Il était une fois, Gesa

Le Conte de Gesaffelstein

30 octobre 2013 . Pas de commentaire
By Adrian, in FR Side

En cinq années, Gesaffelstein a réussi à sortir des profondeurs de l’anonymat pour s’élever aujourd’hui au rang de « Prince de la techno française », titre proclamé par de nombreux médias. Depuis ce lundi 28 octobre, le DJ déchaine les passions un peu partout dans le monde avec la sortie de son premier album Aleph, le premier sommet de sa courte carrière. Pourtant, la route du lyonnais n’était pas toute tracée et s’il ne se dirigeait pas vers la vie nocturne des plus grandes boites du monde, c’est bien la techno qui est venue le trouver dans son adolescence comme si l’histoire était déjà écrite dans un vieux bouquin à la couverture noire.

Il était une fois…

Bien loin de l’histoire traditionnelle que l’on peut faire d’un artiste né dans les années 80 influencé par les divers courants musicaux émergents dès sa tendre enfance, Mike Lévy fait partie de ceux qui assument la vérité. N’ayant pas une famille de musiciens, n’écoutant presque pas de musique chez lui et quittant l’école ennuyeusement à l’âge de 16 ans, le premier chapitre de sa vie ne fut pas très inspiré, traînant des pieds. « Je n’étais pas dans la dance music quand j’étais jeune. Je n’étais même pas attiré par la musique en général, c’était pas un hobby. J’étais plus dans l’art et le dessin. » s’exprime-t-il sur son enfance lyonnaise.

Un beau jour, Mike trouva un CD d’électro dans la chambre de sa sœur et tomba sur le coup en extase sur cette musique à la fois si simple et si complexe. Qui aurait cru que l’élément déclencheur de toute une vie se trouvait seulement à quelques pas, dans la chambre de celle que l’on adore détester ? Alors passionné par la fabrication de cette musique, il se forgera au fil du temps une sacrée culture musicale électronique, passant de Depeche Mode à la noirceur de la techno de Detroit via Dopplerefekkt et Drexciya. Profitant d’un synthé trouvé chez un pote, Mike Lévy trouva enfin la voie qu’il voulait emprunter au simple contact des touches, tombant amoureux du physique, non pas d’une fille comme la plupart des garçons à cet âge-là, mais du son : « Quand j’ai découvert le synthé, j’ai complètement arrêté d’écouter de la dance music, j’étais juste obsédé par le son. Je savais que si je voulais faire cette musique, je devais l’apprendre par moi-même ».

C’est ainsi que naît la légende de Gesaffelstein, un pseudonyme créé à partir de la conjonction de deux noms : « Gesamtkunstwerk » d’un côté, titre d’un album de Dopplerefekkt signifiant en allemand « la perfection de l’art », et de l’autre Albert Einstein le célèbre physicien à qui Mike voue une certaine admiration.

Couronné Prince des Ténèbres

Débutant la tournée des clubs derrière ses platines, le jeune prodige rencontre en 2007 lors d’une soirée Michael Amato alias The Hacker, grand DJ de la scène française depuis la fin des 90′s. Gesaffelstein lui glisse dans la poche un CD de ses quelques essais, coup gagnant puisqu’une grande amitié se nouera entre eux, créant ensemble un peu plus tard le label Zone Records. Plus qu’un associé, Gesa voit en lui un véritable mentor déclarant ainsi que « sa musique est la parfaite combinaison entre le passé et le futur. C’est la seule musique que je comprends [...]. Si The Hacker n’avait pas existé, je ne suis pas sûr que j’en serais là aujourd’hui. Il m’a expliqué beaucoup de choses, tout ce que je sais vient de lui ».

Passant le plus clair de son temps en studio où il enregistre et crée des sons à la pelle, Gesaffelstein évolue en marge de la French Touch et lorsque celle-ci arrive à sa fin, il trouve le déclic pour gravir à nouveaux les échelons avec « Variations ». D’abord un morceau qu’il envoie à Tiga dirigeant du label Turbo, et quand ce dernier lui en demande plus, c’est finalement en un EP que se terminera ce travail, la « meilleure façon de présenter mon son » avoue-t-il. C’est grâce à cette expérience qu’un certain Brodinski aborde le DJ, voyant en lui un talent pur, le premier qui représentera son nouveau label Bromance Records. Une rencontre qui sera expliquée plus tard par Brodinski en ces termes : « Il est unique en son genre. J’avais l’impression d’écouter la musique parfaite au moment parfait, et c’est extrêmement rare ».

Gesaffelstein plonge alors un peu plus dans les abysses de la techno dark, violente, noire, agressive. Plus qu’un son, c’est un nouveau monde qu’il crée, plus sombre encore que les costumes qu’il porte à chaque DJ-set. Reprochant à la techno actuelle de ne ramener à la musique que « la seule puissance en oubliant d’en développer l’atmosphère », lui au contraire sait apporter un brouillard à chaque endroit où il se produit. Mystérieux, il affirme ne pas l’être, trouvant le mystère dans les DJs qui essayent d’être cool sans l’être vraiment. Sa différence, elle vient de là, tout comme sa reconnaissance venue aussi en 2012 grâce à la réussite d’un morceau, « Viol » qui sera repris dans des campagnes de télévision pour Givenchy et la Citroën DS4 ainsi que des remixes de Cassius ou Lana Del Rey.

Deviendra Roi ?

Gesaffelstein choisit 2013 pour l’année de son envol. Annonçant la sortie de son premier album Aleph pour l’automne, l’attente était déjà toute prête pour les amateurs des shows de Justice et compagnie. Mais sa grande amitié avec Brodinski ne lui apportera pas que la couverture du magazine DJ Mag en juillet 2012, non ! Ce dernier lui inculque la culture hip-hop jusque-là rejetée par Gesa, il le pousse même à écouter du rap toute la journée afin de discerner cette connexion entre hip-hop et électro. Cette découverte l’amène il y a quelques mois dans les studios du plus avant-gardiste des rappeurs, Kanye West, qui préparait alors l’album Yeezus, le plus sombre qu’il n’ait jamais composé. Coïncidence ? Non, l’artiste de Chicago avait tout prévu et la présence de Gesaffelstein était bien volontaire. Celui-ci participe à la création de « Black Skinhead » avec notamment les Daft Punk et de « Send It Up », se remémorant que « lorsque j’ai joué ce dernier morceau pour Kanye, je me disais qu’il n’aimerait pas le son, et puis il est devenu complètement dingue… ».

Ce fut alors la consécration pour ce lyonnais qui découvrait l’électro dans la chambre de sa sœur, pourtant il ne voit pas cette association comme une opportunité vers la célébrité mais seulement comme une occasion de travailler de nouveaux aspects de son propre son, le taillant un peu plus dans l’acier : « J’ai travaillé avec Kanye non pas parce que je suis un fan, mais parce que c’était intéressant pour moi de faire de la nouvelle musique dans un style ancien ». Le hip-hop, il ne s’en éloigne pourtant pas en témoigne sur son album « Hellifornia », l’inspiration même de la West Coast.

 

La scène internationale lui ouvre alors grands les bras, tournant aux quatre coins de la planète. Gesaffelstein s’est livré au monde depuis lundi avec Aleph et ses quatorze morceaux, faisant enfin la musique qu’il rêve faire depuis dix années maintenant. Comme disait Einstein,  »je suis capable du meilleur comme du pire, mais dans le pire, c’est moi le meilleur », et c’est un peu ça Gesaffelstein, capable de nous faire écouter une ballade gothique plus noir que l’obscurité juste après une douceur des plus lumineuses, mais c’est bien dans cette techno ténébreuse qu’il est le meilleur.

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Adrian Huguenot
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