La révélation vocodée
Jeu, Set et Match: James Blake
Gueule d’ange, nom qui claque, pochettes belles à se damner, lives euphorisants et morceaux tutoyant la perfection, le musicien Londonien James Blake possède en ses mains d’orfèvre les atouts pour modeler le futur de la musique à sa guise. Du haut de ses 23 ans, le porte-étendard du post-dubstep orchestre un mélange des genres inédit que seul un talent protéiforme et insensé semble permettre. Autopsie du prodige en vogue, sus à ses quelques détracteurs (les malheureux).
Naissance d’un génie
Repéré en 2009 par l’influent DJ anglais Gilles Peterson grâce au titre “Air & Lack Thereof”, James Blake explose à la face de la musique indie en 2010 grâce à deux EP annonciateurs des capacités du bonhomme : CMYK puis Klavierwerke. Le morceau-titre du premier cité, bombe dansante propre à embraser les dance-floors du monde entier, montre la première facette du musicien : DJ. Portées par des basses omniprésentes et une rythmique particulièrement entrainante, les quatre minutes de “CMYK” propulsent James Blake dans le sillage de Mount Kimbie ou Jamie XX, ces autres artistes qui ont fait muter le dubstep de Burial en adjoignant à cette musique froide et angoissante des voix proches de la soul. Ce n’est donc pas une réelle surprise d’apprendre que l’influence principale de James Blake n’est autre que Stevie Wonder (à noter qu’il a remixé des morceaux de Lil Wayne, Drake et Outkast sous le pseudonyme de Harmonimix). Mais déjà, avec “Postpone” ou “Footnotes”, l’EP montre les fissures de l’esprit de Blake et la direction qu’il compte emprunter. Des morceaux construits sur le silence, tout en rupture. De longues montées, des bruits sourds, une musique où toute la grandeur de l’œuvre se trouve dans ses détails, à la manière de ces chœurs féminins qui illuminent ces sonorités électroniques pourtant seules à bord pendant les trois premières minutes des chansons.
Les portes de la gloire
Une méthode qui va s’affiner avec les deux morceaux qui vont truster les radios anglaises et provoquer l’adoubement de Pitchfork : “I Only Know (What I Know)” et la célèbre reprise de Feist, “Limit To Your Love”. Là encore, Blake orchestre ses compositions par le silence, outil qui lui permet de mieux mettre en valeur le soudain surgissement d’une voix à la beauté cristalline, ou avec cette infrabasse dantesque qui sert de toile de fond à “Limit To Your Love”, détail qui fait d’un morceau minimaliste, voire simpliste, un objet fascinant.
La reprise de la création de la divine Leslie Feist apporte au garçon le succès commercial et annonce au même moment la sortie du premier album éponyme début 2011, l’occasion de mieux cerner l’architecture sonore du musicien. Reposant sur une voix splendide qu’il n’hésite pas à déformer avec le vocoder et un clavier minimaliste - donc essentiel - l’album est proche de la pastorale. Un disque si pur et si cristallin qu’on jurerait que son auteur a suivi Faust et a pactisé avec le diable pour déployer un tel talent. “The Wilhelm Scream” ou encore “Unluck”, sommets de l’album, deviennent quasi hypnotiques grâce au décalage entre cette voix doucereuse et ces sonorités lancinantes et enivrantes.
Une porte ouverte sur l’outremonde
L’EP sorti en octobre dernier, Enough Tunder, confirme la tendance avec la présence de Bon Iver sur “Fall Creek Boys Choir” ou ces monuments terrifiants que sont “Once We All Agree” et “We Might Feel Unsound”. La sirène qui vient faire imploser “Once We All Agree” dans sa conclusion semble venir d’un autre monde, et, au même titre que le grouillement qui contamine “We Might Feel Unsound”, ces trouvailles semblent pénétrer les tréfonds de l’âme humaine. Une musique du crépuscule, un abîme mélancolique propre à donner le vertige qui pourrait être la bande-son idéale de L’inquiétante étrangeté de Freud, ce sentiment de malaise et de peur face à un monde absurde et angoissant.
Aussi bons soient ses morceaux, James Blake reste une expérience à vivre en live. Sorte de transposition sur scène du jazzy Blade Runner et de sa cultissime bande-originale signée Vangelis, un concert de James Blake vous fait passer par toutes les sensations possibles en quelques instants.
Le point culminant de ce grand huit émotionnel reste l’adaptation scénique du vertigineux “Klavierwerke”, où les basses et les synthés les plus dansants et galvanisants imaginables laissent place au chant vocodé de Blake, chant qui ferait fondre de tristesse un mur.
La messe est dite, en moins de deux ans James Blake a façonné la musique du futur à sa guise en combinant soul, dubstep, jazz, électro et R’n’B. S’il y a sans doute une limite à l’amour, le talent du néo-crooner Londonien ne semble, en revanche, pas en connaître.
- Brice Chupin -





Un article complet sur un artiste que je ne comprends pas. Seules quelques titres sont intéressants. Cependant, l’analyse est fouillée.