Edito #69 La Vendetta d’Adidas

« Impossible est juste un mot fort balancé par de petits hommes qui trouvent plus facile de vivre dans le monde qui leur a été donné plutôt qu’explorer le pouvoir qu’ils ont pour le changer. Impossible n’est pas un fait, c’est une opinion. Impossible n’est pas une déclaration, c’est un défi. Impossible est potentiel, impossible est temporaire. » En 2004, à l’orée de l’Euro au Portugal et de la victoire impossible des Grecs pendant cet exercice, Adidas, presque visionnaire, nous présentait sa campagne publicitaire la plus réussie.
Impossible, c’était également le constat que nous faisions il y a quelques années quand on se posait la question « Adidas sera-t-il à nouveau numéro un ? ». Aujourd’hui la tendance s’inverse grâce à des faits majeurs et très rationnels expliqués dans cet article, du coup, on a décidé de s’intéresser (d’une manière moins rationnelle) au jour où Herbert Heiner s’est senti plus lourd que Big Meech en commençant à recruter son gang pour une vendetta prévue pour cette fin d’année.
Depuis 2004, dix années se sont écoulées et chez nous, on imagine que ça fait aussi près de dix ans que Mark Parker (le PDG de Nike) envoie des SMS à Herbert Hainer (le PDG d’Adidas). Le type de SMS qu’on imagine que les patrons de multinationales à rivalité historique s’envoient pour se motiver, l’un considérant toujours l’autre comme son sparring-partner. Que ce soit pour lui dire que ses spots publicitaires sont cools mais que sa marque est rincée, qu’il lui a volé Kobe, qu’il a signé Lebron sous son nez, que Jeremy Scott est un mec chelou ou encore que Derrick Rose ne rejouera jamais au basket, Mark Parker s’endormait toujours avec le sourire, contrairement à son homologue allemand, frappé au thorax face à la cruauté et surtout au constat assez réaliste de son homologue CEO. Pendant des années, ces messages sont restés sans réponses, Herbert qui feignait d’avoir perdu son portable se contentait de répondre sur le cellulaire d’Uli Becker (ancien CEO de Reebok) que Lance Armstrong est l’un des plus gros escrocs de tous les temps et Pistorius on cite : « j’en parle même pas xptdr ». Un soir de novembre 2013, Herbert Hainer, toujours en alerte, s’attardait sur le net comme monsieur tout le monde et, désespéré, il se mit bêtement à penser qu’il devait s’attacher les services de KingBach la nouvelle sensation Vine pour un contrat de sponsoring.
Mickael Jolo
@MJ_4tw
C’est alors que le petit oiseau bleu l’interrompit et (l’empêcha d’inventer le « sponsoring star réseaux sociaux ») qu’Herbert, fatigué d’avance de voir ce que Mark Parker lui avait envoyé, fut étonné de recevoir un message inbox sur Twitter de la part de sa petite fille lui signalant « PAPI C’EST TON TOUR !!! ». Dans ce message était posté l’interview de Kanye West par Zane Lowe dans laquelle papi Herbert découvrit que son grand rival était en désaccord avec le créateur de la Yeezy, chaussure qu’il a toujours désignée comme la pièce manquante de sa gamme. Herbert, qui voyait exactement où sa petite fille voulait en venir, n’attendit pas une seconde avant de décrocher son téléphone avec sa main droite et composa ce numéro qu’il n’avait jamais composé, marqué sur un bout de papier au mariage de Run DMC : « Un jour tu auras besoin de moi. K.W le plus grand de tous les temps ». Toujours très juste pour juger les gens, Herbert ne put s’empêcher de penser que West est peut-être ce visionnaire qu’il pense être et relaxa sa main gauche en zappant les chaînes de sa TV tout en écoutant la tonalité et le répondeur de la star. Herbert qui avait très bien compris les revendications de Kanye ne chercha pas midi à quatorze heure et s’exprima après le bip « Ici Hainer, sneakers, gros chèque, royalties, échéance septembre 2014 ». « Le deal est fait » pensa Herbert qui remarqua qu’il venait de voir le même métisse bridé dans trois clips à la suite, un type au visage familier qu’il se rappela avoir vu lors de ses rencontres avec Nigo. Rencontres censées recadrer son ami pour lui dire d’arrêter de manger à tous les râteliers et de cesser les collaborations avec Nike. Un reproche que Nigo attendait depuis des années et auquel il rétorquait un simple « Signe-moi ». Heiner, d’habitude pas très regardant (cf : Jeremy Scott), lui répondit qu’il allait le laisser s’installer paisiblement avec Uniqlo et qu’il le signerait seulement s’il lui présentait un mec qui invente des tendances, un mec qui est immortel et un mec qui transforme des excréments en millions de vues Youtube. Vous connaissez la suite.
Au 31 Mars 2014, voici les trois dernier SMS de notre Herbert Heiner à Mark Parker :
« Kanye va arriver en Septembre avec sa nouvelle collection comme quand on lui a dit que 808 & Heartbreak était naze et qu’il a créé MBDTF, t’as peur ? »
« J’ai Nigo avec moi. Ouep tu ne peux plus rien vendre en Asie. »
« Je veux pas spoiler mais additionne le nombre de vues de « Blurred Lines », « Get Lucky » et « Happy » et t’auras le chiffre prévisionnel des ventes que je compte faire avec le métisse bridé, j’dis ça j’dis rien. »





Simple changement de stratégie. Adidas (et Reebok qui fait partie du même groupe) privilégie la communication sur la partie lifestyle plus que la partie performance pure. Attendons déja le succès ou non des collections des derniers ambassadeurs de la marque aux trois bandes avant de se prononcer.
Nike a encore une belle longueur d’avance, reste leader et gardent les meilleurs athlètes (Kobe, Lebron James, Cr7, Neymar), Puma tente de se placer (Balotelli, Thierry Henry, Usain Bolt, Falcao, Aguerro etc) et les marques chinois surpayent des prospects pour exister.