Ringardiser Daft Punk
J’ai survécu à un concert de Stromae
“J’ai peur de ne pas rester normal”, se tourmentait Paul Van Haver quelques heures avant de fouler la scène du Hall 9 des 35ième Trans’Musicales de Rennes. Paul Van Haver, c’est Stromae, a.k.a. l’homme qui réussit à ringardiser deux quarantenaires casqués en quelques mois…
Comment rester normal, en effet, quand trente de vos cinquante concerts prévus pour 2014 affichent complets, quand vous vendez 700 000 albums dans un pays où le disque d’or s’obtient à 50 000, et que l’on commence à penser à vous pour remplir le Stade de France alors que vous n’avez toujours pas le moindre poil au menton ? L’histoire de Stromae est fabuleuse, et elle l’est encore plus quant on repense à ce petiot à qui l’on avait confié la résidence de ces mêmes Trans’Musicales il y a tout juste trois ans. À l’époque, Paul portait de longues chaussettes vertes, un nœud papillon bleu vif et faisait danser les gens sur des mélodies tribales. À l’époque, Paul jouait aux Trans’Musicales devant trois cents personnes.
Changement de décor. En trois ans, le belge a migré du centre-ville de Rennes à la périphérie, de la salle de L’aire Libre au Parc des Expositions, pour se produire devant une assemblée qui s’est multipliée par vingt-trois ! En cette soirée du 6 décembre 2013, Paul nous l’avoue, il a les boules. “Je ne vous cacherai pas que j’ai fait caca mou avant de monter sur scène”, lâche t-il avant d’endosser son costume de “Bâtard”. Angoisse ou pas, ce soir, Stromae doit régaler. Car dans ce Hall 9 chauffé à blanc malgré un froid polaire, 7000 hystériques attendent le maestro la bave aux lèvres. Certains ont fait le déplacement de loin, quand d’autres n’auront même pas le privilège de pénétrer dans le hangar. Pour l’événement, quarante-deux vigiles supplémentaires auraient été recrutés. Quarante-deux gorilles pour une grande frite de 60 kilos… ça laisse songeur.
Dans les loges, Stromae est forcément tombé sur ces coupures de presse annonçant la cohue aux abords du Parc des Expositions, ou sur ces articles-tutos nous expliquant “comment faire face à l’affluence” un soir comme celui-ci. Et forcément, en une fraction de seconde, a dû repenser à ces journées galères où l’inspiration ne venait pas, à ces centaines de paquets de clopes partis en fumée, à cette période encore toute proche où il voulait partir en Amérique du Sud se ressourcer. Etcetera, etcetera. Ce soir, Stromae foule l’une des toutes premières scènes de la tournée Racine Carrée qui s’annonce éprouvante et triomphale. Fidèle à lui-même, le jeune homme refuse cependant d’avancer en terrain conquis. “Je sais que les bretons savent faire la fête. Après, c’est pas pour ça que c’est gagné d’avance. On va y aller avec le stress et on va surtout essayer de s’amuser”. Ave Stromae !
Ce vendredi soir, même s’il refuse d’y songer, l’affaire est quasiment jouée d’avance. Trente minutes avant l’entrée en scène, le Hall 9 du Parc Expo est déjà blindé comme un œuf. Aux premiers rangs, quelques gamins se bolossent pour une clope sous le regard taquin d’une poignée de hipsters venus “juste pour voir”. Dans la foule, les minutes sont longues. Un petit check-up sur la glotte et deux/trois bouffées de chaleur plus tard, la température des lieux doit avoisiner les 38°C. Sur l’estrade, Les Gordon tapote sur sa MPC en faisant mine de ne pas voir les quatorze milles yeux braqués sur lui. 22h35, le son s’arrête et le décompte se met en marche. Sur scène, le néant ; dans la fosse, l’hystérie. Dix ou quinze minutes plus tard, une silhouette malingre se dessine sous les néons bleutés des éclairagistes et les centaines de Smartphones prêts à dégainer. “Il est l’heure. Fini l’heure de danser. Danse, t’inquiète pas tu vas danser”. Les premiers mots sont nets et percutants ; le message, reçu cinq sur cinq. Ce soir, Stromae avait peur de ne pas être à la hauteur de l’événement, il lui aura fallu en tout et pour tout quarante secondes pour gagner la bataille. On parlait de phénomène, la réponse est sous nos yeux.
Il nous avait promis la fête, celle-ci dura près d’une heure et demie. Une heure trente de kermesse, de liesse et de sourires. Avant de nous dire “Merci”, Stromae fit monter Jean-Louis Brossard sur scène, papa des Trans’Musicales et, quelque part, un peu aussi le sien. Une fois les lumières rallumées, reste le souvenir d’une prestation aussi carrée (trop ?) que les deux racines qui trustent l’estrade. Ce soir, Paul Van Haver a foulé l’une des toutes premières scènes de la tournée Racine Carrée qui s’annonce éprouvante et triomphale. Paul Van Haver, c’est Stromae, a.k.a. l’homme qui avait peur de ne pas rester normal.
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- Morgan Henry -
@Esco
Crédits photos : DR et Morgan Henry





c’était pas une MPC pour Les Gordon mais un Launchpad….
MPC ou Launchpad c’est pas le principal l’article est très bien !