Portrait de l'un des architectes du rap français

Skread, à l’ombre du chaud business

23 octobre 2013 . Pas de commentaire
By Arnaud, in Featured, FR Side

Architecte du rap français depuis bientôt dix années, Skread a probablement composé pour l’un de vos artistes préférés. Là où Orelsan et Nessbeal lui doivent leur carrière respective, bien d’autres artistes tels que Booba ou Rohff lui doivent également quelques pépites. Retour en cinq morceaux sur le parcours d’un producteur normand qui a laissé une empreinte discrète mais continue sur le rap contemporain.

Lorsque Skread se dirige pour les premières fois vers la composition, c’est sur un logiciel « super pourri » afin de fournir des instrumentales à son groupe de danse. L’année de ses 19 ans, après avoir fait la plonge pendant l’été, il descend sur la capitale et dépense la totalité de son pécule dans une MPC 2000XL. « J’avais déjà commencé le son sur ordinateur et du coup je voulais commencer à faire des prods un peu plus carrées ». Depuis sa chambre d’Hérouville-Saint-Clair, Skread décrochera deux places au Panthéon de Booba. « Faut être au bon endroit au bon moment, le facteur chance compte énormément. Et puis il faut avoir du travail de prêt en permanence à côté de toi. »

 

Petit à petit Skread se construit un son synthétique et est souvent demandé lorsqu’il s’agit de matérialiser des ambiances sombres et pesantes. Pourtant, fortement influencé par l’album Chronic 2001 de Dr. Dre ainsi que les productions de Timbaland, il ne vise pas spécialement les compositions lugubres. Il aime ce qui « bounce ». Fort heureusement pour lui, ses premiers émois sur l’album de Booba ont fait parler de lui et c’est ainsi qu’il est repéré pour la mixtape Street Lourd Hall Stars initiée par le collectif Mafia K’1 Fry. En à peine six mois le voilà qu’il se retrouve sur deux projets forts d’une même année. Véritable électron libre du projet, Skread y glisse pas moins de six productions de son crû dont le morceau « Parce que le monde » de Diam’s. Une expérience positive avec la rappeuse qu’il renouvellera en composant le hit « La boulette » deux ans plus tard.

 

Au même moment, Nessbeal quitte le 92i et signe chez Nouvelle Donne Music en espérant voir sa carrière décoller un peu plus qu’auprès de Booba. Concours de circonstances, il cherche alors des instrumentales pour alimenter ses projets solo. Trouvant son bonheur dans les travaux de Skread, c’est une longue histoire qui démarre alors puisque ce dernier produira pas moins d’une dizaine de morceaux sur les trois premiers albums de Ne2s. La Mélodie des briques, Roi sans couronne et NE2S. « Lorsqu’il a sorti son quatrième album c’était un peu différent parce que je menais de front l’album d’Orelsan » raconte le beatmaker. « Mon travail avec Nessbeal est assez varié y a des productions très différentes. De celles que j’ai faites pour lui j’aime bien l’atmosphère de « Clown Triste ». »

 

Et si Skread réussit en tant que beatmaker, dès 2006 il fait le choix d’enfiler plusieurs casquettes. « À un moment je me suis dit que j’étais pas assez maître de mon destin donc je me suis concentré sur la réalisation. Aujourd’hui il y a une évolution dans mon travail, je suis devenu producteur et réalisateur des albums sur lesquels je travaille. » En fondant le label 7th Magnitude il réunit ses amis et associés autour d’une même table et fait le pont entre des artistes tels qu’Orelsan et Nessbeal. Ainsi lorsque ce dernier vient leur rendre visite dans leur quartier général situé à Caen, cela donne lieu à une collaboration plutôt inattendue, intitulée sobrement « Ma grosse ». « C’est Nessbeal qu’avait proposé cette idée parce qu’à l’époque on disait toujours « mon grand » ou « gros ». C’était un bon délire de studio. »

 

Tel qu’il le raconte lui-même, dès 2009 Skread est au front pour lancer la carrière d’Orelsan. L’ayant rencontré plusieurs années auparavant, les deux hommes entretiennent une relation privilégiée et forment un duo auto-suffisant lorsqu’il s’agit de création musicale. Après un premier album Perdu d’avance fort en scandales et toutefois nominé au Prix Constantin, les compères marquent une pause dans leur carrière. Ce n’est qu’en 2011 qu’Orel revient prendre en otage les ondes avec le titre « RaelSan », une nouvelle fois produit par Skread qui nous livre une composition angoissante et poignante. « J’ai presque abandonné sans faire ma deuxième livraison » rappe Orelsan. Et comment s’arrêter lorsque l’on est si bien accompagné ?

 

Skread, Instrus, Vol. 2
Chez 7th Magnitude

Merci à Reda.

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Arnaud Sommie
@somesta

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