When a Fire starts to burn...
Arcade Fire, tout feu tout flamme
Dans une société où le visuel a pris une importance considérable en terme d’impact médiatique et commercial, les canadiens d’Arcade Fire ont toujours eu à cœur de soigner leur image, aussi bien scénique que physique. Leur formidable dernier album Reflektor, odyssée magistrale composée main dans la main avec James Murphy de feu LCD Soundystem, en est la preuve irréfutable. À tel point qu’on les a parfois qualifié de rois du marketing – ce qui a le don de faire sourire Régine Chassagne qui ne voit pas tout à fait le phénomène du même œil. À juste titre puisque ce quatrième opus, comme son prédécesseur sorti trois ans au préalable, déboule en tête des ventes un peu partout sur la planète.

Si l’immense qualité des quatre albums d’Arcade Fire est en grande partie responsable de leur succès, la dimension visuelle du groupe n’y est pas étrangère non plus (penchons-nous sur l’accueil reçu par le clip de “Reflektor” pour s’en convaincre). Depuis Funeral et son statut de meilleur album de la décennie pour un paquet d’experts (excusez du peu), la meute emmenée par le couple Chassagne/Butler n’a de cesse de développer l’esthétique qui entoure le projet Arcade Fire (clip, live, artwork, teaser, tenue vestimentaire).
Plutôt que de vous assommer à coup de superlatifs ventant les mérites de ce nouvel album fraichement sorti (la chronique est faite pour ça), nous avons préféré revenir sur quatre visuels fondamentaux dans l’histoire du groupe. Quatre comme le nombre de disques commercialisés par les Reflektors à ce jour, quatre comme la note que l’on a octroyé au dernier-né (et qui est susceptible d’être revue à la hausse avec le temps), quatre comme le nombre de pions qu’a mis Zlatan à Anderlecht…

Arcade Fire – “Rebellion (Lies)”, titre paru sur l’album Funeral le 14 septembre 2004
Funeral. Premier essai pour le texan Win Butler, la franco-canadienne d’origine haïtienne Régine Chassagne et leur troupe de musiciens. Thème principal : la mort. Raison : les décès survenus dans l’entourage du groupe peu avant la confection de l’album. Funeral est donc un disque à la fois sombre et joyeux, habité par le souvenir et une écriture imagée. Si “Rebellion (Lies)” est officiellement le quatrième single extrait de cette œuvre, c’est en tout cas celui qui marquera le plus les esprits du grand public. Le clip qui accompagne sa sortie est également le tout premier mettant en scène le groupe au grand complet. On y découvre Win Butler et ses sbires déambulant dans une petite municipalité de l’état du Maine (nord-est des Etats-Unis), guitares et percus en main. Même si les images et la réalisation ont mal vieilli, l’esthétique vestimentaire léchée (costards pour Messieurs, robe noire pour Madame) est déjà de rigueur. “Every time you close your eyes, lies, lies !”, la machine est lancée.

Arcade Fire – “Neon Bible”, titre paru sur l’album Neon Bible le 3 mars 2007
À peine le temps de reprendre des forces après le Funeral Tour que le groupe retourne s’enfermer pour confectionner un deuxième album nettement plus sombre que le premier. L’enregistrement de Neon Bible se fait dans une vieille église montréalaise qu’ils rachètent pour l’occasion. Les Arcade Fire passeront une bonne partie de l’année 2006 cloitrés dans ce lieu de culte à peaufiner les contours mystiques d’un second opus lourd de sens. Neon Bible est aussi le disque qui place la troupe dans la cours des pros du marketing et de l’image. Les morceaux “Black Mirror” et “Neon Bible” sont postés sur le Net dans des versions interactives où l’internaute peut triturer à sa guise des clips d’ordinaire peu attrayant. Un concept génial qui sera d’ailleurs repris pour la promo de Reflektor six ans plus tard. Pour l’anecdote, le groupe avait également ouvert une ligne téléphonique au moment de la sortie de l’album avec la possibilité pour les fans de laisser des messages à leurs idoles. Ce dont ils se doutaient moins, en revanche, c’est que la bande à Butler pouvait décrocher à tout moment…

Arcade Fire – “Ready To Start”, titre paru sur l’album The Suburbs le 2 aout 2010
The Suburbs ou le disque de la consécration pour le groupe canadien. Auréolé du Grammy Award pour l’album de l’année le 13 février 2011, Arcade Fire voit la sortie de ce troisième essai couverte de succès, la troupe se produisant fréquemment dans des endroits tenus secrets quelques heures avant l’entrée en scène. Une fois n’est pas coutume, l’esthétique entourant The Suburbs est travaillée dans les moindres détails, la pochette étant par exemple déclinée en huit visuels différents évoquant toujours ces banlieues austères (The Suburbs) des Etats-Unis. Symbole de cette consécration, Arcade Fire choisi de capter l’énergie du live pour clipper le morceau “Ready To Start”, véritable hymne de stade qui ne laisse personne indifférent. Régine à la batterie, le géant Win en frontman charismatique, pour un excellent aperçu du potentiel scénique d’un groupe qui monte en puissance album après album.

Arcade Fire – “Reflektor”, titre paru sur l’album Reflektor le 28 octobre 2013
Reflektor, dernier opus en date, est certainement l’élément discographique d’Arcade Fire le plus axé sur l’image. Il y eu d’abord ces quelques teasers annonçant l’arrivée d’un heureux événement, puis, rapidement, toute une politique communicationnelle autour de la notion de reflets s’est mise en place. Une nouvelle fois, Arcade Fire brouille les pistes, apparaît à la télévision sous l’alias The Reflektors, balance des dates quelques jours avant la tenue des concerts et publie un single de 7min30 avec David Bowie en guest ! Le coup est subtil et ambitieux, la promo menée de main de maître, et la victoire écrasante. Malgré une série de morceaux dépassant les six minutes, Reflektor est un carton immédiat. Le combo réitère le coup de Neon Bible pour le premier single éponyme et propose une version interactive du clip, visible uniquement sur la Toile. La version originale est presque aussi bluffante et les quelques sessions live enregistrées ça et là laissent présager une tournée grandiose. Arcade Fire est-il l’un des plus grands groupes de rock en activité ? La réponse ne fait pas l’ombre d’un doute.
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Morgan Henry
@Esco




