Il n'est pas mort

Michael Jackson : les enjeux derrière Xscape

15 mai 2014 . Pas de commentaire
By Célia, in Featured, US Side

Il n’est pas mort. Ou du moins son aura légendaire ne l’est pas. Six années après le décès de Michael Jackson, Epic Records sort un album du King Of Pop, intitulé Xscape. Ce disque posthume nous amène forcément à plusieurs interrogations, et soulèvent quelques tristes vérités.

Remettons tout d’abord les choses dans leur contexte. Xscape est le second album posthume parut de Michael Jackson. En 2010 venait à nos oreilles le disque Michael, regroupant 9 titres présentés comme inédits et un morceau réarrangé. Le premier titre de l’album à alors être révélé est “Breaking News”. De là commence une forte critique : les fans, médias et même la famille du chanteur doutent de l’authenticité du titre, et des bruits courent, affirmant qu’il ne s’agit pas de la voix du défunt artiste sur plusieurs titres de l’album. A présent, ce nouvel opus semble avoir meilleure réception.

Mais de quoi s’agit-il ? Xscape est un album de huit titres sélectionnés dans les archives de quarante années de carrière du chanteur. Pour lever le doute cette fois, n’ont été retenus que ceux pour lesquels Michael Jackson avait entièrement enregistré les parties vocales. Une version deluxe de l’album est également disponible, incluant les enregistrement originaux des morceaux. Car ces derniers ont en effet été retravaillés, pour les rendre “plus contemporains” dit-on. Et la liste des “retravailleurs” le montre bien : elle compte biensûr Timbaland, Jerome “J-Roc” Harmon (Beyoncé, Justin Timberlake) ou encore le duo norvégien Tor Hermansen et Mikkel Eriksen (Rihanna, Selena Gomez).

La question de la qualité artistique de ce “nouvel” album nous amène à poser la principale polémique derrière cette sortie. Les avis sont, comme nous l’avons dit, meilleurs cette fois, mais les critiques restent tout de même dubitatives. « Les intentions originelles de Michael Jackson sont mortes avec lui. Ce qu’il reste, ce sont des ondes sonores » écrit Jon Pareles pour le New York Times. La question du commerce posthume est loin d’être nouvelle, aussi nous ne pouvons être surpris d’un telle décision de la part d’Epic. Seulement, il ne s’agit pas ici d’un énième “Best Of” ou d’un album de reprises par de jeunes artistes, ou encore d’un album de remixes, comme on en voit sortir tout le temps. Il s’agit ici de titre originaux, remastérisés certes, mais cependant inédits. Ces titres ont donc été enregistrés par Michael Jackson mais il n’a ensuite décidé de ne les faire apparaître sur aucun de ses albums sortis de son vivant, qui constituent son chef d’oeuvre. Comme nous le pensons tous, il doit y avoir une bonne raison à cela. Mais nous écoutons ces disques avec l’idée (l’espoir ?) que ce choix, ou plutôt ce non-choix n’est pas été uniquement conduit par des affinités artistiques mais également par des besoins commerciaux, le marché n’ayant pas été prêt à accueillir ces titres précédemment. La sensation d’un manque reste cependant bien présente, et la question éthique fait son entrée. En effet, surtout en mettant à la lumière les derniers instants douloureux de la vie du roi de la pop et la façon tragique avec laquelle il a quitté ce monde, ce n’est qu’une triste mélancolie qui fait surface. Ce n’est pas un Michael fatigué et avec une voix assez faible et diminuée dont nous voulons nous souvenir, mais plutôt les innombrables facettes qui lui valent de porter la couronne du roi, et là, aucun enregistrement posthume ne fait ou ne fera jamais l’affaire.

Nous pouvons effectivement nous projeter déjà dans l’avenir : quelques mois seulement après la mort de l’artiste, Sony (dont Epic est une filiale) avait signé un accord d’un montant exorbitant avec les légataires, estimé à plus de 200 millions de dollars par le Wall Street Journal, prévoyant la sortie d’au moins sept nouveaux albums mélangeant inédits et rééditions, sur une période de dix années. Michael Jackson est donc loin de sortir de nos tabloïds. La question d’à qui profite le crime est ici presque inutile : il faut bien faire fructifier les ayants-droits avant la date péremptoire. Maintenant qu’il nous a quittés physiquement, Michael Jackson peut maintenant impunément être utilisé uniquement sous la forme de produit commercial. Cinq années après sa mort, ce produit reste extrêmement rentable. Ses héritiers auraient empoché une moyenne de 150 millions de dollars chaque année, selon le magazine américain Forbes. Serions-nous moins exigeants si la qualité artistique était en ligne avec tous ces gros chiffres ? Certainement. Ce n’est malheureusement pas le cas. A l’écoute d’Xscape, il nous reste la sensation de titres enregistrés comme “brouillons” à des chef d’oeuvres, des idées que Jackson a ensuite exploité ailleurs, et mieux. “Chicago”, titre avec cette mélodie entraînante sur le thème de la lamentation féminine nous fait penser à “Dirty Diana”, sur “Xscape”, c’est l’esprit disco-pop de titres tels que “Don’t Stop ‘Til You Get Enough” qui essaye d’être retrouvé.

La version deluxe de l’album nous permet d’apprécier directement le travail de producteurs de talent, choisis pour une bonne raison. Leurs transformations sont hautement louables, et le travail créatif (et non pas seulement de remplacement/arrangement) est bien reconnaissable.

Seulement, comme l’écrit Jon Pareles, Michael Jackson était au plus haut de sa carrière lorsqu’il a rejeté ses morceaux. Il était le roi, il dominait amplement le terrain, il le créait, le défaisait et le recréait à sa guise. Il n’a pas choisi ces morceaux car ils représentaient la première marche vers l’excellence qu’il allait nous offrir plus tard. Certainement très bons pour beaucoup d’artistes, ces titres ne l’étaient pas assez pour le King. “Malgré toute la technologie à leur disposition, ils ne le ressusciterons pas”.

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