Neo Boto analyse à sa sauce la fermeture de MegaUpload

L’affaire MegaUpload : Une catastrophe ?

22 janvier 2012 . Un commentaire
By Nico, in Lifestyle

L’annonce a fait l’effet d’une bombe. MegaUpload et ses multiples ramifications, géant du téléchargement direct et sacro-saint du piratage a été fermé sur ordre du FBI. Une première démarche qui amorce un chemin de croix contre le téléchargement illégal, appuyé par l’opération controversée SOPA (Stop Online Piracy Act), à l’initiative du gouvernement Américain. En France, Nicolas Sarkozy se frotte les mains, saluant « une impérieuse nécessité pour la préservation de la diversité culturelle et le renouvellement de la création », égratignant sans le vouloir le dispositif français Hadopi, jusqu’alors impuissant face à des problèmes similaires. Loin de proposer un banal résumé des faits, Neo Boto a pris le parti d’analyser le phénomène sous un angle particulier, en insistant sur le côté paradoxal de la démarche et ses conséquences dans le domaine musical. La fermeture de MegaUpload serait-elle finalement une véritable catastrophe pour l’industrie du disque ? Retour sur un événement symbolique. A notre sauce.


Les grands jubilent, les petits pleurent

Initialement analysé comme un véritable fléau, entravant la liberté artistique, violant et volant les droits d’auteurs, le téléchargement illégal a pris de l’ampleur à tel point que, devenu inévitable, il est apparu vain d’entreprendre de le réguler. En introduisant la notion de gratuité et d’immédiateté, le phénomène a redistribué les cartes, bouleversant significativement les rapports de force existants tant entre labels et artistes qu’entre maisons de disque et organisateurs de concert. L’industrie du disque propulsée dans un gouffre à l’issue funeste, les artistes, d’abord désarçonnés, ont vite fait de réagir en intégrant le fait que l’époque où les ventes de disques pouvaient être faramineuses était révolue.

Graduellement, le téléchargement est envisagé comme un instrument de promotion, non plus comme cible de répression. L’exemple de Swizz Beatz, pressenti pour occuper le poste de CEO de MegaUpload avant sa fermeture, ainsi que les apparitions de Kanye West, Ciara, Will I Am ou Jamie Foxx dans une publicité vantant les mérites du site illustrent une génération d’artistes conscients des nouveaux enjeux introduits par le téléchargement, abdiquant et composant avec cette entité plutôt que de la dénigrer. Les albums distribués gratuitement fusent, des tracks sont dévoilées sans retenue, des empires se construisent en capitalisant sur la possibilité d’atteindre une myriade d’utilisateurs en l’espace de quelques minutes.

Paradoxalement bénéfique et illicite, source de profits comme de pertes incommensurables, le téléchargement illégal donne une voix à ceux qui ne peuvent atteindre les canaux majeurs de distribution et un visage aux artistes de l’ombre. Supprimer le téléchargement reviendrait-il à laisser dans l’obscurité ce panel d’artistes, à la force de frappe limitée mais dont la diversité incarne la richesse d’une culture musicale en panne sèche d’inspiration ? Sans aucun doute. Une position affirmée qui prend sa source non pas dans un objectif populiste et pseudo-révolutionnaire mais dont les racines sont profondément ancrées dans une analyse fine de l’industrie musicale, évolutive et en symbiose avec son époque. En instrumentalisant le téléchargement, l’objectif scénique -désormais plus lucratif - prend le pas sur la simple distribution physique d’un support CD. Que ça plaise ou non. Entre révolte et soumission, le phénomène divise, à chacun de choisir son camp.

La révolution sera masquée

Gil Scott-Heron avait touché la vérité du bout de sa poésie, la révolution ne sera pas télévisée. Elle prendra une forme anonyme et masquée, portée par un objectif libéro-révolutionnaire. En se dissimulant derrière des idées plutôt que sous une personnification de la révolte, le collectif de hackers Anonymous prône un mouvement pacifiste, dont nous serons de simples spectateurs, placés sous le joug d’une poignée d’individus. Le piratage des sites du F.B.I, de la RIAA ou encore d’Universal Music est un exemple probant de la puissance de frappe d’un groupe d’inconnus aux desseins nullement démocratiques, malgré ce qu’ils peuvent affirmer. L’opération semble démesurée et amuse les foules plus qu’elle ne les fédère. Loin de sous-estimer le contre-pouvoir incarné par Anonymous, l’idée de compter sur une démarche secrète à la V pour Vendetta ayant pour optique de rétablir les libertés individuelles dans la notion de démocratie est certes excitante, mais peu pertinente. Anonymous prévoit d’attaquer le gouvernement américain, en prédisant une vaste opération de piratage. Beaucoup de bruit pour pas grand-chose ?

« La troisième guerre sera celle de informatique », peut-on lire un peu partout. Si la formulation semble pompeuse, elle pose en tous cas les fondations d’une réflexion sur une redistribution du pouvoir, où le numérique occuperait une place plus que jamais prépondérante. Quid des artistes, eux-mêmes concernés ? Pour l’instant muets, ils sembleraient ne pas s’affoler de la fermeture de MegaUpload, signifiant par la même la fébrilité de l’entreprise du F.B.I. Même son de cloche chez les maisons de disque, pourtant les principales concernées. En France, le débat a déjà pris une teinte politique, le propulsant vers des sphères où il devrait être instrumentalisé plutôt que discuté.


Un de perdu, dix de retrouvés. Davantage symbolique que véritablement efficace, la fermeture de MegaUpload ne met en aucun cas fin au téléchargement illégal, loin de là. En jetant un caillou dans l’océan, le FBI a surtout tenu à démontrer sa puissance de frappe. En vain. Une dizaine d’autres plates-formes similaires à MegaUpload sont encore en pleine possession de leurs moyens. La question est de savoir pour combien de temps encore. Le téléchargement illégal, fléau ou aubaine? La RIAA (Recording Industry Association Of America) choisira la première solution. Sur Neo Boto, on vous affirme le contraire sans détour. Au risque de se faire taper sur les doigts par Sarko. On est comme ça, on aime vivre dangereusement.

Un Commentaire
  1. SoWhat le 4 février 2012 à 11 h 35 min

    Tout est dit. Perso ce mouvement des « Anonymous » ne m’inspire pas vraiment confiance. Le fait qu’il ne soit, par essence, revendiqué par personne, peut conduire à légitimer n’importe quel type d’actions à partir du moment où on décide de leur attribuer l’étiquette de ce collectif. J’ai presque envie d’adhérer à votre point de vue, mais ne pensez-vous pas qu’il est peut-être un peu trop tôt pour parler de véritable « contre-pouvoir »?