And the winners is...
Edito #61 - Grammy 1 - Kendrick Lamar 0

Lundi dernier, nous nous sommes réveillés le visage tuméfié à découvrir l’annonce des gagnants de la prestigieuse cérémonie des Grammy Awards. Evidemment, dans un premier temps nous avons été flattés de voir rayonner notre culture française grâce au duo Daft Punk qui a raflé pas un, ni deux, mais cinq petits gramophones sans même prononcer le moindre mot. La classe à la française. Mais pendant que la plupart d’entre nous rêvions de voir un gamin de Compton réciter fièrement son discours déjà bien plié dans sa poche, le « destin » aura réservé un jugement auquel peu de monde s’attendait.
La suite est désormais connue. Avec sept nominations pour son album good kid m.A.A.d city, Kendrick Lamar ne sera debout que le temps d’une prestation lumineuse en compagnie d’Imagine Dragons. Mais la faute à qui ?
« Bienvenue au braquage » tel était la fin du premier morceau de l’album The Heist composé par Macklemore & Ryan Lewis. En lice pour sept nominations eux aussi, le duo originaire de Seattle est quant à lui reparti les mains pleines avec quatre prix emportés dont le tant décrié « Meilleur album rap ». Un léger séisme dans le monde du hip-hop provoqué une fois de plus par l’institution des Grammys qui a malencontreusement placé Macklemore en bouc-émissaire idéal.
Dans un point de vue strictement numérique, son succès n’est pas illégitime. Un album certifié de platine. Des singles sciemment choisis parmi lesquels « Thrift Shop » comptabilise plus de 450 millions de vues sur le nouveau baromètre de « visibilité » qu’est YouTube. Mais au-delà de ces aspects chiffrés, Macklemore & Ryan Lewis auront donné une leçon à tous les acteurs de la musique (« Change the game, don’t let game change you ») en gardant un contrôle total de leur identité artistique sans se plier aux diktats de l’industrie musicale.
Mais ne sommes-nous pas tout simplement des fans déçus ?
En réalité, ce qui gêne ce n’est pas tellement le sacre de Macklemore, mais plutôt le refus des Grammy Awards – ou d’un jury – à considérer Kendrick Lamar comme l’un des acteurs majeurs du rap ces dernières années. Couronné par ses pairs, le public et la critique, le gamin de Compton avait déverrouillé chaque verrou. De surcroît, en relevant l’incroyable défi de remettre en avant le fond et la forme grâce à un album conceptuel basé sur sa vie, Kendrick Lamar aura symbolisé l’essence même d’un art, du hip-hop à travers ses rimes et sa verve. Mais par ce jugement, les Grammys ont laissé filer la chance de se réconcilier à une culture avec laquelle elle a bien du mal.
Créée tardivement en 1996, la catégorie « Meilleur album rap » n’en est pas à son premier coup d’éclat. En 1998, elle attribua le « Meilleur album rap » pour No Way Out de P. Diddy au profit de Life After Death de Notorious B.I.G. En 1999, Jay Z décida de la boycotter lorsqu’il vit le peu de considération pour l’œuvre de It’s Dark and Hell Is Hot de DMX. En 2002 rebelote. En 2004, ce fut l’album Get Rich Or Die Tryin’ de 50 Cent qui passa complètement inaperçu. La liste est longue et toutes ces controverses ne font qu’amplifier le scepticisme à l’encontre du système de vote qui reste encore très flou.
Jadis, un sage poète nommé Chuck D s’écria « Who gives a fuck about a goddamn Grammy ? ». La citation est-elle toujours d’actualité ? Bonne question.
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Sébastien Darvin





Super article, le peu de considération pour le rap de la part des grammys est triste