DJ Mustard, le nouveau son de la côte Ouest ?

Dans l’ombre de la lumière #1 - DJ Mustard

7 février 2014 . Pas de commentaire
By Seb, in Featured, What else ?

Bien souvent, la lumière des projecteurs est séduisante. Qui n’a jamais rêvé d’être une rock-star illuminée par le feu des projecteurs ? Cependant, dans la lumière les places se comptent sur le bout des doigts, et quelques fois, la place à l’ombre s’avère vouée. À l’instar de cette image, dans toutes les musiques confondues les producteurs détiennent un rôle fondamental. Or, de gré ou de force, bien souvent ces derniers restent cantonnés dans l’ombre des artistes avec pour simple signe de reconnaissance un « shout-out » en début de track. Comme « derrière chaque grand homme, se cache une femme » - ou inversement bien évidemment - derrière chaque grand artiste se cache un grand producteur. Coup de projecteur sur ces hommes dans « l’ombre », parfois coincé à mi-chemin entre envies de strass et crainte de paillettes.

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DJ Mustard, le nouveau son de la côte Ouest ?

En étant le troisième plus grand Etat des Etats-Unis, la Californie recouvre une scène abondante mais surtout très variée. Entre la Bay Area (Oakland) et les pavés de Compton (Los Angeles), il y a mille lieux – au sens propre comme au sens figuré. Par conséquent, au fur et à mesure que l’on sillonne l’Etat, les genres et les sous-genres s’imbriquent rapidement et se perdent entre les différentes scènes locales – la « mob music », la « hyphy music », les expérimentations musicales du club Low End Theory ou encore l’aïeul G-Funk – est une chose très facile. Au sein de cette mosaïque, DJ Mustard a su s’élever au rang de prophète en exportant au-delà des terres californiennes sa foi : la « Ratchet Music ».

L’art de maîtriser les foules…

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Même si son nom pourrait déclencher quelques blagues de mauvais goût, Dijon McFarlane – oui, oui – est né le 5 juin 1990 dans la région de South Central à Los Angeles. Aujourd’hui renommé South Los Angeles pour tenter de faire oublier le déclin urbain – les émeutes de Watts en 1965 et celles de 1992 à la suite de l’affaire Rodney King ont laissé des traces indélébiles – Dijon a précisément passé la première partie de sa vie à s’amuser dans le quartier difficile de « Jungle Area » – pour vous aider à visualiser, si vous avez eu l’occasion de regarder Training Day, quand l’inspecteur Alonzo Harris (Denzel Washington) fait visiter les locaux à son nouveau poulain l’officier Jake Hoyte (Ethan Hawke), tous deux terminent leur excursion dans ce secteur.

À peine âgé de 11 ans, son oncle surnommé DJ Tee juge normal de s’absenter lors d’une soirée qu’il anime en laissant ses platines à son jeune neveu. Après avoir passé des heures à visionner chaque détail, chaque geste et chaque réaction de la foule, sans la moindre connaissance technique, Dijon réussit à gérer l’intérim avec talent. Bien que terrifiante (« en réalité, il m’a laissé animer une soirée quand j’avais 11 ans. Je ne savais pas ce que je faisais, je n’ai fait que reproduire ce que je le voyais faire »), cette première expérience sera en réalité fondatrice car Dijon apprend de manière instinctive l’art de faire bouger les foules, et ce, tout en gardant la tête froide.

De la rue aux charts sans perdre une seconde

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Après avoir déménagé, Dijon obtient son diplôme au lycée et persiste sur la voie du DJing. La transition entre son prénom et son nom de scène apparaît évidente : DJ Mustard. En plus d’être un brin farceur, les affaires vont se développer très rapidement grâce à son oncle qui possède un bar. Dijon se met à animer une soirée, puis deux, puis un club, puis deux… ainsi de suite. Mais rester parquer à faire bouger les clubs – ou les strip-clubs – n’est pas l’unique rêve de DJ Mus et selon lui, la transition entre DJ et producteur est tout aussi évidente « quand je suis DJ, je joue pour le public, pas pour moi. Du coup, c’est plutôt facile de faire de la musique car vous la faite en fonction de ce que les gens veulent entendre ». Entre opportunisme et pragmatisme, il décide d’apprendre les rudiments des logiciels grâce à un ami en 2009, mais conditionné par son activité principale, ses premières œuvres ressemblent à la musique du moment qu’il passe en soirée : le jerk.

De l’autre côté, sa réputation locale en tant que DJ ne fait que gonfler et les rouages invisibles de l’industrie commencent à se montrer. Par le biais d’une connaissance commune il fait la rencontre du MC de Compton YG. Après lui avoir donné quelques productions pour sa mixtape The Real 4 Fingaz (2009), la complicité entre les deux bonhommes est établie et à son retour de prison, le binôme s’isole en studio pour s’attaquer au marché délicat de la mixtape. Ces sessions accouchent des séries Just Re’d Up, 4 Hunnid Degreez et des street-anthems efficaces avec lesquels ils gagnent le cœur et l’appui non négligeable de la rue. Mais le succès de ces titres est aussi dû à son genre : la « Ratchet Music ».

Ambigu, le terme « Ratchet » pourrait être défini comme une fille séduisante – ou chaude à vous de choisir – mais vulgaire. Ce « nouveau » style, YG en érige toute l’attitude synonyme d’impertinence et de légèreté – « using vibrators when you know you need dick » ou encore « I eat the pussy on the first day / then brush my teeth with colgate ». DJ Mustard lui en installe l’architecture sonore. Influencé par les synthés de la « hyphy music », les « snaps » de Lil Boosie et Hurricane Chris originaire du Sud ainsi que la scène jerk en pleine effervescence, il réussit à synthétiser l’ensemble en y infusant une approche singulière. Minimaliste à la fois et esthétiquement très poussé, DJ Mustard marque une différence notoire avec ses prédécesseurs. Chaque élément, chaque instrument est isolé très proprement comme si se laver les mains à l’eau bénite était le rituel obligatoire avant d’entrer en studio. Mais surtout ses basses grasses et ses claps répétitifs donnent un aspect « club-banger » facilement identifiable. Un brin lissée, sa musique va passer naturellement des rues de Compton aux clubs de Beverly Hills sans pour autant perdre sa verve.

Mais en 2011 tout va soudainement changer pour Dijon. Sous l’accord de YG, DJ Mustard propose le titre « Rack City » à Tyga. Le morceau se voit accorder une place de single et des passages en radio massifs. L’histoire est écrite, DJ Mustard tient son premier hit sacré double disque de platine. Par extension, sa réputation s’élargit désormais à l’échelle nationale, tout ça en seulement deux ans…

Une nouvelle pierre au Roc

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Avec « Rack City », en plus de populariser son style, DJ Mustard s’est vu coller l’étiquette de hit-maker. Logiquement, l’industrie du disque lui fait les yeux doux, l’année suivante il collabore avec des nombreuses têtes d’affiche pour un peu plus façonner le paysage à son goût. « I’m Different » de 2 Chainz sortira dans son disque dur. Young Jeezy grâce à « R.I.P. » se verra accorder une seconde jeunesse. Mais loin de se laisser charmer par les lumières, DJ Mustard continue à travailler son style avec les artistes locaux (YG, Joe Moses, Dom Kennedy, etc.) et donne à sa « Ratchet Music » une deuxième flèche à son arc : une déclinaison R&B. Personne ne l’avait vu venir, mais avec celle-ci il réussit à s’extirper d’une case qui aurait pu être dangereuse. Les principaux gagnants seront Ty Dolla $ign et TeeFlii qui auront le privilège de creuser des nouvelles directions.

Fin décembre, DJ Mustard cumulait cinq de ses titres dans le Billboard Hot 100 (« Paranoid », « Show Me », « Up Down (Do This All Day) », « HeadBand », « My Nigga »). En grimpant une fois de plus au sommet des charts, il a montré sa capacité à se renouveler et à confectionner une musique que les clubs affectionnent. Aujourd’hui, DJ Mustard a intégré l’écurie clinquante de Roc Nation. Mais pour montrer que le petit Dijon a désormais pris du poids – ni voyez aucun jeu de mots mal placé –, l’intéressé a paraphé un contrat de producteur, DJ et surtout artiste. DJ Mustard compterait-il réanimer l’une des branches du hip-hop qui tend à mourir : le DJing ? « Je voudrais être mon propre DJ comme Fatman Scoop et Lil Jon en un… Partir en tournée, faire danser les gens de moi-même ». Probablement. « Mustard on the beat hoe ! ».

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DJ Mustard aurait-il le son du moment ? Peut-être car Timbaland a pris le temps de le souligner sur sa mixtape Ketchup – décidément farceur le bonhomme. Signé à présent sous l’étendard du Roc, l’avenir semble lui proposer un éventail de collaborations élargies, mais pour combien de temps ? Les tendances se font et se défont vite dans le hip-hop, mais l’intéressé travaille actuellement sur le prochain album de Rihanna, est prévu sur la quasi-totalité du prochain album de YG, a déjà séduit Jennifer Lopez, collaboré avec Yo Gotti, et pour couronner le tout, a signé un deal en tant qu’artiste. En somme, DJ Mustard semble être destiné à briller. Dans l’ombre de la lumière ? Peut-être pas finalement.

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Top 5 DJ Mustard :
- Young Jeezy - « R.I.P. »
- Lil Snupe - « Intro »
- Ty Dolla $ign & Joe Moses - « The Weekend »
- YG - « I’m 4rm Bompton« 
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YG, Rich Homie Quan, Young Jeezy - « My Nigga »

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Sébastien Darvin
@ShawnPucc

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