Scarlet's month

Chroniques cinéma du mois : Mars 2014

Les chroniques du mois Ciné - Mars 2014 - Neo Boto300, la naissance d'un empire - Neo Botonote2.0300, la naissance d’un empire – Noam Muro

Face à l’éternel débat des suites et des franchises dans le cinéma américain le problème est souvent que l’on veut seulement prolonger le plaisir du spectateur plutôt que d’y apporter quelque chose de nouveau, de différent. 300, la naissance d’un empire en est un bon exemple. On a la sensation que lors des réunions de la production, des clones d’Ari gold se sont dit « On va pas se prendre la tête les gars, ils ont adoré le 1 on refait exactement la même chose dans le 2 comme ça c’est logique, ils vont forcément adhérer ». On retrouve donc la même volonté esthétique, la même pauvreté scénaristique, les mêmes clichés, les mêmes problématiques. Les héros sont dix fois moins nombreux mais ils sont dix fois plus courageux. Alors même si des ralentis en pleine action comme ceux que l’on va voir pour Chelsea – PSG les giclures de sang en plus, c’est toujours beau techniquement, finalement on n’est pas sûr d’avoir demandé d’en reprendre deux fois.
Les deux changements majeurs étaient tout d’abord la 3D qui n’apporte pas grand chose excepté le plan de Xérxès qui se tient debout au dessus de son peuple. Le second était la très attendue Éva Green qui apporte au final la seule touche amusante du fil en nous signifiant que les personnages de femmes avancent à Hollywood. Elle se bat, elle dirige une armée, elle est crédible aux yeux des hommes, elle est le cerveau derrière le roi des Perse, elle est aussi cruelle que n’importe quel autre guerrier. La parité dans la violence c’est important aussi. - Nina Kauffmann -

note2.0Captain America - Neo BotoCaptain America, le soldat de l’hiver – Anthony & Joe Russo

Il y a des jours où l’on peut être d’humeur Avengers et d’autres non. Le dernier dérivé de la franchise, Captain America, le soldat de l’hiver ne nous pousse pas vraiment à voir le verre à moitié plein. Une recette comme d’habitude sympathique mais qui peut facilement lasser avec ces héros tous extrêmement courageux qui donnent une impression de décontraction extrême même dans les moments les plus délicats en se moquant gentiment de leurs camarades toutes les cinq secondes.Cool et après ? Après c’est une histoire totalement en accord avec les fantasmes de notre temps, un complot massif, tout ce que nous croyons être établi n’était qu’un tissu de traitres.
Heureusement tout rentre dans l’ordre grâce au bouclier magique et à Scarlet mais pas tout à fait non plus pour que l’on puisse bien sûr appeler à une suite et teaser un peu tout ça dans la séquence post-générique désormais célèbre des films Marvel.
On passe un moment agréable quoiqu’un peu long mais loin d’être aussi enthousiasmant que lorsque toute la bande est réunie.
Et puis on le notera jusqu’à ce que ça change (ou non) l’utilisation de la 3D est encore une fois complètement inutile et dépourvue d’intérêt. Alfonso Cuaron peut dormir sur ses deux oreilles encore longtemps. - Nina Kauffmann -

La cour de babel - Neo Botonote3.5La cour de Babel – Julie Bertuccelli

La cour de Babel n’est pas qu’un film sur le langage ou la religion. Ce documentaire pensé par Julie Bertuceli propose un centrage sur l’humain et quoi de mieux que des enfants pour nous le représenter. Comparé au récit évoqué dans la genèse, ici les personnages cherchent à s’élever non pas par un procédé architectural mais par la richesse de l’enseignement. Tous ces jeunes gens proviennent de pays lointain, parfois même en guerre les uns contre les autres, mais dans ce climat de paix qui leur est offert ils préfèrent s’unir autour du savoir et des connaissances. Confrontés au mépris et à l’intolérance de certains de leurs camarades de récréation ils souffrent de leur différence mais font preuve d’une incroyable maturité dans leurs raisonnements. Les moteurs de leur motivation sont tous différents mais ils leur permettent de puiser au fond d’eux-mêmes pour s’intégrer et réussir. C’est pour cela que ces futurs adultes seront essentiels aux différents projets professionnels auxquels ils participeront. La sincérité des témoignages est rendue possible grâce à une démarche documentaliste poussée si bien qu’elle a duré une année entière. Une intimité se crée, donnant sa pleine puissance aux images.
Le film opère une nouvelle mise en perspective de l’image de la France et de son rapport à l’accueil, et c’est un succès. - Igor Geneste -

Diplomatie  - Neo Botonote4.0Diplomatie - Volker Schlondorff

Les nazis avaient-ils eux aussi un cœur ? C’est en tout cas l’une des idées que l’on retiendra après le visionnage de Diplomatie. Alors que le sort de Paris et de ses plus beaux monuments est entre les mains du Général Von Choltitz, il vient à éprouver quelques remords à faire sauter la capitale. Et pour cause. André Dussollier, très juste dans le rôle du diplomate français, joue sur tous les fronts pour le convaincre et le persuader que l’implosion de la ville ne changera rien au chemin que semble prendre la guerre. Le résultat final, il suffit de vivre à notre époque pour le constater : la tour Eiffel est bel et bien toujours sur ses quatre pieds. Là où le long-métrage de Volker Schlöndorff est unique, c’est dans sa réalisation. La mise en scène fait évoluer ces deux protagonistes dans une seule et même pièce durant la majeure partie du film. Un jeu d’acteurs hérité de la pièce de théâtre de Cyril Gély. Là où la liberté du cinéma aurait pu laisser libre cours à des visions apocalyptiques et sanglantes de la seconde guerre mondiale, Diplomatie se dévoile en finesse et dans la sobriété. Un duel bouleversant qui n’est pas sans rappeler la parabole d’Abraham et du sacrifice de son fils Isaac, dont il est d’ailleurs question dans les dialogues des protagonistes. Des enjeux politiques, géostratégies et humains qui nous montrent la guerre et l’occupation sous un nouvel angle. - Arnaud Sommie -

Her - Neo BotoHer - Spike Jonzenote3.5

En réalisant le court-métrage I’m Here il y a quelques années, Spike Jonze abordait l’un des plus grands fantasmes de l’humanité depuis l’invention de l’ordinateur : celui de l’intelligence artificielle. Avec Her, le réalisateur a voulu transformer son coup d’essai en long-métrage. On attendait beaucoup de cette histoire originale, récompensée par l’Oscar du meilleur scénario : un homme seul (Joaquin Phoenix) peinant à se remettre de sa rupture avec son ex-femme, tombe amoureux de l’intelligence artificielle (Scarlett Johansson) qui gère le système d’exploitation de son ordinateur. Une histoire d’amour pas commune, donc, et dont le sujet était propice à de nombreuses expérimentations et anticipations sur l’avenir de l’homme et des nouvelles technologies. Pourtant, en sortant de la salle, le sentiment est mitigé. On se dit que Spike Jonze est allé trop loin en tentant le long-métrage. Passée la première heure, son film se perd dans le commun des histoires romantiques, devient assez passif alors qu’il pourrait expérimenter encore plus. Le fait d’avoir choisi une actrice très connue pour jouer l’intelligence artificielle rend sa voix trop familière : on ne peut pas s’empêcher d’imaginer le visage de Scarlett Johansson alors qu’elle est censée être immatérielle. Mais tout n’est pas à jeter dans Her, loin de là. L’atmosphère est unique, et visuellement parlant, tout est extrêmement cohérent : le Los Angeles futuriste mis en scène par Spike Jonze est frappant de réalisme. L’histoire est triste, dans le bon sens, et les quelques traits d’humour qui viennent l’égayer sont très bien placés. Les (trop rares) expérimentations sur le sujet de l’intelligence artificielle (comment faire l’amour avec un ordinateur ?) sont véritablement étonnantes. Bref, on attendait un peu mieux de ce film, mais on vous le conseille quand même chaudement. - Marin Charvet -

Leçons d'harmonie - Neo Botonote3.5Leçons d’harmonie – Émir Baigazin

Réaliser un premier film c’est se dire que cela pourrait tout aussi bien être le dernier. C’est pour cela que le résultat est si souvent très particulier. On sent que le réalisateur y a mis toute son âme et toute la force qu’il pouvait exprimer avec des images. Le prochain film d’Émir Baigazin aura certainement beaucoup d’intérêt car on voit qu’il maîtrise son art mais atteindre une telle force que pour Leçons d’harmonie ça n’est pas évident.
Dans ce film on nous place dans la campagne du Kazakhstan dont nous ne connaissons rien et qui nous apparaît presque comme un pays imaginaire. Loin du rêve de Peter Pan (et de Michael Jackson) ce pays là est imbibé de violence dans toutes les strates de la société.
Cette histoire raconte avec une beauté formelle et de fond à couper le souffle les nuances de cette violence propre à l’humain. On sent une volonté d’aller plus loin dans l’analyse et l’explication d’actes tels que le meurtre ou la torture. Bien qu’appartenant à une culture à des milliers d’années lumière des Etats-Unis on peut trouver ici des traits communs avec la démarche d’Elephant de Gus Van Sant. Une lenteur et un silence pour refléter le chaos du mal humain qui s’infiltre jusque dans les plus jeunes esprits.
Allez le voir, c’est beau. - Nina Kauffmann -

monumentsmens_neoboto

Monuments Men - George Clooneynote2.0

Dommage, les nazis ne se sont pas concentrés uniquement sur le pillage de grandes œuvres d’art européennes dans The Monuments Men, ils ont aussi pris les devants en privant le futur George « coffee » Clooney de toute inspiration digne d’intérêt. En adaptant le compte de l’auteur Robert M. Edsel qui nous narre l’histoire d’hommes chargés de protéger les trésors artistiques du monde occidental de la destruction de la guerre, Clooney a transformé un vrai récit d’histoire fascinant en une comédie dramatico-historique foutrement terne et morne. Auparavant inspiré par ses nombreuses collaborations avec Steven Soderbergh, Clooney a depuis suivi et tracé sa propre route. Dans le récit historique, les véritables soldats étaient des hommes armés d’une grande passion et avaient le sens du devoir en risquant leur propre vie pour l’art, mais le film de Clooney (par puritanisme US) n’illustre en rien ce courage et déroule consciencieusement son chemin vers une destination évidente avec le défilé classiques de rappels historiques : aperçus occasionnels d’Hitler, le décret (si Hitler meurt ou l’Allemagne tombe, tous les objets d’art volés seront détruits), etc… Finalement, le film ne ressemble en rien à la vraie vie, et c’est une déception particulière venant de Clooney qui est l’une des seules personnes dans l’Hollywood d’aujourd’hui qui pourrait obtenir un tel projet en premier. En fin de compte, l’art est récupéré, mais le film reste enseveli attendant qu’une réelle inspiration historique l’instruise. - Vincent Vuillaume -

real-affiche-hautedefReal - Kiyoshi Kurosawanote4.5

Parmi les quelques personnages connus du cinéma japonais contemporain, le réalisateur Kiyoshi Kurosawa émerge comme l’un des plus singuliers. Son dernier film, Real, nous questionne sur les différences presque imperceptibles qui existent entre rêve et réalité. Le sujet du film est Atsumi, une dessinatrice de manga, plongée dans le coma à la suite d’une tentative de suicide. Un an après, avec l’aide des moyens technologiques avancés de la médecine, son jeune mari Koichi entre en communication avec son inconscient, espérant déceler les raisons de son acte et ainsi la réveiller de son profond sommeil. Au fur et à mesure du film, Koichi se perd entre le monde réel et le monde fantasmé d’Atsumi. Science-fiction, thriller, drame, romance, film fantastique, film à twist : Real est un film à suspens haletant qui parvient en même temps à être une grande histoire d’amour. Il est aussi un concentré de culture nipponne (malgré un contrat passé avec Peugeot-Citroën pour les voitures du film qui devrait faire plaisir à Arnaud Montebourg), notamment lorsqu’il évoque la notion d’esprit, de fantôme, omniprésente dans l’imaginaire japonais. Le film possède également une grande dimension psychologique, perceptible dans la résolution de sa trame narrative. On ne la dévoilera pas, bien sûr, au risque de gâcher votre plaisir. Il faut surtout retenir de Real qu’il est à la fois un grand film poétique et un grand film d’action (au sens non-hollywoodien du terme). On ne s’ennuie pas une seconde, et on passe sans arrêt de l’angoisse à la beauté pure. Une très, très grande réussite. - Marin Charvet -

Wrong cops - Neo Botonote3.5Wrong Cops – Quentin Dupieux

En allant voir Wrong Cops on voit Éric Judor en policier borgne et musicien qui écrit un morceau de techno avec un homme à l’agonie. L’argument se suffit à lui-même, on aurait presque pas besoin d’en écrire plus.
Cependant remarquons tout de même que la science de l’absurde de Quentin Dupieux va bien et qu’elle évolue de film en film. Toutes les petites bavures dont on fait tout un plat depuis les débuts du cinéma policier deviennent ici la norme. Drogue, détournement de fonds, harcèlement sexuel, les garants de la sécurité n’en ont rien à foutre de la sécurité car ils créent eux-mêmes l’insécurité.
Mais ce qui est toujours fort dans chacun de ses films c’est que le lien avec la cohérence de notre monde n’est pas complètement rompu. Les bons citoyens tombent dans les pièges de ces policiers dépravés comme s’ils attendaient qu’ils se comportent comme de vrais agents. Cela donne une décomplexion totale par rapport aux tensions que l’on a l’habitude de subir dans le reste du cinéma. Des situations complètement loufoques pleines de pics envers notre société et la façon dont elle est relatée dans les films apportent la petite touche de subtilité toute en références.
Quentin Dupieux nous offre maintenant depuis plus de quatre films une nouvelle façon de rire ainsi qu’une facette très créative du cinéma français. Pour cela on lui dit merci et on attend gentiment le prochain. - Nina Kauffmann -

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