Deuxième vie
R&B expérimental, la renaissance du genre
Depuis quelques années, nous sommes témoins d’un véritable renouveau du r&b, avec l’arrivée sur la scène de jeunes artistes aux influences si éclectiques que leur créativité ne pouvait pas se classer dans une seule boîte, celle qui semble cependant constituer la base de leur passion musicale. Avec des backgrounds de plus en plus diversifiés et représentant un monde où les frontières sont de plus en plus fines, ces artistes nous offrent un son particulier qui plonge le r&b dans un mariage avec l’indie rock et la pop, pour un résultat époustouflant.
Il semble difficile de s’accorder sur l’origine de ce mariage de genres en particulier. Une chose est sûre, si l’on devait s’en tenir aux styles, le hip hop a été exploré les terres inconnues bien avant le r&b. En effet, le rap plus précisément a été depuis de longues années le témoin d’un mariage de styles, et cette union est le plus souvent représentée à travers le fameux sample. Soul, funk, ou encore rock sont les éléments que l’on prête généralement au rap comme source de création. Seulement un autre acteur est maintenant à ajouter à la liste : la pop-rock, appelée “indie”. Un nom d’artiste précurseur nous vient immédiatement alors en tête : Kanye West. EXEMPLES Kanye + D’autres artistes + clips.
Mais là où il faut rétablir les choses, c’est sur le fait que cette tendance n’est pas si nouvelle que cela. Il semblerait que le début de la connexion entre le hip hop et l’indie remontent à 1981, lorsque pour ouvrir le un concert à New York du groupe punk britannique The Clash, c’est Grandmaster Flash & The Furious Five qui étaient choisis. On peux également se souvenir de la collaboration du rappeur Chuck D (Public Enemy) avec le groupe de rock alternatif Sonic Youth sur le titre “Kool Thing” en 1990. L’année suivante, le groupe R.E.M s’associent à KRS One (également connu comme Teacha, du groupe Bougie Down Productions) pour créer le titre “Radio Song”. L’ouverture de des champs d’action créative ne datent donc pas d’hier, et nombre d’artistes reconnaissent la richesse du mélange des genres. Pour la plupart, cette prise de risques, cette aventure en terre inconnue est vue comme dangereuse et étonne, que l’on se positionne du côté black music comme du côté rock/indie. Cependant pour la personne qui s’y engage, c’est souvent le début d’une ouverture vers un mouvement, qui donne la note à nombre d’autres artistes aventuriers à la suite. En ce qui concerne le r&b, ce mouvement est tellement fort et qualitatif que l’on pourrait presque parler de renaissance.
Depuis quelques années, des artistes tels que The Weeknd, Frank Ocean, Autre Ne Veut, Ben Khan, How To Dress Well ou encore Drake ont élargi la définition du r&b et nous ont offert un style musical particulier que l’on attendait pas. On plutôt, que l’on attendait plus. Car en effet, ce mélange de voix et rythmes purement soul et r&b avec des productions améliorées, futuristes et complètement novatrices, nous les avions déjà entendues. Cela remonte aux années 1990, lorsque Timbaland, The Neptunes, et Rodney Jerkins étaient à plus fort de leur art. Impossible d’oublier ces bizarre sonorités synthétisées que Timbaland avait si parfaitement à la voix d’Aaliyah sur des titres classiques tels que “Are You That Somebody” ou encore “Don’t Know What To Tell Ya”.
Mais n’oublions pas les femmes, belles et bien présentes dans ce processus. Nous avons parlé d’Aaliyah, mais Brandy, Ciara et Cassie peuvent également être classées comme les premières à avoir enrichi leur son de touches électroniques et expérimentales. Aujourd’hui, les choses sont tirés bien plus loins. Ces artistes montrent leur amour pour le r&b pur et l’amène avec eux dans leur imaginaire où l’indie rock et la pop sont également bien présents, pour former un nouvel mouvement, lui donner un nouveau souffle « post-Timbaland » (comme le dit la chanteuse Kelela) inespéré.
Sza, Jhéné Aiko, FKA Twigs, ou encore Kelela Mizaneskristos sont ces femmes qui ont récemment fortement contribué à raviver l’image de la “chanteuse r&b”. On la connaît bien cette image : celle de la petite chanteuse qui chouine sur tous ses sons de la perte de cet homme cher avec une voix extra mielleuse, sur des beats encore plus simples et sans intérets. Malheuresement, c’est là où le r&b était tombé depuis de longues années. Après une période de gloire dans les années 1990 et jusqu’à disons le début des années 2000, le r&b perd son souffle, la créativité se fait rare et le genre est généralement stigmatisé d’ennuyeux. Aaliyah et Left Eye (TLC) ne sont plus là, et Brandy, Faith Evans, Monica, Xscape, Total…ne semblent plus trouver leur place et vivent de longs silences artistiques. En ce qui concerne la liste d’artistes et groupes r&b masculins, la liste est également longue. Il semblerait alors que seuls certains tels que R. Kelly ou les Destiny’s Child portent le flambeau, mais les frasque judiciaires de Kells ne sont pas pour arranger son image et en conséquence celle du r&b.
Ce fardeau serait-il enfin en train de tomber ? Ce qui est sûr, c’est que des nouvelles oreilles s’ouvrent au r&b. Des oreilles qui ne lui avaient jamais été sensibles ou encore qui l’avaient abandonné après le collage de cette lourde étiquette qui a du mal à se défaire. Les fans d’autres contrées se réunissent pour écouter Franck Ocean ou Drake, raison certaine de leur énorme succès. D’ailleurs, si l’on remonte encore un peu plus loin, on peux déjà citer Jason DeRulo qui reprenait Imogen Heap sur le titre qui fut son gros hit : “Watcha Say”. Quelques années plus tard, le producteur anglais Jamie xx (du groupe The xx) réuni Drake et Rihanna sur son travail, un magnifique sample de “I’ll Take Care Of You” de Gil Scott Heron pour former le titre “Take Care”. Le processus est lancé. On retrouve le groupe Dirty Projectors sur le son de Solange, du Beach House du côté de The Weeknd, John Mayer en compagnie de Franck Ocean.
Biensûr, la tendance n’est pas forcément à généraliser, et à imposer. Le r&b “pur” n’est pas mort, et des groupes tels que TGT ou encore l’association de Babyface avec Toni Braxton qui ont pour les deux groupes sortis des albums récents bien remarqués. Pour les nostalgiques qui ont du mal à s’intégrer à ce second souffle experimental, ces projets étaient necessaires. Mais ne s’agit-il pas justement uniquement que d’un triste désir de retour en arrière ? Les concerts mondiaux de Tyrese, Tank et Ginuwine n’étaient-ils pas principalement bondés de trentenaires respectueux de l’époque où ces artistes étaient au plus haut de leur carrière ? Certainement. Cette nouvelle image viens alors se poser comme une évidence, non seulement au niveau du marché commercial, mais également, ce qui est rare, en termes de qualité artistique. La barre est haut placée, cette rainaissance est un vent d’air frais extrêment appréciable. Reste à voir pour combien de temps.




