Une journée avec les Casseurs Flowters

Le retour aux sources de Gringe et OrelSan

21 novembre 2013 . Pas de commentaire
By Marin, in FR Side

Après avoir failli succomber au chant des sirènes, OrelSan est de retour dans les oreilles hexagonales avec un nouvel album. Mais cette fois-ci, le rappeur est accompagné de Gringe, laissé sur les banc lors des deux derniers opus. Ensemble, ils forment le crew des Casseurs Flowters. On les savait perdus d’avance ; les deux compères viennent nous le confirmer en sortant le plus gros album de branleur jamais sorti en France. À écouter un lendemain de cuite, après une rupture ou lors d’une crise existentielle.

« Blague de merde de geek de merde ! Tu veux aller où avec ça ? Tu crois que la ménagère elle écoute ça elle a envie de kiffer ? [...] Ok on est des potes mais avant toute chose, on est vos producteurs, ça faut bien que tu te le mettes dans le crâne. Pas de single, pas de radios. Pas de radios, pas de vente d’albums. Pas de vente d’albums, pas de Sacem. Pas de Sacem, pas d’oseille. C’est pas compliqué ! » L’histoire de Gringe et d’OrelSan, c’est celle de deux gars ordinaires qui passent leur temps à chiller dans la rue en fumant clope sur clope. « Deux connards dans un abribus » qui préfèrent faire le concours de la punchline la plus dégueulasse plutôt que de taffer sur un joli single. Alors forcément, ça plaît pas trop à Ablaye et Skread, les producteurs.

Skread, producteur attitré du label 7th Magnitude, a comme à son habitude bien fait les choses. Entre la prodo type Mario Bros de « Prends des pièces » et les inspirations trap music de « Tu m’dois de l’oseille », le grand écart est fait, et il devrait convenir à tous les goûts. Question lyrics ensuite, OrelSan et Gringe nous ont surpris. Les deux rappeurs se collent carrément à des exercices d’écritures contraignants : narration elliptique dans « Deux connards dans un abribus » ; obligation de répéter les mêmes mots dans « Bloqué »… Le concept même de l’album est une idée ambitieuse. Conçu comme une journée, ses morceaux sont tous précédés d’une indication temporelle. Un fil directeur original qui vous fait vivre la journée de branleur de Gringe et OrelSan de 14h58 à 6h16. Résultat : un énorme et jubilatoire bordel.

OrelSan et Gringe se sont tellement lâchés qu’on aurait presque la sensation de vivre cette journée à la fois ordinaire et extraordinaire à leurs côtés. Ce qui fait de cet opus un vrai délire entre potes. La culture geek y est omniprésente, notamment sur l’intro façon générique d’anime japonais. D’autres morceaux totalement absurdes et hardcores tels que « La Mort du Disque » ont déjà surpris un certain nombre de fans de l’OrelSan qu’ils connaissaient plus mainstream sur Le Chant des Sirènes. On rigole bien quand Gringe nous explique sur une ballade guitare-accordéon digne du meilleur de George Brassens les avantages de la prostitution dans « Les Putes et Moi ». Les interludes, qu’ils figurent ou non à la fin d’une chanson (« Le Couplet de Claude », « Johnny Galoche »), sont de véritables pépites d’humour et de bonne humeur.

Face à la nécessité de se faire une place dans un milieu rap encore très fermé lorsque sortait en 2007 le clip de « Saint-Valentin », OrelSan et Gringe ont trouvé la recette alternative du succès : auto-dérision et sincérité. Entre problèmes financiers (« Prend des Pièces »), sentimentaux (« Change de Potes ») et existentiels (« Des Histoires à raconter »), les deux rappeurs vous font faire dans leur nouvel album une visite guidée et exhaustive des différents aspects de leur personnalité. S’ils ne branlent jamais rien de leur journée, trompent leur meuf et boivent jusqu’à un haut degré d’anéantissement cérébral, leur conscience les rattrape toujours lorsque descendent les vapeurs et les effets de l’alcool. Deviendront-il, comme le craint OrelSan, de « vieux cinquantenaires paumés » ? À travers ces moments de lucidité s’expriment la nostalgie, les craintes et la solitude du jeune adulte qui connut les nineties et l’an 2000.

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La trentaine passée, OrelSan et Gringe ont pris un nouveau départ pour leur premier album commun. Ils sont revenus à ce qu’ils savent faire de mieux : un rap de potes ambitieux, délirant et authentique. Leur album fait donc partie de ces petites perles rares à posséder chez soi. Attention, néanmoins, au téléchargement illégal : vous risqueriez d’avoir des nouvelles d’Ablaye et Skread. Et si jamais vous le cherchez en physique, Orelsan et Gringe sont les Casseurs Flowters est sorti le 18 novembre dans tous les supermarchés musicaux de France.

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Marin Charvet

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