Entre brio et démence...
Luis Suárez, buteur de folie
Pièce maîtresse du dispositif de Brendan Rogers à Liverpool, Luis Suárez fait indéniablement partie de la race des buteurs géniaux. Ses statistiques sont là pour le prouver : 9 ans de carrière, plus de 300 matches pour pas moins de 200 buts. Réputé pour son instinct de ‘’tueur à gages’’ devant les filets, « El pistolero » est également connu pour ses multiples dérapages qui lui ont valu bon nombre de polémiques. Retour sur un personnage exubérant dont la folie n’a d’égale que son talent.

À la manière d’un Maradona, Luis Suárez est ce joueur capable d’illuminer à lui seul une rencontre, renfermant en son sein un don inouï pour le football, mais aussi une part plus sombre, celle d’un homme non conformiste, souvent à la limite de la décence. Selon que l’on voit le verre à moitié vide ou à moitié plein, on peut penser de l’homme âgé de 26 ans qu’il est un incorrigible provocateur ou a contrario, un formidable buteur ayant une propension à quelques dérives. Sans doute que l’Uruguayen ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui sans ses deux facettes. Sans doute aussi qu’il n’affolerait pas aujourd’hui les défenses anglaises. Car Suárez l’irrépressible goleador ne peut être dissocié de Suárez l’homme au comportement parfois séditieux.
Avant tout une « machine à marquer des buts »

Si l’international uruguayen s’est forgé une réputation de solide joueur sur la scène internationale, c’est d’abord parce qu’il n’a cessé au cours de sa carrière de faire trembler les filets. De son équipe du Montevideo à Liverpool en passant par le petit club hollandais du FC Groningen au célèbre Ajax Amsterdam, « El pistolero » n’a jamais passé une saison sans enfiler moins de dix buts. Une constante et redoutable efficacité reconnue de tous qui se conjugue avec un tempérament de feu, celui d’un combattant légataire de la grinta propre aux Sud-américains à l’instar de son compère d’attaque avec la Celeste, Edinson Cavani. Ainsi, quand son néo-coéquipier Mamadou Sakho évoque le cas du buteur fou, il ne lésine pas sur les louanges :
« C’est une machine à marquer des buts. Il est tout là-haut au niveau des meilleurs attaquants du monde. Mais je crois que le plus important, c’est qu’il s’est mis au service du club, de l’équipe, il se sacrifie. Il donne tout, vous pouvez le voir dans sa manière de jouer. Il n’est pas égoïste, il ne joue pas pour lui. »
Dans un championnat où l’engagement fait office de règle d’or, Suárez se présente alors comme le soldat idéal paré à aller au combat. « Luis Suárez est un sale type, et quand je dis cela, c’est dans le bon sens du terme. Il est horriblement acharné, c’est tout ce que l’on aime chez lui », indiquait Lee Jonhson, entraîneur d’Oldham City, une modeste équipe de seconde zone ayant subi les foudres du club de la Mersey. Une détermination liée à un caractère bien trempé que le joueur tire d’un passé compliqué, lui, l’enfant des barrios : « Depuis que je suis petit, j’ai beaucoup souffert, mon rêve c’était d’être professionnel. […] Mon caractère ? J’ai eu une enfance difficile. Quand j’étais enfant, mes parents achetaient ce qu’ils pouvaient avec leurs moyens et rien de plus. J’ai tiré de la force de tout cela, mon caractère vient de cette enfance difficile », avait-il confié à un journal espagnol.
Suárez ou l’étrange cas du Dr Jekyll et Mr Hyde

Pourtant, l’attaquant serait un personnage trop lisse dans le monde du football s’il n’avait pas cette étiquette de bad boy dont il a du mal à se défaire en raison d’un casier lourd de quelques frasques, à commencer par sa fameuse main lors du Mondial 2010. Alors que l’Uruguay et le Ghana se disputent dans les prolongations une place en demi-finale, Suárez repousse sur la ligne et de la main le ballon propulsé de la tête par un joueur ghanéen, ironisant après la victoire de sa sélection son geste : « Je suis un golerazo [un grand gardien], c’est l’arrêt du Mondial. La main de Dieu, c’est moi qui l’ai maintenant. » Une provocation qu’il n’a pas perdue puisque quelque temps après son retour en Angleterre, il n’hésite pas à plonger devant le banc d’Everton en guise de célébration de son but, faisant ainsi un pied de nez au coach David Moyes, l’ayant incriminé de trop plonger pour obtenir des fautes imaginaires.
Attention, chien méchant !

La blague est assurément moins drôle lorsque par bravade ou par racisme, le numéro 7 des Reds insulte au cours d’une rencontre et à plusieurs reprises Patrice Evra de « negro ». Sanctionné d’une suspension de huit matches et d’une amende de près de 50 000 euros, l’Uruguayen n’a cependant pas réfréné ses ardeurs puisqu’en en 2012, il avait refusé de serrer la main au Français. Mais ses fumisteries entrent assurément dans la consécration quand l’attaquant, qui s’était encore fait remarquer en glissant un doigt d’honneur bien placé à un supporter de Fulham, a sorti les crocs et planté ses dents dans le bras du joueur de Chelsea Branislav Ivanovic en avril dernier, ce qui lui avait valu une suspension de dix matches. Suárez a donc joué les récidivistes puisqu’il avait déjà mordu un adversaire du PSV Eindhoven lorsqu’il évoluait sous les couleurs de l’Ajax Amsterdam. À croire que le Sud-américain devrait être contraint de porter la muselière.
Entre coup de génie et coup tordu, l’Uruguayen est un joueur au sang chaud détenant le symptôme ‘’ravanelliesque’’ (celui de la jambe en mousse et du plongeon facile) et probablement fan du Mike Tyson mordant l’oreille d’Evander Holyfield. Mais ses gestes décalés, pour ne pas dire immatures, qui font tache, tendent à s’estomper face au génie du buteur ne manquant pas d’humour. Dans une publicité pour une entreprise uruguayenne, l’homme joue de l’autodérision afin de tenter de corriger cette image d’enfant terrible.




