Analyse d'un paradoxe ambulant

Mary J Blige : d’ange à démon

23 novembre 2011 . Pas de commentaire
By Nico, in Featured, US Side

20 ans de carrière, plus de 50 millions d’albums écoulés et une cinquantaine d’Awards engrangés, le parcours force le respect. A l’heure de la sortie de My Life 2. The Journey Continues, la onzième livraison de la belle, personne n’a de doute quant à son orientation artistique. Auréolée du statut indétrônable de Queen Of Hip-Hop/Soul, Blige est la figure maternelle d’un rythmn and blues en fusion avec ses racines urbaines, adulée et unanimement reconnue par tout un chacun. Pourtant, tout n’a pas toujours été si reluisant pour la native du Bronx. Alors que sa carrière n’a jamais subi d’accroc, l’itinéraire personnel de l’artiste est largement semé d’embuche. NeoBoto revient sur le parcours d’un paradoxe ambulant, entre lumière et ombre, réussite et décadence.

D’ange…

Classieuse, élégante et bête de scène, la Mary J Blige grand public inspire pureté et maitrise. Enfant d’une nurse et d’un jazzman, l’enfance de Blige a été bercée par les vinyles d’Aretha Franklin et autres Chaka Khan, couplés aux chants liturgiques de son église de Georgia. Est-ce pertinent ou simplement lourd de cliché et facile d’affirmer qu’elle est tombée dedans quand elle était bébé ? Toujours est-il qu’avant de s’acoquiner avec le mogul Diddy pour la sortie de What’s the 411, son premier chef d’œuvre solo, la belle avait déjà un sacré bagage artistique. L’hymne « You Remind Me » à peine entamé, qu’elle se voyait déjà auréolée du titre de Queen Of Hip-hop/Soul. Un qualificatif évident quand on analyse au peigne fin sa carrière, marquée par une empreinte aussi bien hip-hop « Enough Cryin’ » que purement r’n’b « No More Drama ». Depuis ses collaborations avec Eve, Nas, Method Man, Busta Rhymes ou Drake jusqu’à son style vestimentaire, agrémenté de baggys et casquettes, soutenu par un bagout emprunté aux rues du Bronx, Mary J se démarque du paysage r’n’b traditionnel en empruntant aux Mcs leur verve et aux chanteuses de Soul leur côté traditionnel. Si cette fusion des genres aura façonné sa carrière jusqu’à en devenir un refrain récurrent, la quarantenaire reste l’une des artistes les plus versatiles de ces vingt dernières années, seule lauréate de Grammys dans les catégories Pop, R’n’b, Gospel et Rap et régulièrement citée parmi les plus grandes chanteuses de tous les temps. Douée de la capacité de se réinventer constamment, chacune des sorties de Blige est couronnée de succès et marquée par le sceau d’une artiste qui arrive à convaincre. Cette aptitude à faire du neuf avec de l’ancien sans jamais perdre son identité artistique reste l’une des incarnations les plus probantes du talent d’une chanteuse dont l’aura aura donné au rythmn and blues ses lettres de noblesse. Discographie solide, malgré un léger écart un rien convenu avec Love & Life, charisme étincelant : en surface Mary J Blige semble irréprochable. En surface seulement…


…A démon

Si la Reine évolue dans un univers artistique semblable à celui de ses homologues rappeurs, elle leur a également emprunté un parcours bien souvent chaotique. Grandir entre le Bronx et Yonkers, sans figure paternelle, c’est comme demander à Drake d’arrêter de se lamenter : franchement compliqué. Mary Jane Blige aura bien vite fait de sombrer dans l’alcool et les drogues douces, à tel point qu’elle sera expulsée de son lycée et ne décrochera un diplôme qu’en 2010, symbole de l’acharnement constant d’une artiste écorchée. De ses classiques « No More Drama », « 911 », «Can’t Live Without You », ou « Hurt Again » jusqu’aux intitulés explicites de ses albums, Share My World, No More Drama, Growing Pains, Stronger With Each Tear, tout laisse supposer une fragilité qui n’apparait pas évidente de prime abord. Éloignée de l’alcool par son mari et manager Martin Kendu Isaacs, la belle n’avouera que récemment avoir été abusée sexuellement pendant son enfance. Une personnalité ambivalente, consolidée par une voix de velours à la puissance remarquable, originellement contrebalancée par des thèmes au ton largement pessimiste, qui tendent à se faire plus discrets à mesure que l’artiste se libère de ses démons. Un revirement artistique reléguant au second plan ce travail d’introspection qui faisait de chaque album de Mary J une authentique pièce d’un puzzle aux contours bien sombres. Sans tomber dans la mièvrerie de bas étage, le second versant de My Life s’embourbe dans des thèmes plus légers (« 25-8 », « Don’t Mind ») dont la durée de vie est limitée. Si la cure de jouvence de la Miss est pour le moins réjouissante, le ton édulcoré qu’emprunte sa carrière depuis Growing Pains laisse perplexe.


My Life 2…The Journey Continues laisse entrevoir une Mary J Blige parfois happée par les tendances Pop actuelles « Ain’t Nobody », « Next Level », souvent rescapée de justesse par des titres plus traditionnels «Love A Woman », « Feel Inside » à la consistance plus évidente. Libérée de toute contrainte, la reine du Hip-hop/Soul semble pourtant s’éloigner de ses racines urbaines pour s’envoler vers des sphères plus aseptisées et convenues. Naguère instigatrice d’un son rythmn and blues post-New Jack gorgé de références hip-hop, la New Yorkaise semble désormais s’inscrire dans une logique davantage conformiste qu’évolutive. Un comble pour celle qui pouvait se targuer de toiser ses concurrentes de son œil de vétérane établie. D’ange à démon , entre rédemption et tourments, la Mary J Blige nouvelle est toute aussi compliquée à déchiffrer que celle qui s’époumonait il y a onze ans de cela avec Wyclef Jean sur l’un des titres les plus marquants du XXIème siècle.


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