Un mois de mai bien fleuri
Chroniques du mois : Mai 2014
Blu – Good To Be Home (New World Color Records, Nature Sounds)urine drug test ing.jpg » width= »150″ height= »38″ />
Parmi les rappeurs les plus prolifiques de ces dernières années et à l’origine de quelques très bons projets au premier rang desquels se place le mythique Below The Heavens avec Exile, Blu n’a pour autant pas pondu cette première grosse réalisation solo qui lui permettra de franchir un palier supérieur. Et ce n’est visiblement pas York et ses accents électroniques paru l’an dernier qui viendra contredire ce malheureux constat. Au contraire, ce projet dans lequel l’on avait placé de grands espoirs fut une nouvelle déception assez dur à digérer. Un désespoir auquel Blu semble avoir décidé de remédier avec ce nouvel album solo intitulé Good To Be Home. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le rappeur s’en sort avec les honneurs. Et pour cause, Blu nous livre avec ce nouveau projet une vingtaine de pistes toutes plus réussies les unes que les autres, le tout confiné dans une ambiance unique et très cohérente grâce au merveilleux travail de Bombay à qui l’intégralité des productions de l’album a été confiée. Un projet très homogène dans lequel les divers invités, de Fashawn à Prodigy, en passant par Casey Veggies, Co$$ ou encore Thurz, trouvent aisément leur place. Malgré un petit raté (« Rap Dope »), la galette est parsemée de délicieuses tracks, de « Whip Creme (Part One) » à « Can’t Stop, Won’t Stop », en passant par « 50z », « Red & Gold » ou encore « Well Fare ». Avec une aisance toujours plus poussée au mic, Blu nous sert là l’un des plus beaux joyaux de sa discographie. De là à décerner à Good To Be Home le titre de meilleur album de l’année ? - Rémy Paurion -
Mentions spéciales : « Whip Creme (Part One) », « Red & Gold », « Well Fare »
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Black Keys - Turn Blue (Nonesuch)
Après deux premiers singles (« Fever » et « Turn Blue ») jugés très décevants, le duo Black Keys partait avec un petit malus auprès de ses fans pour lesquels cet album virait sur un sentier beaucoup trop conceptuel. Où était passé ce rock/blues que le groupe nous avait habitué à entendre ? Parti pour un huitième projet beaucoup plus pop friendly. Les temps changent, les artistes aussi et malgré ce contre-pied, le duo composé de Dan Auerbach et Patrick Carney nous prouve que la pop leur est tout aussi naturelle et des chansons comme « Weight Of Love » (qui fait fortement penser à Pink Floyd), « 10 Lovers » ou encore « Waiting On Words » satisferont vos oreilles autant que les nôtres. Un album où la mélancolie se sent tout au long des onze chansons, ce qui est certainement dû à l »année difficile qu »a passé le chanteur. Mais vous savez aussi que c »est souvent dos au mur qu »un artiste donne le meilleur de lui. - Mickaël Jolo -
Mentions spéciales : « Weight Of Love », « 10 Lovers », « Waiting On Words »
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Georgio - À l »abri (Paris Sud)
Une fois passé la cover qui allie à la perfection courbes féminines et survêt », l’atmosphère du nouveau Georgio est plutôt tranquille. Georgio nous parle de sa vie, de son évolution au cours de ces dernières années, bref un ensemble honnête et personnel mais manquant cruellement d’originalité (hormis la surprise « Le gardien »). Dans la plume, dans sa façon de voir la vie, les instrus sont un peu différentes mais cela reste à 90% la même formule qu’avant à base de samples et de boom-bap. À la fin de l’album, on ne peut que constater que Georgio sait poser comme il veut, où il veut et confirme pour ceux qui en doutaient encore, qu’il faudra compter sur lui pour le futur des productions rap. - Vincent Vuillaume -
IamSu! - Sincerely Yours (HBK Gang)![]()
IamSu! aura-t-il le dos assez musclé ? Incarnant le fer de lance du HBK Gang, il préfigure comme l’héritier légitime du trône de la baie de San Francisco en ayant réussi à amener sa musique minimaliste (« Up » de LoveRance) en haut des charts américaines dans l’ombre d’un certain DJ Mustard. Mais saura-t-il emmener ses vassaux à l’échelon supérieur, celui de la reconnaissance nationale ? Trop tôt pour répondre, mais son premier album Sincerely Yours est censé capitaliser tous ses efforts concentrés depuis déjà quelques années à coups de mixtapes calibrées (Kilt II ou encore Million Dollar Afro). Du coup, pour son entrée par la grande porte, le bonhomme est venu intelligemment accompagné de sa clique The Invasion pour produire une grande partie du projet (« I Love My Squad », « Ascension », « Back On Your Mind »), mais aussi des vétérans de sa côte E-40 et Too $hort (« T.W.D.Y. ») pour l’adouber. Les guests clinquants sont peu nombreux (Wiz Khalifa et 2 Chainz) et Su reste idéalement au centre de son œuvre pour nous faire part de confessions touchantes (« Sincerely Yours ») ou encore partager ses problèmes de surconsommation de marijuana (« Problems »). La texture sonore de Sincerely Yours reste l’un des attraits principaux de son premier album. Un espace création affranchi de toute règle dans lequel Sudan Ameer Williams - son vrai nom - donne un nouveau souffle à la « hyphy scene » qui a toujours caractérisée sa région (« Only That Real »). Seul inconvénient - et majeur -, à force de trop évoluer avec les siens, Su peine à démarquer de ses projets antécédents, et du coup, les morceaux produits par les beatmakers extérieurs à son équipe (Jake One, Tha Bizness ou encore Chase N. Chase) sont certainement ceux qui amènent le plus de nouvelles tonalités. Mais n’ayez crainte, IamSu! est définitivement sur la bonne voie. - Sébastien Darvin -
Mentions spéciales : « Ascension », « Sincerely Yours », « Martina »
L »Entourage - Jeunes Entrepreneurs (Believe Recordings)
Le défi ne fut pas simple pour L »Entourage. Après des projets plus ou moins solos allant dans tous les sens (1995, S-Crew, Deen Burbigo, Jazzy Bazz, etc), le grand crew parisien a réussi à bricoler un premier album au bout d »un an de synchronisation d »emplois du temps et de sessions de studio à tout-va. Félicitant premièrement l »initiative menée jusqu »au bout, on sort de Jeunes Entrepreneurs avec une opinion mitigée. Toujours en équilibre entre les 90″s et un futur proche, L »Entourage parvient à nous raconter le quotidien de cette belle bande entre le levé et le coucher du soleil sur Paris, basculant parfois dans une mélancolie poétique ou dans une série de punchlines dynamique. Jeunes Entrepreneurs, c »est avant tout le parfait condensé de rappeurs d »une même génération ensemble sur la même longueur d »onde. Ainsi, il faut prendre le projet avec les qualités de tous mais aussi avec les défauts que l »on regrette chez chacun. Malgré ça, il nous suffira quelques très bons morceaux pour retenir un avis positif de ce premier album, initiative qui ne pourra que s »améliorer. - Adrian Huguenot -
Mentions spéciales : « Bal Masqué », « Jim Morrison », « C »était écrit »
Ol » Kainry & Dany Dan - Saison 2 (Musicast)
Il y a des gens qui sont faits pour s »entendre et bien entendu qu »Ol » Kainry et Dany Dan sont de ceux là. Saison 2 marque donc le retour du duo assassin du rap avec ce deuxième album en commun où ces deux figures emblématiques combinent leur énergie. Les couplets d »Ol » Kainry résonnent toujours comme un combat acharné tête baissée, une mania dont Dany Dan se sert pour finir les oreilles de l »auditeur très vite affaibli. D »un côté l »humour et le punch d »Ol »Kainry allié à la technique et au flow de Dany Dan nous gardent en alerte et de l »autre c »est le projet très bien produit composé de beats dans lesquels un mélange old school/new school se marient et nous tiennent. Un projet à écouter si vous aimez le rap à thème sans prétention (si ce n »est que de vous mettre bien). - Mickaël Jolo-
Mentions spéciales : « Zyeux Blancs », « Classic Shit », » Tente Ta Chance »
Skyzoo & Torae - Barrel Brothers (Empire Distribution)
Collaborateurs de longue date, Skyzoo et Torae étaient depuis longtemps promis à partager un album commun. Cela aura mis du temps à se concrétiser, mais les deux rappeurs se sont enfin décidés à s’enfermer en studio l’an passé pour pondre en mai 2014 ce Barrel Brothers, projet collaboratif qui reprend le titre de leur collaboration sur l’album Live From The Tape Deck de Skyzoo et Illmind. Comme il fallait s’en douter, les deux MCs nous offrent quinze pistes au son résolument boom-bap. Du rap brut mis en musique par des producteurs underground de renom, tels que Black Milk, DJ Premier, Illmind, Khrysis ou encore Oh No, qui offrent au duo des compositions taillées sur-mesure. Résultat, un album brut de décoffrage sur lequel les deux MCs font véritablement honneur à leur ville avec un certain nombre de petites pépites tout au long de l’album, de « Blue Yankee Fitted » à « The Aura », en passant par « All In Together » et « Rediscover ». Un Barrel Brothers particulièrement attendu qui se solde donc par une réussite sans conteste et qui les range une fois pour toute parmi les valeurs sûres de la scène hip-hop underground. - Rémy Paurion -
Mentions spéciales : « Blue Yankee Fitted », « All In Together », « Rediscover »
À lire : Skyzoo, à jamais accompagné
The Roots - …And Then You Shoot Your Cousin (Def Jam)![]()
Ces dernières semaines, Ahmir Khalib Thompson n’était pas très tendre avec le hip-hop. À travers une série de six longs essais - « How Hip-Hop Failed Black America » - dans le magazine Vulture, ?uestlove s’attardaiy à expliquer comment le hip-hop avait échoué à l’émancipation d’une culture Afro-Américaine et comment ce dernier ne représentait plus la classe opprimée. Dans ce climat, le onzième album de The Roots était titré …And Then You Shoot Your Cousin, un bout de phrase tiré d’un vers de KRS-One (« Step Into The World »), mais un clin d’œil subtil à ce groupe essentiel mais pourtant seul dans un genre qui compte déjà plus de quarante ans. Du coup, pour cette nouvelle œuvre conceptuelle, The Roots a choisi une texture sombre (« Dies Irae »), une pochette sobre - réalisée par l’artiste défunt Romare Bearden - et une grande place à l’instrumentalisation (« The Coming », « Time Unraveling »). Le format est lui aussi atypique - trois interludes interprétés par Nina Simone, Mary Lou Williams et Michel Chion - et The Roots comme à son habitude ne se plie à aucune règle extérieure pendant trente-trois petites minutes. Pour cette œuvre « satirique sur la violence dans le hip-hop mais aussi en général dans la société américaine » si l’on se fie aux mots de Black Thought, différents personnages incarnés par Greg Porn, Dice Raw ou encore Raheem DeVaughn se succèdent pour dépeindre leur univers. Entre les lignes de « The Dark (Trinity) », ce sont trois stéréotypes de rappeurs qui s’échangent le micro pour faire réfléchir « cut that check then things are sweet / I »ma go buy some diamond teeth ». Dans « When The People Cheer », Modesty Lycan décrit son chez soi, un endroit où la pauvreté est exacerbée, où les résidents n’ont plus d’espoir et où les institutions américaines n’interviennent pas « I live in a trap where things go crack ». Toutes ses interventions questionnent judicieusement le sexisme, le matérialisme ou encore le nihilisme quelques fois encouragés par l »ère capitaliste, mais sans faire aucune morale. The Roots signe à nouveau une œuvre riche. - Sébastien Darvin -
Mentions spéciales : « The Unraveling », « The Coming », « Never »
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Mickael Jackson - Xscape (Epic Records)
Cela fait maintenant six années que le King Of Pop nous a quittés. Cependant, à travers les contrats commerciaux, il nous a déjà délivré un album en 2010 alors intitulé Michael, et nous voici maintenant avec un deuxième album posthume, Xscape. Pour faire vivre la légende le plus longtemps possible, Epic Records a donné les rennes à une équipe de choc : Timbaland, Jerome “J-Roc” Harmon (Beyoncé, Justin Timberlake) ou encore le duo norvégien Tor Hermansen et Mikkel Eriksen (Rihanna, Selena Gomez). Tout ce beau monde une fois réuni, il s’agissait de remettre au goût du jour d’anciens titres que Michael Jackson avait anciennement enregistré, mais retenus sur aucun de ces albums. Bien que nous pouvons retenir certains titres qui méritent une écoute tels que “Slave To The Rhythm” ou “Xscape”, où la production mêlée à la voix authentique du King sont plus qu’appréciables. Cependant, l’idée de morceaux très respectables pour n’importe quel autre artiste mais pas assez bons pour un Michael au top de sa carrière a du mal à nous quitter l’esprit. Cet artiste de génie ayant refusé que ces titres apparaissent sur ses albums, l’écoute d’Xscape ne peut se faire sans jugement préalable. Il est cependant très intéressant de comparer les version originales aux morceaux retravaillés, afin d’apprécier le travail de l’équipe de production. - Célia Kamdom -
Mentions spéciales : « Slave To The Rhythm », »Xscape », « Chicago »
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