembre, son auteur passait l’épreuve des Partiels de Punchline. Depuis, les collaborations s’accumulent, notamment par le biais de son label Din Records et d’un collectif élaboré avec Youssoupha et Kery James. Un succès grandissant atypique pour celui dont la musique n’avait jamais vraiment dépassé le cercle de ses puristes. Ce succès s’explique notamment par l’intention à la fois artistique et politique du rappeur, intention qui donne son nom à l’album Protest Song, dans les bacs depuis le 24 juin. Une question sur le sens de la musique de Médine mérite néanmoins d’être posée : le projet subversif n’est-il qu’un prétexte à l’exercice de style ?
Si la colère émane de tout rap politisant, celle de Médine se mue positivement. Depuis ses débuts, le havrais a fait de son projet une entreprise de sensibilisation sur la pauvreté (comme la richesse) des banlieues. Un sujet qui oppose aujourd’hui dans l’inconscient collectif plusieurs cultures, plusieurs couleurs de peau. Objectif ? Réconcilier black, blanc, beur trois ans après les attentats. On parle ici de 11 Septembre, premier album sorti en 2004 et dont le livret comportait les interventions de onze personnes issues, justement, de tous les recoins de la mixité sociale française. Premier album, surtout, qui visait à prévenir tout amalgame et confusion politique suite à l’effondrement des Twin Towers. Histoire de contrecarrer les discours qui justifièrent la guerre en Irak, tel celui de Samuel Huntigton dans un ouvrage-clé des débats politiques contemporains, Le Choc Des Civilisations. Pour accompagner la sortie de son EP Made In sorti l’année dernière, Médine sort un livre avec Pascal Boniface intitulé Don’t Panik. Un nouvel effort de sensibilisation des français sur le sujet du conflit culturel, réalisé en compagnie d’un géopoliticien renommé afin d’accentuer son impact et sa crédibilité. Ces divers projets font de Médine le pacificateur, l’arbitre du rap français. C’est d’ailleurs le rôle que lui ont attribué Kery James et Youssoupha sur la triple collaboration « Contre Nous ». Le maître mot du rap de Médine est donc réconciliation. Réconciliation des couleurs, des cultures, des classes; réconciliation des coeurs.

À ce titre, on ne peut que penser à l’invitation de Charles Aznavour sur le titre de Kery James intitulé « À L’Ombre Du Show-Business ». Quand à la pochette de l’album Protest Song, elle évoque directement la face brute et cagoulée d’Alix Mathurin sur l’album Réel. Le projet de Médine s’inspire directement de ses idoles; parmi elles, l’ancien leader d’Ideal J se trouve dans les premiers rangs. En 2006, le normand rappait « c’était notre Malcolm X à nous ». Double héritage donc; celui de grandes figures du rap français mais aussi celui de grands personnages, de symboles d’origine africaine. En vrac sur l’album Protest Song : Mohammed Ali, Kunta Kinte, le « leader à lunettes du RDC Congo » Joseph Kasa-Vubu (le prédécesseur de Mobutu). Les paroles de Médine sont hantées par la question du manque de repères, de la recherche de racines : à l’absence de père se conjugue le poids d’une double identité, parfois difficile à porter et commune à la plupart des immigrés africains depuis la décolonisation. C’est ce sentiment qui contribua historiquement à la formation d’une identité continentale africaine et au « black power » de la lutte contre la ségrégation aux États-Unis. Médine est franco-algérien, mais avant tout africain, identité revendiquée et illustrée par le titre et les paroles du morceau « Home » : « Africa must survive ». Plus intéressant encore, le vingt-et-unième siècle semble avoir mondialisé ce sentiment identitaire. Médine ne fait ainsi pas uniquement des références à l’Afrique : il évoque Massoud et « Mahatma » Gandhi. Il se fait ainsi héritier et porte-parole de l’histoire des luttes, qu’elles soient anti-esclavagistes, antiracistes ou indépendantistes.
Contre quoi proteste finalement Médine ? Fort d’un héritage et d’une identité mondialisée, le rappeur se considère investi d’un devoir de mémoire. Lorsque il définit l’objet de son combat, le résultat est mitigé, parfois mauvais : en témoignent les titres « Besoin d’Évolution » ou « Blockkk Identitaire ». Avec ce surnom de la « panthère » et ce flow rauque et agressif, finalement, Médine ne proteste pas : il incarne la protestation. Les meilleurs morceaux de Protest Song sont en fait les titres où le rappeur rappelle l’histoire des luttes. En ce sens, l’album ressemble plus à un hommage, un pot-pourri de musique contestataire aux réflexions parfois maladroites. Mais possédant une verve et un style incomparables.
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Marin Charvet






C’est Patrice Lumumba et pas Joseph Kasa-Vubu, Pfff…!!!! sa réflexion est peut être maladroite, mais vos connaissance sur les luttes indépendantiste et anti-colonial son nul. Pourquoi écrire alors sur Médine vu que c’est le cœur de son message?
Patrice Lumumba fut le premier ministre de Kasa-Vubu, et les deux portaient des lunettes. C’est une question d’interprétation, pas de connaissances.