Mars et ça repart

Chroniques du mois : Mars 2014

28 mars 2014 . Pas de commentaire
By Rémy, in Featured, What else ?

Pas la peine de faire semblant, on sait que vous l’attendiez tous. Plus important que le week-end qui se profile, les chroniques du mois de mars sont à présent disponibles. Au menu, la rédaction de Neo Boto vous a concocté un repas copieux que l’on espère vous voir digérer sans difficulté. Au menu, les sorties incontournables ont été épluchées, disséquées, analysées pendant des heures et des heures… Les discussions ont été longues, très longues, pour au final aucun consensus. Du coup de YG, à Rick Ross en passant par Pharrell ou encore Madlib & Freddie Gibbs notre équipe vous donne son avis. Mais si vous êtes intéressé(e)s de voir quel album fait le plus « l’unanimité », vous pouvez toujours vous reporter à notre tableau récapitulatif des notes de toute l’équipe tout en bas. Cela étant dit, vous pouvez désormais commencer. Bonne lecture : « in Neo Boto we trust ».

Disiz - Transe-Lucide (Lucidream Def Jam France Universal Music)

Lucide, Extra-Lucide, puis Transe-Lucide, personne ne peut le nier, Disiz sait manier les mots et cette trilogie très aboutie est là pour en témoigner. Son break Dans le ventre du Crocodile n’était pas vain, celui-ci lui a permis de parfaire son style et d’y ajouter de nouveaux éléments sonores pop/funk le démarquant réellement de ses congénères rappeurs. Résultat de cette escapade, un recueil de techniques, maniant verbe et flow à merveille sur lequel nous retrouvons des sujets que le rappeur affectionne : la banlieue, les histoires d’amour et la fausseté des autres MCs. Le meilleur moment de l’album est sans question ce « King Of Cool » une chanson dans laquelle Disiz se caricature en rappeur frimeur flambeur, un son fluide, doux avec deslyrics toujours au point, l’osmose est parfaite. Une trilogie qui conforte dans l’idée que ce rappeur a un vrai rôle à jouer dans ce vaste monde qu’est le rap français. - Mickaël Jolo -

KaarisOr Noir Pt.2 (Therapy Music)

Rappelez-vous, Octobre 2013, Kaaris dévoilait « Sombre » chanson provoquant une guerre dans vos oreilles (plus que les autres ?) créant une vraie attente concernant cette deuxième partie que le rappeur promettait encore plus saignante avant même la sortie du premier opus … Et justement, que dire si ce n’est que sombre est la fin de l’ère Or Noir ? L’auditeur n’est plus dedans, il n’y a plus cet effet « nouveau challenger qui vient pour tout péter » car Kaaris s’est clairement reposé sur sa couronne Burger King. Or Noir Pt.2 n’est qu’un repeat du premier opus, le même gâteau nous est servi quelques mois après et il est beaucoup moins bon, laissé dans le frigidaire sans conservateur. Sa musique et son style sont loin d’être fanés mais il semble que le rappeur de Sevran nous a trop vite sevré. Nous n’avions pas encore digéré le plat. Même si les ventes ne sont pas au top, on espère tout de même que les clips qui vont servir à promotionner le projet seront de la même qualité que ceux de la première partie et niveau rap, nous savons déjà que le meilleur ou le pire est à venir : K2A aura très certainement l’occasion de se confronter à un ancien allié - Mickaël Jolo -

À lire : Kaaris, rappeur de mauvais augure

Ledisi - The Truth (Verve Music)

Ledisi fait partie de la liste des soul ladies à l’impressionnant coffre vocal. Seulement, alors qu’ Angie Stone, Jill Scott ou encore Floetry ont connu un succès commercial relativement rapide, Ledisi a dû attendre la sortie de son troisième album, Lost&Found, pour être réellement remarquée du grand public. A partir de là, elle reçoit cependant la reconnaissance professionnelle d’avoir 3 albums nominés aux Grammys. Aujourd’hui avec ce nouvel album The Truth, on ne peut pas vraiment dire si elle remportera enfin la statuette, mais ce qui est sûr c’est que ce dernier tombe bien : The Truth est une bouffée d’air frais, juste à temps pour le printemps. Un mélange de rythmes up tempo, r&b et jazz se succèdent. Le premier single “I Blame You” représente vraiment cette nouvelle mixture dansante, et un titre comme “That Good Good” est encore plus entraînant. On ne pourrait que lui reprecher ce que l’on reproche à la plupart des artistes r&b : des lyrics trop légères, les thèmes trop récurrents de l’amour et ses complications (“88 Boxes”). Certains pourront par contre se réjouir de la pudeur avec laquelle le thèmes de la séduction ou du sexe sont abordés (“Loose Control”), , en opposition avec beaucoup de ce que l’on peut entendre actuellement…. En somme, Ledisi nous dévoile un état d’esprit jovial, frais et entraînant avec The Truth. Bonne humeur garantie !

Madlib & Freddie Gibbs - Piñata (Madlib Invazion)

Freddie Gibbs et Madlib, une histoire d’amour qui a débuté il y a maintenant trois ans, avec ce single, « Thuggin’ », qui reste à ce jour la plus belle collaboration du duo. S’en est suivi par la suite une série d’EP pour le moins fantastiques, de Thuggin’ en 2011 à Deeper en 2013, en passant par Shame en 2012. Aujourd’hui, la relation est toujours au beau fixe, en atteste la sortie ce mois-ci d’un premier effort (enfin), répondant au nom de Piñata. Un projet de dix-huit titres auquel ont été conviés quelques invités haut de gamme tels Earl Sweatshirt, Mac Miller, Raekwon ou encore Scarface. Comportant des morceaux quelques peu vieillots (« Deeper », « Thuggin’ », « Shame »), ceux-ci n’ont néanmoins pas pris une ride et on apprécie au contraire leur présence dans l’album. Pour le reste, on saluera le travail effectué par Madlib au niveau des productions, toujours aussi efficaces, de même que les performances de Freddie Gibbs au mic, qui prouvent une fois encore que le potentiel du rappeur est tel que les majors ont tout intérêt à s’activer pour le faire signer. De tout cela en découle un projet de qualité, à la fois cohérent et pertinent. Une heure de pur plaisir, où s’enchaînent avec harmonie de délicieuses tracks, de « High » à « Shame » en passant par « Harold’s », « Bomb », « Thuggin’ », « Uno », « Lakers » et « Knicks ». Vous l’aurez donc compris, un album que l’on ne peut que vous recommander ! - Rémy Paurion -

Metronomy - Love Letters (Because)

Difficile de faire aussi bien qu’un album aussi abouti que The English Riviera. Avec Love Letters, les britanniques de Metronomy réussissent à faire presque aussi bien, ce qui en soi est déjà un petit exploit. Ce qui est étonnant chez la formation de Joseph Mount, d’Oscar Cash, d’Anna Prior et d’Olugbenga Adelekan, c’est la capacité à naviguer entre les genres sans jamais tomber dans le médiocre. Love Letters, c’est tout un programme avant même l’écoute pour un amateur de rock. La pochette adopte un ton résolument sixties, qui évoque par exemple l’artwork du premier opus de Jimi Hendrix, Are You Experienced?. Après avoir tâté à la pop expérimentale, le quatuor a donc décidé de retourner aux sources. Les dix morceaux de l’album nous évoquent tour à tour Queen (« Boy Racers »), les Beatles (« Love Letters ») ou encore Damon Albarn (« Months of Sunday », « Reservoir »). En termes d’influences, Love Letters est un concentré des plus grands artistes de la pop britannique. Le titre le plus ambitieux, « Monstrous », nous ramène même aux mélodies de la musique baroque du dix-septième siècle. Love Letters est un album ambitieux, expérimental, qui plaira aux amateurs de pop en général. Il ne lui manque qu’une petite touche de génie pour obtenir la note maximale et pouvoir être comparé à son prédécesseur. - Marin Charvet -

MZ Music - MZ Music Vol. III (Arista, KDB Zik)

Repérés par les Sages Poètes de la Rue à l’occasion de la sortie de leur second album, la MZ a sorti le troisième volume après quelques mois d’une promotion rondement menée sous la houlette du producteur Davidson. L’engouement local autour du rap de Demoh, Jok’Air et Hache-P a transformé pour quelques temps le treizième arrondissement et la « Chevaleret Street » en l’épicentre principal du rap parisien. Rendant hommage par leur nom au treizième arrondissement de Paris (MZ signifie Mafia Zeutrei), les trois rappeurs du collectif bénéficient en effet d’un soutien populaire actuellement sans égal dans la capitale. Les extraits clippés en guise de promotion durant tout le début de l’année 2014 ont eu un succès plutôt large sur YouTube, à l’image des entêtants « Bratatata » et « Lune de Fiel », du plus hardcore « Fucked Up » ou encore de la touche introspective de « Enfermé Dehors ». Après deux opus légèrement inégaux, la MZ sort un album complet, porté par les excellentes productions du trop méconnu Equinox. À ne pas rater, l’instrumentale aux inspirations trap et électroniques de « Tiep Bou Dien », située à la frontière de B2o et de Ratatat. Le membre des Sages Po’ Zoxea est aussi de la partie, puisqu’il collabore avec le groupe sur le morceau « Nique le rap jeu ». La MZ est un groupe qui nous rappelle, par sa jeunesse, son sens du collectif, son caractère délirant et son attachement profond à son quartier des groupes tels que la Mafia K’1 Fry ou la Sexion d’Assaut. - Marin Charvet -

Pharrell Williams - G I R L (i Am Other, Columbia)

Le très attendu retour musical et en solo de l’homme qui savait tout faire se cache derrière quatre lettres capitales : G I R L. Huit années ont passé entre cet album et In My Mind, le premier effort de Pharrell Williams et le bonhomme a beaucoup changé entre temps. Pas physiquement puisqu’il arbore toujours un visage d’éternel adolescent, mais pendant tout ce temps, Skateboard P -comme il aimait se faire appeler au bon vieux temps- a évolué et a vu sa cote de popularité monter au sommet. Profitant de l’élan médiatique qu’il a bénéficié en 2013, voici qu’arrive G I R L au même moment que les premières lueurs estivales. Cette oeuvre, c’est avant tout l’illustration d’un nouveau virage dans la carrière de Pharrell, lui qui a choisit de se tourner exclusivement vers la pop pour en inviter les meilleurs représentants actuels : Justin Timberlake, Alicia Keys, Miley Cyrus. Pas n’importe comment non plus, aidé de près par Timbaland, les Daft Punk ou encore Hans Zimmer. Quatre lettres, dix morceaux, tout ceci destiné seulement à honorer la Femme dans toute sa splendeur, en douceur avec « Marilyn Monroe » à « It Girl » en passant évidemment par « Know Who You Are » et « Lost Queen ». Sexy aussi grâce à « Come Get It Bae » et « Hunter ». Sans s’attarder sur les détails, Pharrell nous a offert ici un rayon de soleil sur un plateau d’argent, ponctué par l’inévitable hit plein de bonne humeur  »Happy ». À retenir, le titre « Gush » qui rouvre brièvement la porte sur le bon temps de N.E.R.D. - Adrian Huguenot -

Rick Ross - Mastermind (MMG, Def Jam)

Découvert avec « Hustlin’ » en 2006, Rick Ross a su depuis trouver sa place dans cet impitoyable rap-jeu. Mieux, Rozay y semble confortablement installé si l’on en juge l’euphorie que provoque chacune de ses sorties d’album. Il faut dire en effet que depuis la publication de son premier effort Port of Miami (2006), William Roberts - de son vrai nom - ne cesse d’aligner des projets de qualité, tout en participant aux projets majeurs de hip-hop.
Cette année encore, le Bawse nous fait le plaisir de sa présence dans les bacs avec la sortie de Mastermind, son sixième album studio qui a pour lourde tâche de succéder aux très bons Teflon Don (2010) et God Forgives, I Don’t (2012). Mais visiblement, l’opus ne fait pas le poids. Peu cohérent, Mastermind est marqué par une très grande diversité au niveau des morceaux qu’il propose. Des titres raffinés (« Nobody », « Supreme », « Sanctified »), des pistes plus brutes et trap (« Rich Is Gangsta », « Drug Dealers Dream », « War Ready », « Walkin’ On Air »), un virage reggae (« Mafia Music III » avec Mavado et Sizzla), il y en a pour tous les goûts. Et c’est bien là le problème. Malgré de très grosses tracks (« Rich Is Gangsta », « Nobody », « Supreme », « Blk & Wht », « Sanctified »), ce nouvel opus se distingue par son manque d’harmonie. En outre Rozay semble très largement se reposer sur ses lauriers. Si son niveau est assez élevé pour que cela ne pose pas de problème, cela pourrait très bien le devenir à terme. Heureusement, la qualité de la majorité des pistes rattrape le coup, tout comme celle des productions qui est une nouvelle fois au rendez-vous. Si cet album contient quelques faux-pas (« Mafia Music III », « What A Shame » avec l’insupportable French Montana, « Thug Cry ») et manque cruellement d’homogénéité, dans l’ensemble Mastermind mérite amplement sa place dans la brillante discographie de Rick Ross. - Rémy Paurion -

note4.0Thomas Azier - Hylas (BMG/Vertigo/Mercury Music Group/Universal)

Première impression, il est difficile de cerner musicalement Thomas Azier (sans doute l’un de ses plus grands atout) mais qualifier vulgairement son univers « d’électro-pop » serait un vrai manque d’inspiration. Jeune néerlandais au visage glabre, Thomas Azier a su trouver le chemin du cœur de Stromae et Woodkid avant de libérer son premier album Hylas, point d’orgue d’une série de concept EP entre new-wave et electronica. L’atmosphère ambiante d’Hylas est d’une grande obscurité, une odyssée électronique à la poursuite de la solitude d’Azier. Actuellement résidant à Berlin, le jeune chanteur subit et explore ce que l’isolement provoque sur sa créativité. Chaque chanson de l’album possède sa propre identité (généralement des voix brutes et cristallines) et tous les autres instruments qui l’accompagnent sont construits autour de ce seul élément. « Ghostcity », « Verwandlung » et surtout « Angelene », autant de chansons que d’expérience de vie pour Azier qui illustre sa peine et son bonheur en musique. Après que Neoboto ai eu l’honneur de se faire inviter par l’artiste en pleine préparation live, aucun doute que le nom d’Azier trouvera bientôt son écho sur toutes les ondes. - Vincent Vuillaume -

YG - My Krazy Life (Def Jam/CTE World/Pu$haz Ink)

« Il faut toujours écouter ses parents ». My Krazy Life pourrait se résumer à cet adage. L’histoire folle d’un enfant nommé Keenon, dédaignant écouter les sermons de sa jeune mère (« Momma Speech Intro »). N’en faisant qu’à sa tête et sans présence paternelle au bercail, YG conçoit normal de passer sa journée dans les rues de Compton Bompton avec sa clique des Tree Top Piru Bloods. Même si au final il finira comme son père - en prison - et présentera ses excuses à sa mère (« Sorry Momma »), cet album est le fruit d’une vie qui se devait d’être contée à travers la musique. Libre de tout mouvement, YG choisit sa route et nous emmène à ses côtés le temps d’une journée. On y découvre ses codes et son allégeance aux siens (« BPT »), son désir de faire la fête sans heurt (« I Just Wanna Party »), comment rentrer par effraction dans les riches résidences de Los Angeles (« Meet the Flockers ») ou encore pourquoi sa génération à la bouteille facile (« Really Be (Smokin N Drinkin) »). Chaque scénette ajoutée à la fin de chaque morceau donne un fil conducteur et une dimension visuelle très appréciable. Mais outre ces détails qui comptent, YG a convié son ami DJ Mustard pour reformer le tandem magique. Fidèle à l’héritage laissé par les emblèmes de la côte Ouest - on retrouve samplé « Let’s Play House » de Dogg Pound -, YG et DJ Mus réussissent à concevoir une pièce cohérente en alliant modernité (« My Nigga ») et G-Funk (« Do It To Ya »). Invités populaires (Drake, Jeezy, Kendrick Lamar) et invités familiers (TeeFlii, Ty Dolla $ign, Big TC, Tee Cee). Après avoir été volé durant de longues années, My Krazy Life symbolise la considération qui lui fuyait. Des fois, il faut savoir se montrer patient. Désormais, l’heure est venue d’être payé. - Sébastien Darvin -

À lire : Qui pensait voler YG ?

Les notes de la rédaction

 

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