Lupe Fiasco, le chaînon manquant entre Avril Lavigne et Kid Cudi

[Review] Lupe Fiasco - Lasers

7 mars 2011 . Un commentaire
By Ju', in Featured, US Side


En ces temps troubles où un nauséabond débat sur l’Islam en France se prépare, voici quelques petites notions théologiques. Lupe Fiasco, rappeur musulman, avait commencé son premier opus Food & Liquor par : « Aoudou billah min sheitan rajim, Bismillah r rahmin r rahim », cela afin de bénir le projet artistique qui allait suivre. En effet, l’album est un classique éternel et marque en 2006 sa griffe sur une époque, mais chacun se rend rapidement compte que l’intemporel transcendera le temporel. Depuis, 5 années ont passé, The Cool est sorti entre temps, et, aujourd’hui, le chicagoan maudit son propre travail en déclarant : « I hate my own album ». De la bénédiction à la malédiction, du paradis à l’enfer… Retour sur un désastre annoncé.

« Another song, another day, another dollar”

Cette terrible phrase tenue par le emcee pour Complex reflète totalement l’esprit d’une sortie épique. En janvier dernier, Lupe livre à son label sa version intégrale de Lasers, c’est à ce moment là que le flow brut passe dans les interminables conduits de la machine Atlantic. Les dirigeants vont d’ailleurs faire reprogrammer mois après mois cet opus, retard qui engendra la foudre de la puissante fanbase du rappeur, qui somme la maison de disque de sortir cet album coûte que coûte. C’est à ce moment là que l’enfant de Chicago déclare que sa création est hors de son contrôle, on ne comprendra qu’ensuite l’infâme processus mis en place par Atlantic qui impose ses productions et la majeure partie des choix artistiques du projet.

Lupe Fiasco, le nouvel Avril Lavigne ?

Alors forcément Lasers a un goût d’usine, à l’image du clip « Show Goes On » cet album est un long couloir où la lueur est tellement inatteignable qu’on n’y voit jamais le bout. Pendant ce long passage, on suit l’artiste qui nous présente ses toiles les unes après les autres et, finalement, on a l’impression de voir le même coup de marqueur noir effroyablement reconnaissable. Des beats totalement convenus (« State Run Radio », « Never Forget You »), aux refrains assourdissants (on remercie à cet égard les remarquables performances d’MDMA, Trey Songz, John Legend, mention spéciale au bruyant Eric Turner) capables de tuer des beaux moments d’embellis comme sur « Beautiful Lasers » ou encore « Coming Up ».
Lupe Fiasco serait-il devenu une sorte d’Avril Lavigne noir à qui les bas résilles ne vont pas si bien ? En effet, l’album se cache derrière une fausse identité contemporaine du pop/rock où chaque accord de guitare est cadré. Cela est esthétisé dans le visuel où l’artiste ressort le logo anarchiste et les mitaines têtes de morts pour ces clips (Lupe, si tu nous lis, arrête ça !) afin de se dédouaner de cette pauvreté musicale.


In Lupe we trust…

Cependant, après avoir marché de longues minutes dans cet interminable couloir, en glissant un œil dans l’entrebâillement de la porte de sortie, on peut y apercevoir quelques motifs de satisfaction. La principale est le niveau du rappeur qui préserve ses aptitudes en matière de flow en le rendant encore plus féroce, afin de sauver au possible ce projet déjà bien compromis. D’ailleurs, à chaque fois qu’il est en solo, il transcende les morceaux par son talent comme dans « Show Goes On » qui incarne le single d’appel parfait. Mais c’est surtout lorsqu’il éloigne tout artifice et retourne à des bases plus épurées que Lupe Fiasco flambe, comme sur le pétillant« Til I Get There » ou le touchant « All Black Everything ».

« Lasers » est comme une main ferme et virile qui maintient férocement sa victime sous l’eau. Lorsqu’Atlantic relève sa main à la surface et qu’on aperçoit dans un trouble général la silhouette du talent de l’artiste, on ne peut que lui pardonner. Lupe Fiasco est comme un homme qui a fait la bêtise de sa vie en trompant son âme sœur, son public, et qui s’excuse platement. On a tellement envie et besoin d’y croire qu’on accepte naïvement les yeux fermés, mais pour la prochaine fois les oreilles ouvertes.


NB: Non, non, ici vous ne trouverez pas de jeu de mot francophone sur le nom de scène de l’artiste en rapport à la pauvreté de son album.


Un Commentaire
  1. Wolf le 7 mars 2011 à 22 h 00 min

    Je suis un gros fan de Lu’, mais je trouve que la chronique est hyper gentille, j’aurai mi 0,5/1 à cet album tellement il pue la défaite. Je ne retiens que « All Black Everything » (celle que je trouve la meilleure), « Coming Up » (il me semble que c’est celle-ci qui est de l’ordre de l’humain) et à la limite « The Show Goes On » qui doit être bien sympa en concert à défaut de l’être sur CD.

    Bref, je passe à autre chose sachant que « Food & Liquor 2″ est esperé par Lupe pour fin 2011, sur le circuit indé avec un ft éventuel avec NaS :D