Peut mieux faire

Chroniques du mois : Novembre

Bun B – Trill O.G. : The Epilogue (Rap-A-Lot)

Après avoir fait ses armes pendant près de quinze ans au sein du crew mythique UGK avec feu Pimp C, Bun B s’est lancé en solo en 2005 avec le très bon Trill, suivi du tout aussi bon II Trill trois ans plus tard. Une belle discographie jusque-là, mais entachée par le médiocre Trill O.G. paru en 2010. Un échec que réitère Bun B cette année avec la publication de Trill O.G. : The Epilogue, opus qui clôture sa série commencée huit ans auparavant. Un projet qui, d’emblée, a de quoi en décevoir plus d’un quand on sait, au préalable, qu’il se compose de morceaux déjà présents dans la version deluxe de sa dernière galette (« Gladiator », « The Best Is Back ») ou non conservés pour la tracklist finale de celle-ci. Une désillusion qui se vérifie rapidement à l’écoute. En effet, si « Cake » et son joli casting (Big K.R.I.T., Lil Boosie et Pimp C) ou encore l’hommage à DJ Screw sur « Legendary DJ Screw » ne nous feront pas regretter d’avoir au moins tendu une oreille sur ce projet, le reste n’a au fond que très peu d’intérêt. Sans aucune cohérence, cet album regroupe, telle une compilation, une série de morceaux aux influences diverses et variées (reggae sur « Fire », rock sur « Gladiator »…). Ajoutez à cela des productions bâclées et pas en harmonie, les trois quarts du temps, avec l’univers du rappeur, des featurings très décevants (Kirko Bangz en tête), et vous obtenez l’un des plus mauvais albums de rap du mois. - Rémy Paurion -

Casseurs Flowters - Orenote4.0lSan et Gringe sont les Casseurs Flowters (7th Magnitude)

L’exemple des Casseurs Flowters illustre parfaitement les évolutions du rap en France depuis l’aube de l’an 2000. Gringe, OrelSan et Skread, artistes blancs, presque originaires de zones rurales pour les deux derniers cités, sont venus imposer en quelques années leur style en plein milieu d’un rap qui fut il n’y a pas si longtemps encore ghettoisé, voire racialisé. Point de rap conscient, point d’egotrip (ou si peu) : ici, l’autodérision est maîtresse du projet. Conçu pour raconter la journée à la fois ordinaire et extraordinaire de deux êtres humains pas du tout exceptionnels, l’opus presque cinématographique se rapproche plus du buddy movie que du film d’auteur. Accompagnés par les productions soignées de Skread, les deux compères nous livrent l’album de rap français le plus drôle, et probablement l’un des plus aboutis de la saison 2013. Parmi les interludes délirants (« Johnny Galoche ») et les trips hardcores sortis de nulle part (« La Mort du Disque ») se côtoient des morceaux plus sérieux (« Des Histoires à raconter ») et même des exercices de style (« Deux connards dans un abribus », « Bloqué »). Bref, un projet réalisé entre potes, agréable à l’oreille et décidément bien ficelé. - Marin Charvet -

À lire : Le retour aux sources de Gringe et OrelSan

note3.5Death Grips - Government Plates (Third Worlds)

A l’image d’une sucette au GHB pour ton enterrement de vie de jeune fille Death Grips ne prévient personne. Alors qu’hier encore le crew le plus barré de Sacramento prenait un malin plaisir à fister tout représentant de l’industrie du disque, il semblerait que leurs multiples escapades dans les Fondements de l’âme humaine les aient de nouveaux inspiré. Sous leurs airs de crackeux en manquent, les membres de Death Grips et plus symboliquement le prêcheur scarifié MC Ride distillent un hip-hop nerveux, viscéral et torturé qui, surplombé par de gros larsens et des prods électro-décadentes donnent parfois des airs de fin du monde. Génies sous-exploités du marketing (intronisation du premier selfie phallique sur NO LOVE DEEP WEB) les gars de Death Grips, qui ont récemment mis leur album en téléchargement libre, ne seront probablement reconnus à leur juste valeur qu’une fois intronisé au Hall of Fame, ou victime d’une overdose en conduisant un car scolaire. - Vincent Vuillaume -

Eminem - The Marshall Mathers LP2 (Interscope)

Trois ans après l’aseptisé Recovery et une teinture qui aura transformé l’enfant terrible de l’Amérique puritaine en gendre (presque) idéal, celui qui rêvait naguère de trucider son ex-femme revient avec un nouveau bébé, suite logique de l’un des plus gros succès rap des années 2000. Porté par une cover hautement symbolique et chatouillé par la barbe de Rick Rubin, The Marshall Mathers LP2 prenait des allures de revival pour l’une des plus belles plumes a avoir émergé de la culture hip-hop. Patatras. Entre tentative désespérée de come-back Pop « The Monster » et expérimentations instrumentales douteuses « Love Games », MMLP2 n’a finalement d’illustre que son intitulé. « Rap God » et son beat synthétique redondant est la synthèse parfaite d’un album qui relègue au second plan les performances coup de poing (« Evil Twin », « Rhyme Or Reason », « Bad Guy ») d’un Eminem qui n’a visiblement rien perdu de son aisance verbale, au profit d’une texture instrumentale à la limite de l’attentat auditif « Survival », « Brainless », « Asshole ».

À croire que le Marshall Mathers incendiaire et subversif du début du deuxième millénaire a définitivement été sacrifié sur la scène du Eminem Show. On retourne s’injecter « Till I Collapse » en intraveineuse pour oublier tout ça. –Nicolas Rogès-

À lire : Récit de la mort d’Eminem

Flume - Flume (Future Classic)

Nouvelle perle sortie du vivier Australien, Harley Streten, 22 ans, s’engouffre depuis plusieurs mois avec brio dans les traces encore fraîches de formation telles qu’SBTRKT, Bibio, Clark et pourrait même pousser l’esprit à entre-apercevoir Boards of Canada si les plages vocales n’étaient pas si clean. Electronica hybride au centre d’un coït synthétique, la musique de Flume a le pouvoir de mêler les ambiances trances et dansantes avec brio si bien qu’on le retrouve aussi bien dans les clubs hypes que dans les soundsystems plus tamisés. Entité composite aussi jeune qu’inspiré, aucun doute que Flume réussira plus vite qu’on ne le pense à croiser le fer avec les plus grands noms du label WARP, dont il s’inspire déjà grandement : «La Flume est plus forte que l’épée». - Vincent Vuillaume -

note4.0IAM - …IAM (Def Jam Recording France)

La déconvenue avec Ennio Morriconne aurait pu plomber leur moral et leur couper toute envie de continuer, mais c’était sans compter sur leur capacité à aller de l’avant. Pour la peine, les samouraïs de la planète Mars décocheront en 2013 deux oeuvres complémentaires (Arts Martiens et …IAM) aux réminiscences 90′s. Car après avoir erré sur deux opus à la qualité inégale (Revoir un printemps, Saison 5), IAM a opéré un retour aux sources salvateur. Au diable les médisances et le jeunisme ambiant, les vétérans ont adapté leurs plumes à la réalité de leur temps. Sur des productions ciselées par les mains expertes de Kheops et Imhotep, AKH et Shurik’N délivrent un dernier (?) opus qui clôt avec la manière une carrière exemplaire à la fois dans la durée et la qualité. Comme quoi, faire du rap à plus de 45 ans ne semble pas antinomique, tant que le plaisir subsiste. -Pierre-Jean Cléraux-

Jhené Aiko - Sail Out

Jhené Aiko est en phase de transition, se prépare à l’attaque, il n’y a pas de défenseurs pour la pourchasser mais la musique, son art du storytelling lui colle à la peau le comme le ballon colle aux pieds de Marco Verratti. Musicalement c’est ce à quoi correspond la phase Sail Out, la temporisation et la maîtrise ; pas de prise de risque car il serait dommage que l’Ep soit meilleur que l’album, les acquis (sa voix d’ange et ses histoires intéressantes) sont respectés et le potentiel éclate aux oreilles de tous ceux qui dormaient. Jhené Aiko est définitivement sortie de l’ombre. Souled Out sera l’un des projets Rnb les plus attendus de 2014. -Mickaël Jolo-

A lire : Les maux de Jhené Aiko

La Rumeur - Les Inédits 2 (La Rumeur Prod)

DNote 3,5epuis la sortie de Tout Brûle Déjà l’an dernier, les fans de La Rumeur attendaient avec impatience la sortie d’un nouveau projet. C’est chose faite avec l’ersatz d’album que sont Les Inédits 2, nouvel opus du groupe de rap le plus revendicateur de France. Si la contestation politique n’est pas absente du disque (« Des cendres au mois de décembre »), celle-ci est clairement reléguée au second plan, au profit d’une chronique sociale narrative relativement homogène des quartiers Nord de la capitale. En effet annoncé comme le prélude du premier long-métrage du groupe, centré sur le quartier Pigalle à Paris, l’opus possède quelques caractéristiques cinématographiques. En plus des interludes façon vieille France qui donnent une atmosphère très particulière à la galette, se succèdent des couplets très descriptifs. Ceux-ci sont à l’image des premiers extraits clippés, tels que « Deuxième Verre », qui nous montrait les déambulations de Hamé dans les quartiers périphériques de la capitale. Porté par des productions très classiques, Les Inédits 2 est un album-fresque sur la misère sociale qui ravira le public acquis à la cause du rap indépendant. - Marin Charvet -

Marco Polo - Port Authority 2 : The Director’s Cut (Slice-Of-Spice/ Soulspazm Records)

En 2007, le rap US aura été marqué par un titre flamboyant « Nostalgia », sur lequel Masta Ace évoluait sur une production très inspirée d’un certain Marco Polo, beatmaker issu de la scène canadienne et venu s’installer à NYC au début des 00′s. Son premier opus Port Authority (2007) lui assurera un avenir prometteur, devenant au fil du temps un producteur respecté et convoité, enchainant à un rythme régulier les collaborations de choix au sein de l’underground new-yorkais (Torae, Ruste Juxx, Masta Ace, E.M.C., Heltah Skeltah, Pharoahe Monch…). Six ans après sa première galette et fort d’un carnet d’adresses aussi épais qu’un annuaire, Marco Polo revient avec une suite chargée en beats millimétrés criblés de scratches, où le boom-bap ne semble jamais très loin. A l’écoute de titres comme « Earrings Off », « Sucka Free », « What They Say » ou « Emergency Man », ce deuxième volet confirme une nouvelle fois que le son à l’ancienne fonctionne encore. - Pierre-Jean Cléraux -

M.I.A. - Matangi (N.E.E.T. / Interscope)

En cuisine, tout le monde n’aime pas les épices, en musique c’est la même chose. Matangi marque le retour de la princesse du Sri Lanka avec un album plutôt facile à digérer si vous aimez le curry, et que la sauce hot&spicy a le gout de ketchup pour vous. Sur cet album, M.I.A. aidée par des producteurs de talent que sont Hit-Boy, The Partysquad et Switch nous emmène dans des horizons musicaux encore inexplorés auparavant car hors normes/ inconcevables. Entre dubstep, reggae, hip-hop, et le genre « filmi boolywood » vous pouvez facilement vous perdre dans tant d’incohérence, pourtant la magie prend pour certains. Cet album sera une gifle qui vous fera arrêter de penser conquis par une osmose bordélique ou bien juste une voix de corbeau qui croasse sur du bruit. - Mickaël Jolo -

Raider Klan - Tales From The Underground (Raider Klan Records)

Même si la Floride se rappelle souvent à nous inconsciemment sous la forme d’un mini paradis-sur-terre (où les courants d’air sont légions, soit) c’est aussi l’une des têtes de l’hydre dirty-south. A quelques centaines de kilomètres de New-York et du trendy-A$AP MOB on trouve le Raider Klan (RVIDXR KLVN) mené par un sombre gourou à la dentition diamantée, SpaceGhostPurrp. Profitant d’Halloween pour rider au milieu des allées sombres de Miami, toutes les têtes encagoulées du Raider Klan ont décidé de braquer le voisinage avec Tales From The Underground, sorte de pamphlet ultra-violent proche du lyrisme de Chief Keef. Entouré par de prometteuses têtes d’affiches (Yung Simmie, Amber London, Key Nyata) SpaceGhostPurrp après plusieurs tapes chopped&screwed à semble-t-il trouvé un juste milieu, à grands coups de drill et de flow outrancier abreuvant ainsi un peu plus un revival sudiste qui sent la poudre. - Vincent Vuillaume -

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