Quand la qualité prime sur la quantité

Chroniques du mois : Janvier

5 février 2014 . Pas de commentaire
By Rémy, in Featured, What else ?

1456664_642181625805277_202239064_nAlpha Wann - Alph Lauren EP (Don Dada)note3.5

Reconnu du grand public avec le groupe 1995, Alpha Wann fait désormais ses premiers pas en solo avec l’EP Alph Lauren. Fidèle à lui-même, le rappeur conserve son flow habituel : un phrasé nonchalant qui lui vaut souvent la comparaison avec Dany Dan, le former member des Sages Poètes de la Rue. Comme ses collègues de L’Entourage, le rappeur fait partie de cette nouvelle génération fanatique des classiques américains et francophones. Le rap traditionnel est ici une source d’inspiration évidente pour Alpha Wann, que l’on retrouve dans sa recherche d’une perfection technique. Le leitmotiv de son EP pourrait bien être : tout dans la forme. Un objectif accompli avec l’aide de productions très soignées, inspirées par le jazz et l’électronique smooth, évoquant le groupe Jamiroquai et les instrumentales de NAS sur son premier album. Alph Lauren est en conséquence un EP extrêmement bien produit et intouchable sur la forme. Reste à Alpha Wann de se démarquer un peu plus des anciens et d’apporter une patte légèrement plus novatrice au sein du rap français. - Marin Charvet -

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Deen Burbigo - Fin d’Après-Minuit EP 3.5(Only Pro / Musicast)

Bigo commence parfaitement cette année 2014 avec son nouvel EP Fin d’Après-Minuit. Un nom qui monte, retentit, qui donne envie, le rappeur s’était distingué avec le bon Inception, aujourd’hui place à la concrétisation. En huit morceaux, Deen Burbigo s’est donné assez d’espace pour prouver tout son talent et son travail, et en garder sous le pied. De sa voix rauque et son flow travaillé, Deen soigne ici ses rimes tel un vrai poète, c’est donc sans surprise que l’on aperçoit le titre « Les Fleurs du Mal » dans la tracklist. Et si ses origines sont marseillaises, ses inspirations sont américaines avec des productions uniques très blues (« Metropolis », « Chillin »), un aspect du rap un peu oublié ces derniers temps. Fait peu commun, ici les invités du projet (Eff Gee, Infinit’) sont malheureusement en-dessous du niveau exigé par Bigo, mais on ne peut pas leur en vouloir : à noter la sublimation de Némir sur « J’résiste » qui signe un refrain somptueux. La prochaine étape pour le MC de l’Entourage ? La consécration. - Adrian Huguenot -

feadz-instant-alpha-neobotonote4.0Feadz – Instant Alpha (Ed Banger Records / Because Music)

De loin on pourrait le confondre avec n’importe quel teen influencé par son époque, oripeaux flashy et sneakers aux pieds, mais Feadz c’est avant tout plus de quinze ans d’activisme musical au compteur. Voici enfin venu le temps du premier album, Instant Alpha, qui confine au génie le parcours du bonhomme. Si certains l’oublient trop souvent, ce que l’on a appelé la French Touch c’est aussi Feadz. Il a était l’un des premiers à faire le pont entre hip-hop et electro, un pied dans le club et l’autre sur le bitume : electro, breakbeat, drill, trap, C&S et techno, tout le dictionnaire musical y passe. La suite on la connait, pétage de bouchon de liège chez Ed Banger, la success « love » story aux côtés de la belle Uffie et finalement l’album, quel sera la suite ? - Vincent Vuillaume -

note2.0gramatik-the-age-of-reason-neobotoGramatik – The Age of Reason (LowTemp)

Le retour du prodige slovène est arrivé… Depuis son engagement type quadrature du net en 2012 avec le EP Digital Freedom, le jeune producteur a monté son propre label mais a surtout pris la mauvaise habitude de « dubstepiser » ses incartades sonores, ce qui a pour résultat de nuire gravement à l’oreille de quiconque a déjà oublié Skrillex et consorts. Avec un nom pareil on pourrait se laisser aller à parler vulgairement de « l’album de la maturité » mais il n’en est rien. Alors que Digital Freedom avait déjà un pied dans la sphère fashion en abusant gentiment des codes de la musique modernes, The Age of Reason en viendrait presque à faire oublier pourquoi on s’est arrêté sur Gramatik à l’époque Street Bangerz. À l’origine de cette disparition, un single, « Bluestep », qui se veut être l’épicentre d’une rixe épique entre (au hasard) blues et dubstep. Au-delà de l’appellation originale nous vous laisserons seuls juges face à cette œuvre qui surprend autant qu’elle paralyse. - Vincent Vuillaume -

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Isaiah Rashad - Cilvia Demo (Top Dawg Entertainment)note4.0

Les mots justes manquent pour définir le premier projet officiel d’Isaiah Rashad. Néanmoins, l’intéressé semble avoir la réponse en nous glissant quelques indices à travers sa pochette. Après maintes hésitations, le natif de Chattanooga a choisi le nom de Cilvia précédé d’une note au caractère rouge : « demo ». Dans ce contexte particulier, Isaiah Rashad livre un projet qui pourrait faire office de maquette soumise au label de TDE. Mais là où les choses prennent une tournure différente, c’est que pour rentrer dans le rang, Isaiah a opté pour la voie de la transparence et l’introspection. Pour tracer les traits de son univers encore peu familier, la nouvelle recrue de TDE se met à chanter « Hereditary », se questionner « Tranquility » et laisse transparaître un talent brut perfectible et prometteur « Banana ». Avec 14 pistes, ce projet forme un ensemble cohérent adroitement produit par une équipe très inspirée (Mr. Carmack, Black Metaphor, The Antydote ou encore Farhot). Le bonhomme tend aussi à s’affirmer comme membre à part entière de TDE en invitant uniquement ScHoolboy Q et Jay Rock pour le remix du single « Shoot You Down » en faisant la part belle à SZA sur « Ronnie Drake » et « West Savannah ». En somme, la consistance domine ce projet, et à 21 ans, Isaiah Rashad laisse entrevoir de très belles choses. Le développement artistique serait-il l’un des points forts de Top Dawg ? Certainement. - Sébastien Darvin -

j-holiday-guilty-conscience-neo-botoJ. Holiday - Guilty Conscience (Music Line)3.5

J. Holiday avait frappé fort en 2007 avec son premier album Back Of My Lac’, et notamment les magnifiques titres « Bed » et « Suffocate », qui avaient fait l’effet d’une bombe dans le monde du R&B. Son second album, Round 2, était passé un peu plus inaperçu mais le séducteur américain est de retour avec un nouveau projet, Guilty Conscience, qui affiche une certaine qualité. Le premier extrait de l’album, « Incredible », est un titre léger donnant une belle ouverture d’air frais sur le reste. Et le reste commence avec un des meilleurs sons de Guilty Conscience, « Thinking About You », un titre énergique et efficace qui communique la bonne humeur. La pièce maîtraisse de l’album reste cependant « Guilty Conscience », où on retrouve un J. Holiday qui questionne sa paranoïa envers la fidélité de sa compagne, sur une belle ballade hommage au R&B pur. Pour le reste, en dehors d’un « After We » hypersensuel de qualité, la deuxième partie de l’album ne retient pas forcément l’attention, étant une succession de titres étalant le désarroi d’avoir perdu une femme, assez simples et mielleux. C’est en somme un album qui semble avoir été bien travaillé pour les premiers titres mais dont la banalité rattrape les suivants, malgré « Heaven », belle déclaration d’amour qui clôture joliment le tout. - Célia Kamdom -

kid-ink-my-own-lane-neobotoKid Ink - My Own Lane (Tha Alumni Music Group, RCA)note1.5

Au fil des mixtapes et d’une énergie à suer un mélange de sueur et d’encres, Kid Ink a su conquérir un public toujours plus grand. En 2012, il étonnait son monde avec un premier album indépendant qui avait plutôt bien marché. Avec My Own Lane, il a voulu montrer ce dont il est capable avec une vraie équipe derrière lui, Tha Alumni, et un travail plus professionnel. Sans retenu, il sort un album de dix-huit morceaux version deluxe. Malheureusement, la qualité ne suit pas la quantité avec ce projet à l’orientation radiophonique pour près de 95% de son contenu, en tête « Show Me » et « Iz U Down ». Refrains entêtants, productions excessives (même Danja n’aura pas su séduire sur « The Movement »), flow agaçant, il est très difficile d’écouter l’album d’un trait… Et pourtant, un mauvais morceau peut en cacher un autre bien meilleur. « Murda » avec Pusha T et « Bossin’ Up » (bonus track) avec A$AP Ferg et French Montana sont très intéressantes, rares bons points à retenir. Sans rancune Kid Ink, tu peux faire mieux. - Adrian Huguenot -

Rochdi-Cover1 (150x150)Rochdi - Clair/Obscur (Ebents Music)3.5

« R.O.C.H. que des punchlines, des contrôles orientés / on a pas de biff mais on est al, comme les Lorientais » La première phrase de « Rap Game », référence footballistique à l’appui, est parfaite pour décrire son auteur. Avec quatre albums au compteur, Clair/Obscur inclus, Rochdi incarne une génération street qui ne passe pas à la radio et qui galère financièrement pour sortir ses albums. Le rappeur originaire du quartier Chevaleret, dans le treizième arrondissement de Paris, malgré quelques apparitions sur Booska-P, reste en effet tristement sous-médiatisé. Dommage, car la plume de Rochdi apparaît comme salutaire au moment où les rappeurs français enchaînent les succès commerciaux mais peinent à trouver une identité artistique. Un rap littéraire plein de références, une écriture volontairement repoussante et la construction d’une image virile, presque mythologique, de démon du rap français, voilà en quelques mots l’identité de Rochdi. Ce nouvel opus conserve un côté street, poétique et hardcore, mais est légèrement plombé par des titres moyens qui en côtoient quand même de très bons, qu’ils soient connus depuis quelques mois déjà (« Rap Game », « Lyricisme ») où fraîchement dévoilés sur le net (« Lunatique », « Moi et le Diable »). L’album dans son ensemble contentera les puristes ; ses meilleurs passages quand à eux feront découvrir à ceux qui ne le connaissaient pas encore le talent sous-estimé de l’une des principales figures de la scène hardcore parisienne. - Marin Charvet -

step-brothers-lord-steppington-neo-botoStep Brothers - Lord Steppington (Rhymesayers)3.5

On le sait, le mois de janvier est généralement pauvre en sorties. Et celui-ci ne déroge pas à la règle. De quoi nous laisser tout le temps d’apprécier le tant attendu premier album des Step Brothers, union de deux artistes que l’on ne présente plus, Alchemist et Evidence. Un projet majeur dans le circuit underground, surtout quand l’on sait depuis quand les deux compères collaborent sans pour autant passer l’étape du projet commun. C’est désormais chose faite avec ce Lord Steppington, un album à forte influence anglo-saxonne réalisé entre potes et décrit selon leurs dires comme « l’album Hip Hop le plus black jamais fait par des blancs ». Pour autant, les deux rappeurs/producteurs n’ont pas décidé de faire cavalier seul et ont convié leurs collaborateurs habituels (Action Bronson, Blu, Domo Genesis, Oh No, Roc Marciano…). Quelques invités triés sur le volet qui viennent embellir cet album magistralement orchestré par l’un des producteurs phares de ces dernières années, monsieur The Alchemist, qui offre un charme non négligeable à cette galette. Mais si ALC confirme une nouvelle fois ici qu’il est sans doute ce qui se fait de mieux dans la production rap, le niveau du duo au mic demeure bien faible, si bien que les différents invités parviennent sans trop de difficulté à leur voler la vedette tout au long du projet. Une monotonie affichée au mic, un manque cruel d’originalité, cette première réunion entre les deux natifs de L.A. nous laisse sur notre faim. Heureusement pour nous, les grosses prestations de certains invités, Action Bronson en tête, et les brillantes productions (« More Wins », « Legendary Mesh », « No Hesitation », « Mums In The Garage », « Tomorrow », « Draw Something ») viennent nous faire oublier en partie les quelques points négatifs du projet. Verdict : peut mieux faire. - Rémy Paurion -

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