Winston McAnuff & The Bazbaz Orchestra : un mélange explosif
Winston McAnuff, un rasta en transit
Drôle de parcours que celui de Winston McAnuff, rastafari jamaà¯cain de 54 ans, ami d’enfance de Earl Sixteen (grande figure du Reggae jamaà¯cain) et auteur du classique «Malcolm X», chanté en 1975 par ce dernier, puis popularisé en 1977 par un certain Dennis Brown sur l’album Visions of Dennis Brown. Jusqu’au début des années 2000, McAnuff n’est qu’un illustre inconnu sur nos contrées françaises. En Jamaà¯que, l’homme sort plusieurs projets : Pick Hits To Click en 1978, What The Man «A» Deal Wid en 1980 et Electric Dread en 1986. Trois albums, puis plus rien. Seize ans défilent, autrement dit, une éternité. Juillet 2002, le label français Makasound (qui vient tout récemment d’annoncer se fermeture) sort une compilation judicieusement intitulée Winston McAnuff : Diary of The Silent Years et réédite, par la même occasion, les deux premiers opus du chanteur. Le grand come-back se prépare, et se fera par la France.
L’épopée artistique de Winston McAnuff n’est pas sans rappeler celle de Charles Bradley, soulmen américain révélé il y a peu par la maison Daptone Records. Les deux hommes possèdent cette caractéristique commune d’avoir bà¢ti une carrière sur le tard, à contre-courant du cheminement artistique logique. Pour Winston, la rédemption opère à partir de 2002, grà¢ce au label Makasound donc, qui lui permet de se faire un nom en France et, surtout, de rencontrer des acteurs clés de la scène hexagonale comme Camille Bazbaz. Cette amitié se cristallise en 2005 sur l’album A Drop, riche fusion entre le reggae roots de McAnuff et l’électro/rock de Bazbaz et son orchestre. En se tournant vers la France, le jamaà¯cain booste une carrière somnolente depuis le milieu des années 80. Alors que la bête semblait dormir paisiblement, ce réveil sonne comme la résurrection d’un artiste prisonnier d’une époque o๠le reggae roots jaillissait de toutes parts. Six ans et deux albums plus tard (Paris’ Rockin en 2006 et Nostradamus en 2008), Winston McAnuff - alias Electric Dread - et le Bazbaz Orchestra remettent le couvert. Après A Drop, A Bang, continuité d’une affaire qui marche vraiment (très) bien.
En Terre inconnue
L’alliance McAnuff/Bazbaz, c’est la réponse aux personnes se disant aimer le reggae sur deux ou trois morceaux car, après, ça devait «saoulant, répétitif, voire carrément chiant». Pour le tout-venant, le rastafarisme est une collection de clichés. Dreadlocks, culte de la ganja, oisiveté et anarchisme à deux balles, l’amalgame est vite fait. Ce que l’on sait moins, en revanche, est que le reggae, comme toute musique, peut s’enrichir de différents styles et ainsi créer un mélange détonnant. Damian Marley l’a récemment prouvé en sortant Distant Relatives avec son homologue rappeur, Nas. Winston McAnuff, de son côté, a décidé d’emmener ses riddims impétueux aux frontières du rock. Fruit d’une collaboration avec le compositeur Yarol Poupaud (ancien guitariste de FFF) et le franco-libanais Camille Bazbaz, A Bang est une collision explosive entre la voix tiraillée de l’Electric Dread et les assauts électriques du Bazbaz Orchestra. Bien que l’on ne retrouve que rarement l’atmosphère adipeuse du reggae roots (hormis sur les excellents «Hey Girls» et «Angela Davis»), le chant de McAnuff nous replonge constamment dans la chaleur du son jamaà¯cain. L’album déroule une panoplie de styles considérable, allant du punk/rock sur «Jacob’s Ladder» (son riff imparable vous rappellera les grandes heures d’AC/DC ou des Sex Pistols) à la ballade folk/blues («The Path», «Settle Babylone»). A l’instar de son prédécesseur (A Drop, sorti en 2005), ce disque prend par instant des accents électroniques qui s’enrobent dans les nappes funky des productions de Bazbaz et Yarol Poupaud.
Au carrefour de plusieurs courants musicaux, la formule crée par Winston McAnuff et le Bazbaz Orchestra régale autant qu’elle surprend. Trente-et-un an après la parution de son tout premier effort, l’Electric Dread, désormais quinquagénaire, semble s’être fait une seconde jeunesse aux côtés de musiciens qui, à première vue, n’ont strictement rien à voir avec son univers. Une Œuvre taillée pour le live (dont Winston est friand), composée entre la France et la Jamaà¯que dans pas moins de six studios différents, pour un résultat tout simplement bluffant. A Bang est un album qui fera date, tout comme son créateur, dorénavant assuré de figurer parmi les grands noms de la musique jamaà¯caine.




