Tu te sens rebelle et tu portes du Supreme, t'as tout compris

Hipster, pourquoi veux-tu t’habiller en skateur ?

2 décembre 2011 . 3 commentaires
By Ju', in Featured, Lifestyle

Le skate est un sport qui baigne par définition au coeur même de la culture urbaine, ces 4 roulettes qui frottent le bitume pour aller de l’avant apparaissent comme une formidable métaphore de ce qu’est la « street culture». L’image du skateur semble faire partie de ces figures qui jalonnent la mythologie mondiale des rebelles, elle est précédée de celle du cow-boy, du punk, du hippie et bien d’autres. Essentiellement, cette représentation d’un homme indépendant qui ne fait aucune concession sur sa liberté fascine le hip-hop dans sa vision naturelle.
Mais comme toutes ces figures, elle tend à se mouler au système au sein de l’infernale machine capitaliste et ainsi apporte de l’huile pour nourrir chacun de ces rouages. Skateur et rappeur, chronique de deux rebelles sans cause (et sans personnalité ?).

La planche à roulette, prolongement du rappeur alternatif.

Alors que l’Internet aime raconter (et même montrer) ces histoires d’opposition entre habitants des ghettos de France et de Navarre et ceux qui peuplent les skateparks, il semblerait que la réalité soit nettement plus nuancée qu’il peut y paraître. En effet aux Etats-Unis ces deux cultures ont l’air de s’apprécier, se mélanger et se compléter. En France également, Jena Lee et son emo-r’n'b incarnent l’essence même de ce brassage… Quoi !?! Qu’est-ce qu’il se passe ?? Arrête Dieu NeoBoto, laisse moi finir cette phrase… [Bruit sourd] !
Outre-Atlantique, les références de cette mixité entre les deux genres sont multiples. Celui qui aura certainement le plus capitalisé sur cette nature est incontestablement Pharrell Wiliams, surnommé Skateboard P, c’est avec une certaine ostentation qu’il se montre avec sa planche en main. Il crée même l’Ice Cream Skate Team malheureusement il s’avère que le producteur soit moins bon skateur qu’il semble le véhiculer mais peu importe…
C’est d’ailleurs Lupe Fiasco (que personne n’a jamais vu skater) qui composera l’un des plus beaux hymnes du sport avec son fameux « Kick, Push ». Le Chicagoan joue beaucoup sur cette image de rebelle loin des canons du hip-hop, il puise autant ses références dans le rap que dans la musique classique, les mangas ou le skate. Une sorte de schizophrénie qu’il pousse à l’extrême avec Lazers où il n’hésite pas à représenter le logo anarchiste, un A qui se conjugue mal avec celui d’Atlantic Records (il est comme ça Lupe). On retrouve ce même esprit alternatif avec les trublions d’Odd Future et l’idée implicite qu’ils font un autre rap car ils ne traînent plus dans les parcs et ne sont pas pris en otage dans le hood et ses thématiques so 90′s.
Ces rappeurs qui ne sont pas souvent de très bons riders montrent que l’essentiel réside dans l’image. Une représentation qui mise sur le paraître plus que sur l’être.


Comment se démarquer ?

Si on part de ce constat, la seule manière avec laquelle les rappeurs peuvent se démarquer est celle de se vêtir. Si tu veux être un cow-boy, inutile d’acheter un fusil à pompe, procure-toi un chapeau et tu tromperas ton monde. Le mécanisme est le même pour eux, si tu ne sais pas rider et que tu n’as pas de board, achète toi des Vans, un jean Carhartt, un tee Alife ou/et un sweat Supreme et le message sera le même.
C’est cet échange qui s’effectue entre le rappeur et les marques, ces dernières permettent à un personnage de notoriété publique d’avoir une véritable identité. Quant aux artistes, ils offrent à ces enseignes une aura internationale, une visibilité qui écrase n’importe quel lookbook ou petit spot publicitaire.
En effet par un besoin mimétique insatiable, les groupies vont copier les codes vestimentaires et les attitudes de leurs idoles ou d’un mouvement. C’est pour cela qu’on retrouve de nombreux post-ado de 18 à 22 ans qui se découvrent une soudaine passion pour le skateboard et qui tentent de trouver un équilibre sur la planche au péril de leur vie et de leur crédibilité. Une envie qui passe généralement aussi rapidement qu’elle est arrivée.
Efficacement ces marques s’installent dans une vision large de ce qu’on appelle de manière btarde le « street wear » et ainsi touche « des puristes » ce qui leur permet d’hausser le prix de leurs produits. Une sorte d’élite vestimentaire qui fait croire à son propriétaire qu’il se démarque des autres…

Le skateur reste encore le personnage cool du moment mais il est perpétuellement dénaturé par cette course effrénée à la consommation qui nous pousse sans nous en rendre compte à adopter le style de notre voisin. C’est ce manque de personnalité générale qui nous installe dans un monde où les codes ont perdu de leur signification.
Aujourd’hui, tu peux mettre un perfecto sans être un rockeur, tu peux mettre des Air Force sans être un rappeur et porter un bonnet Carhartt sans être un skateur.Aux prémisses d’une nouvelle décennie qui marque le formidable mélange de notre société du métissage où chacun apporte sa griffe et la partage avec les autres, une véritable question se pose:

Est-ce que ce que je porte reflète encore qui je suis en 2011 ?

3 Commentaires
  1. m$x le 4 décembre 2011 à 5 h 20 min

    Bonjour,

    Je me permets de réagir vis à vis de cette phrase :
    « C’est pour cela qu’on retrouve de nombreux post-ado de 18 à 22 ans qui se découvrent une soudaine passion pour le skateboard et qui tentent de trouver un équilibre sur la planche au péril de leur vie et de leur crédibilité.

    Il y aussi ceux comme moi, qui distingue le sport en lui même de la vie de tout les jours. J’ai en tout est pour tout un jean + un sweet provenant de marques de skateboard car je les trouve plus résistant au vue des nombreux baisers au béton. Comme quand je joué au football j’ai une tenue spécifique pour le côté pratique de la chose.

    Il est vrai que le sk8 (pour les gens du milieux), est un sport comportant de nombreux risque au même titre que beaucoup d’autres sports (art martiaux, équitation..). Je ne vois pas en quoi cela met particulièrement plus en danger leurs vie et surtout leur crédibilité.
    L’esprit des sports de glisse dont je suis fervent adepte (skate, snow, ski, bmx, roller..) est justement de s’intéresser à la capacité à repousser ses limites mais aussi sa créativité. La sensation que son cœur s’arrête subitement de battre, l’ignorance de savoir si tout vas bien se passer….
    J’estime d’après les skateparks et autres snowpark que je fréquente qu’il y a justement une inversion de tendances. De moins en moins de marques sont présentes et les vêtements sont de plus en plus sans marque (pull moulant, jean ordinaire..)
    Enfin je pose une hypothèse, la crise qui affecte la planète entière n’aurait-elle pas poussé à un léger boycott des marques ?
    « Pour commencer, te prends pas la tête, va sur ebay trouve toi une board pas chère et ride ! La force des dieux de la glisse viens de leur capacité à pratiquer leurs sports avec n’importe lequel des équipements. Du pro au discount  »

    Article très intéressant, merci

  2. Juni le 4 décembre 2011 à 13 h 12 min

    En parlant de style, avez vous une idée sur la provenance des t-shirts de Taylor the creator ? Celui avec les chats dans le clip « she » est dément

  3. Ju' le 4 décembre 2011 à 14 h 38 min

    @m$x Merci beaucoup pour cette analyse, je pense qu’en effet il est fondamental de distinguer le sport aux codes que d’autres s’approprient pour se singulariser.
    @Juni Du coup j’ai regardé à nouveau « She », la « cross » sur le « front » du chat blanc me pousse à croire que c’est un tee de la marque d’Odd Future comme ils en ont venu à Colette ou à la sortie de leur show. Après je ne suis pas certain qu’il soit commercialisé.