Léger retour en 2013

Chroniques du mois : Décembre

9 janvier 2014 . Pas de commentaire
By Rémy, in What else ?

Angel Haze - Dirty Gold (Island / Republic) note1.5

« So sorry to Island/Republic Records, but fuck you », c’est sur ces mots qu’Angel Haze balançait le leak de son premier album studio. Annoncée comme la relève du rap féminin, en beef avec sa concurrente directe Azealia Banks, la jeune Haze a de quoi se défendre. Mais ce projet ne l’aidera pas beaucoup… Flop commercial total dû à sa sortie le 30 décembre et son leak, le flop est aussi artistique. Couplets dynamiques comme à son habitude, voire trop à la limite de l’agression pour les tympans sur une première partie d’album, on ne retrouve qu’une douceur supportable pendant des refrains chantés. Dirty Gold se résume en un gros bordel interminable, sans vrai caractère (sauf peut-être « A Tribe Called Red »), frustrant par un potentiel inexploité. On peut entendre quelques éclairs ici et là comme le bon « Battle Cry », mais rien de bien appétissant à se mettre sous la dent… Appréciation : peut mieux faire ! - Adrian Huguenot -

Beyoncé - Beyoncé (Parkwood Entertainment, Columbia Records) note4.0

« God Level« , cette expression popularisée par Kanye West est la meilleure façon d’exprimer ce que Reine Beyoncé a entrepris en fin d’année 2013. Beyoncé nous a montré ce qu’une star planétaire pouvait se permettre de faire avec une discrétion digne des services secrets les plus performants, cachant au monde entier jusqu’au dernier moment son intention d’attenter à la musique. Un événement dont on ne se remet pas, et ayant réellement sa place au panthéon 2013 au même titre que la feuille sur laquelle Kendrick Lamar a écrit son couplet de « Control ». Dix-sept clips tous plus beaux les uns que les autres et des tubes en veux-tu en voilà (« Drunk In Love« ,  »Flawless« , en passant par les ballades « Superpower » avec Frank Ocean et « Blue« ), Queen B comme à son habitude a fait les choses en grand et nous montre par la même occasion qu’elle a bien vu le message de son conjoint : #Newrules. - Mickaël Jolo -

Childish Gambino - Because The Internet (Glassnote, Island Records)

note4.0

À force de se chercher, Donald Glover aka Childish Gambino se serait peut-être trouvé en se perdant dans ses pensées. Son deuxième album Because The Internet, c’est d’abord un concept sorti de son esprit, un film musical scénarisé par un script de 76 pages. Mais plus que ça, c’est aussi une véritable expérience sonore de la première à la dernière seconde. D’une liberté artistique totale, Childish propose sa vision de l’internet entre blagues, cruauté, amour et violence. Comme il le dit lui-même, il n’est pas rappeur et ses lyrics non-chalantes pourraient faire croire le contraire sur « World Star » ou « Sweatpants ». Mais il lui arrive de pousser de la voix sur des titres de velours (« Urn », « Pink Toes »), encore une fois très librement. Il se le permet, parce qu’il en est capable, notamment grâce à des productions très soignées de sa propre part, sous l’aile de Ludwig Goransson en charge de la musique de la série Community dans laquelle il joue. N’appliquant que ses propres règles, les seuls invités sur son projet ne sont que ses amis artistes (Jhené Aiko, Chance The Rapper, Azealia Banks). BTI fait partie de ces albums que l’on classe dans la catégorie de l’ambition, au même titre que les travaux de Kanye West dont Childish ne manque jamais de rappeler son inspiration… - Adrian Huguenot -

À lire : Childish Gambino, à la grâce d’Internet

Dâm-Funk & Snoopzilla – 7 Days of Funk (Stones Throw)

Après un voyage soi-disant « spirituel » sur les terres jamaïcaines bien vertes, à la vue du nouveau « blaze » Snoopzilla, on pourrait croire à la énième supercherie… Mais non, toute médisance gratuite s’arrête ici. Tout d’abord, 7 Days of Funk est le fruit d’une volonté naturelle entre deux compères ayant passé leur jeunesse à Los Angeles à écouter les mêmes sonorités. Certes, par la suite les orientations musicales des deux bonhommes se sont éloignées, mais Dâm-Funk s’est dévoué à produire ce qu’il appelle la « modern funk ». En allant s’acoquiner avec Damon Riddick, Snoop revient à des bases plus qu’attendues. Comme un poisson dans l’eau, on le retrouve aussi bien à chanter sur « Do My Thang » que rapper sur « Niggaz Hit the Pavement ». Les invités sont triés sur le volet (Steve Arrington et Kurupt si l’on ne compte pas les bonus) et donne une constance à l’ensemble de l’œuvre. Tout est fait avec justesse et loin d’être une parodie, 7 Days of Funk est un bel hommage à leurs prédécesseurs. Et pour information, le choix du nom Snoopzilla n’est autre qu’un hommage à Bootsy Collins, et non une supercherie. Médire n’est jamais bon. - Sébastien Darvin -

Fredo Santana - Trappin’ Ain’t Dead (Savage Squad Records)note3.5

Chicago nous a prouvé ces derniers mois qu’elle était une ville aux trésors encore enfouis. Issu de l’entourage de Chief Keef, Fredo Santana a su briller en solo en se mettant en scène un mythe propre à son histoire. C’est ainsi qu’on le retrouve au cœur de comparaisons mêlant ce jeune homme à la croix tatouée entre les yeux à la légende de Freddy Krueger comme celle d’Al Capone. Si leurs faits d’armes sont bien différents, Fredo se plaît à bâtir un personnage façonné sur les gangsters des années 30. Le clip « Ring Bells » en est d’ailleurs une parfaite illustration. Avec son album Trappin’ Ain’t Dead, il nous livre un énième fruit de son travail acharné, regroupant les titres trésors tels que les featurings avec Kendrick Lamar, Lil’ Herb ou encore Pee Wee Longway ou tout simplement le morceau « Trap House ». - Arnaud Sommie -

Gucci Mane - The State vs. Radric Davis II (1017 Brick Squad)

Toujours au plus près de ses fans, Gucci Mane a saisi le jour de Noël comme prétexte à la sortie de son neuvième album studio, le deuxième de l’année après Trap House III paru au mois de mai. Second volet de sa série The State vs. Radric Davis entamée en 2009, ce nouvel opus s’avère être beaucoup moins glamour que le premier volume : exits les Lil Wayne, Nicki Minaj, Rick Ross et consorts, place aux Peewee Longway, Verse Simmonds et autre Young Dolph. Un album en famille donc, ce dont le boss de 1017 Brick Squad semble de plus en plus adepte ces temps-ci. Mais encore faudrait-il que cela lui réussisse…
Auteur d’un nombre considérable de projets ces dernières années, Gucci Mane aurait tendance à privilégier de manière trop récurrente la quantité sur la qualité. Si l’on a longtemps été habitué à des mixtapes percutantes, des albums tant bien garnis que réussis, Guwop reste actuellement sur une série de ratés et ce n’est pas ce nouvel opus qui viendra contredire ce constat. Du trap réchauffé, sur les mêmes bases que ce que le rappeur a l’habitude de nous servir à longueur d’année, voilà ce que Gucci Mane nous propose avec cette nouvelle galette. Aucune prise de risque, aucune évolution notable, une redondance croissante, rien ne va plus pour Gucci. Vous l’aurez donc compris, The State vs. Radric Davis II n’est ni plus ni moins qu’un cadeau de Noël empoisonné. – Rémy Paurion –

À lire : Gucci Mane ou l’Effleur du Mal

Mac Miller - Live From Space (Rostrum)

Après un premier effort fort décevant, Mac Miller s’est très vite rattrapé avec un sophomore album (Watching Movies With The Sound Off) d’une qualité folle. Une franche réussite qui l’a conduit à prendre la sage décision, quelques mois plus tard, de dévoiler un nouveau projet revisitant en live l’ensemble des morceaux de l’opus. Le tout, bien sûr, agrémenté de quelques pistes inédites. Une initiative qu’il convient de saluer, d’autant plus quand la qualité est au rendez-vous. Aussi bon en live qu’en studio, Mac nous offre, avec Live From Space, une nouvelle facette de lui, celle d’un rappeur à l’aise et capable de très belles choses lorsqu’il doit faire face à une foule de personnes scandant son nom. L’occasion pour nous de redécouvrir le successeur de Blue Slide Park sous un tout autre angle. Ajoutez à cela des morceaux inédits de qualité, parmi lesquels l’excellent « In The Morning » avec Syd Tha Kid et Thundercat, et vous obtenez une des meilleures galettes du mois. – Rémy Paurion –

R. Kelly - Black Panties (RCA Records)note3.5

R. Kelly est revenu à l’essence même du Rythme&Blues lors de l’élaboration de son album Black Panties ; le sexe. En pleine ère de changement pour le R&B, le chef arrive tel un vilain conservateur et montre son majeur à tous ces new niggas et leur « indi R&B » leur « R&Bcontemporain » en posant son CD sur la table. Un album de pervers, un album de génie, l’album d’un mec de 47 ans qui souhaite finir comme Hugh Hefner quoi qu’il lui en coûte. « Genius » , « Physical » , « Every Position » , « Lights On » , « Throw this Money on You » viennent représenter la partie « nuit » de l’album, la partie dans laquelle Kells vous susurre des salacités à l’oreille, la partie à écouter avec votre douce. Toutes les autres chansons « All The Way » en tête sont beaucoup plus modernes et accessibles car ses collaborateurs DJ Mustard, 2 Chainz, Ludacris et Kelly Rowland amènent un petit peu de décence aux chansons assoiffés de ce cher Kells. - Mickaël Jolo -

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