Lettre à un schizo

Lettre ouverte à Danny Brown

19 octobre 2013 . 5 commentaires
By Esco', in US Side

Cher Danny,

Je t’écris aujourd’hui pour comprendre. Ou plutôt, tenter de TE comprendre. Toi, ta vie, ta personnalité que beaucoup commentent mais que l’on connaît mal. Ton premier album vient de sortir et les médias te courent après. Et tu t’en amuses, comme d’ordinaire.

Au cœur des années 2000, j’ai ouï dire qu’un certain 50 Cent avait osé te recaler de son unité de gorilles à cause de tes jeans slims et de ta coiffure façon Mireille Dumas sous acide. Quelle honte ! Mais dorénavant, tu la tiens, ta revanche. À l’heure où ce vieux Curtis doit croupir dans l’un de ses candy shop new-yorkais, tu fous le souk partout où tu passes, et le monde entier t’acclame. Tu sais, j’étais là aux dernières Eurockéennes de Belfort, luttant pour survivre au milieu d’une foule chauffée à blanc par tes bangers techno-grime et tes slams incessants. Y’a pas à dire, question ambiance, t’es un crack Danny. Question drogues aussi, tu me diras.

lettre ouverte danny brownAh, la dope, la schnouf, la défonce… appelle la comme tu veux. Il n’empêche que tu lui as consacré une vie entière et que si elle t’en a fait baver étant gamin, il se peut que tu lui doives beaucoup aujourd’hui. Crois-moi Danny, les jeunes adorent les personnages dans ton genre ; sorte d’icône crackhead totalement atypique et délirante. Tu es devenu un clown Danny, le grand bouffon de la Cour rapologique. Non, je t’assure, ta trogne fait marrer les gosses. Ces chicos en bataille, ce crâne à demi rasé, ces yeux qui te donnent toujours l’air de planer, et puis CE RIRE… Unique !

En fait, j’ai l’impression que le public attendait un mec comme toi. Le genre Tyler mais en nettement plus marrant, tu saisis ? J’écoute du rap depuis des lustres, et je crois que les gens veulent de la folie, du spectacle, des types qui pètent les plombs pour de vrai. Comme toi et Tyler. Des créateurs, quoi. ODB est parti, Busta Rhymes a divorcé avec l’humour depuis un bail, et Eminem est lobotomisé. Bon, j’imagine que ça t’arriveras un jour vu les doses que tu t’envoies, mais pour l’heure, c’est bien toi le roi des cons. Prends le comme un compliment.

Tu l’auras compris, je t’apprécie beaucoup Danny, et je reste convaincu que le hip-hop serait bien plus triste sans toi. Pourtant, ta musique ne me touche pas vraiment. J’ai tout essayé mais je me sens désincarné, désintéressé, presque. J’ai scruté tes interviews, notamment celle où tu expliques que les gens ne doivent pas aimer ton son à la première écoute, et que c’est ça qui te fait kiffer. À vrai dire, même à la quatorzième, je n’arrive pas à tout saisir. Et j’ai l’impression qu’on est plusieurs dans ce cas-là. J’aurais pourtant envie d’adorer ta musique, mais arrive constamment ce moment où tout fout le camp. Ta voix de canard m’insupporte, tes beats syncopés me donnent envie de frapper le chauffeur de bus et je finis ma journée irritable comme jamais.

Tout ce bla-bla pour aboutir à l’interrogation suivante : serais-tu l’arnaque de l’année, Danny ? Attention, je n’affirme rien, je m’interroge. Nuance. Mais à lire ces paragraphes d’éloges, à voir la génération Pitchfork te couvrir de louanges, à constater que les meilleurs festivals t’accueillent les bras ouverts, j’ai parfois l’impression d’être à côté de la plaque. Suis-je déjà trop vieux pour saisir la pleine mesure de ce rap qui évolue sans cesse ? Vais-je bientôt me surprendre à prononcer la sacro-sainte tirade : « le rap, c’était mieux avant » ? J’ai retourné le problème dans tous les sens et tenté de comprendre, de me mettre à ta place, à celle des médias, du public. Et si, en fin de compte, on pensait tous la même chose de toi, Tonton. Du genre : « c’est bien, mais en fait pas tant que ça ». Comme si on se forçait à t’aimer parce que tu es le plus cool des rappeurs mais qu’on n’avait jamais eu de sentiments pour toi. Cette vie est définitivement pleine de questions…

Et toi Danny, t’en penses quoi, au juste, de Danny Brown ?

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- Morgan Henry -
@Esco

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5 Commentaires
  1. max le 20 octobre 2013 à 1 h 00 min

    Effectivement ce mec est une intrigue mais perso j’ai adoré le son directement avant de voir sa tête et d’entendre son rire ! Un flow de dingue et des instrus originales … Ce mec n’est pas une arnaque c’est un phénomène comme on l’attendait depuis longtemps

  2. Treize le 20 octobre 2013 à 12 h 20 min

    Y’a un sacré contraste, éffectivement il a un look de Rockeur mais c’est sa qui est bien ce contraste entre sont look, sa coupe de veuch, ces slims, ect.. et sont flow de dingue quand il rap. Moi je kiff bien il ramène un nouveau délire c cool

  3. Esco' le 20 octobre 2013 à 20 h 59 min

    Pour le délire nouveau y’a aucun problème. Pour l’attitude sur scène, en dehors, la voix, le flow, tout roule aussi. Après ses albums sont généralement crispants sur la durée, bordéliques malgré les bons morceaux. Puis au bout de seize titres ça devient limite audible.

  4. Maëva le 6 novembre 2013 à 21 h 12 min

    Alors là, merci. Après avoir eu des places pour aller au Pitchfork, je me suis rendue à son concert, un peu par curiosité, en étant déjà un peu septique. J’ai trouvé ça incroyablement nul, je n’ai pas compris vraiment vraiment pas compris comment on pouvait s’amuser sur ce genre de sons. D’ailleurs c’était comme si tout le monde faisait semblant. Pourtant oui, le personnage est attachant. Joli article en tout cas.
    Maëva.

  5. Esco' le 7 novembre 2013 à 0 h 22 min

    Disons qu’en concert l’effet bouillie sonore est décuplé. C’est ultra trap, gavé de basses… Après, lui fout bien le bordel sur scène mais les chansons restent assez indissociables.
    En tout cas merci pour ton commentaire Maëva, ravi que ça te plaise.