Histoire, histoires et polémiques

Mathieu Kassovitz : entre Histoire et polémiques

21 novembre 2011 . Pas de commentaire
By crazyhorus, in Featured, Urban culture

Tour à tour réalisateur, acteur, producteur, Mathieu Kassovitz a pris l’habitude d’enfiler une multitude de casquettes sur les différents projets qui ont jalonné son parcours cinématographique. A y regarder de plus près, son implication au sein du 7ème art a souvent été guidée par une dimension historique tantôt franchement abordée, tantôt indirectement évoquée. Né d’un père juif fuyant la Hongrie communiste lors de la grande insurrection de 1956, Mathieu Kassovitz a probablement été marqué par le poids de l’Histoire de façon plus ou moins consciente là où la Shoah restera cette toile de fond indélébile et ineffable. Quelle soit grande ou petite, l’Histoire continue encore aujourd’hui à travailler l’esprit de ce cinéaste en quête de vérité quitte à parfois soulever des questions brûlantes comme cela a été le cas au sujet des événements controversés de 1988 sur l’île d’Ouvéa (l’Ordre et la Morale). « L’Histoire avec sa grande hache » comme le disait Georges Perec, traverse ainsi des histoires à échelle humaine vues par l’intermédiaire du prisme cinématographique qui cherche à lui donner sens. Telle semble être la quête de monsieur K.

La voix off de l’Histoire ou la tentation pédagogique

Depuis quelques années, la voix radiophonique d’André Dussolier a de la concurrence. Les documentaires historiques si chers à cette voix de velours reconnaissable entre mille, s’est vue peu à peu remplacée par celle plus obscure de Mathieu Kassovitz. En effet, ce dernier s’est à plusieurs reprises illustré aux côtés d’Isabelle Clarke et Daniel Costelle, un des grands pontes du documentaire historique. Dans le film La Traque des Nazis (2002) tout d’abord, puis dans les deux volets de la série Apocalypse (2009 et 2011) dont le succès public n’est désormais plus à prouver. Si Mathieu Kassovitz admet ne pas être un fin spécialiste de la Seconde guerre mondiale, celui-ci considère l’approche cinématographique dans sa dimension pédagogique. « La Seconde Guerre mondiale est une histoire vraie, celle d’un pyromane qui met le feu à la planète. Et la seule façon d’empêcher aujourd’hui que cela se reproduise est de choquer les jeunes. La guerre, ce n’est pas John Wayne, ni Tarantino » résume-t-il de manière un peu simpliste à un journaliste de Paris Match. Mais peu importe, la volonté de transmettre la vérité aux générations futures reste l’objectif prépondérant quitte à s’affranchir de l’Histoire dite « officielle » afin d’étudier des faits occultes sur lesquels on ne communique pas. L’Histoire est un questionnement perpétuel, et Kassovitz en interrogation chronique. Cela lui jouera des tours…

Quand Kassovitz ouvre sa gueule

En 2009 lors de l’émission de Frédéric Tadei « Ce Soir ou Jamais » Mathieu Kassovitz est accusé – à tord, car il s’agit tout au plus de révisionnisme historique – de « négationnisme » concernant sa version des attentats du 11 septembre. Une affaire qui fera du bruit et dont certains comme Jean Marie Bigard s’en sont sortis en y laissant quelques plumes. Monsieur K lui, assume et ne cesse de justifier ses propos (cf son intervention chez Michel Picouly) avec tout de même un supplément de précaution. Néanmoins, Mathieu Kassovitz garde ses opinions pour lui et ne semble plus vouloir alimenter la polémique. Il « questionne » voilà tout.

Un questionnement qui s’efface pour laisser place à une position franche en 2011. Si Amen de Costa Gavras - dans lequel Kassovitz campait le rôle d’un jeune clerc aux prises avec un secret trop lourd à porter – dénonçait l’aveuglement de l’Eglise face à l’horreur humaine, L’Ordre et la Morale se veut être un regard qui cherche à comprendre l’Histoire. Ces deux films dont le dénominateur commun repose sur la présence de l’acteur-réalisateur, se rejoignent dans la volonté de mettre à jour des faits historiques polémiques passés sous silence. Une attitude qui fait couler de l’encre si on se réfère aux récentes déclarations de Gérard Pons* vice ministre des Dom-Tom à l’époque ainsi qu’à celles du général Vidal qui tous deux dénoncent une « déformation de la vérité » et une « réécriture de l’histoire » « manichéenne ». Une posture idéologique compréhensible lorsque l’on connait le rôle de chacun dans cette affaire mais qui ne peut en aucun cas masquer les zones d’ombres qui demeurent entre le début et la fin de l’assaut de la grotte d’Ouvéa.

Le doute, toujours…

Car Mathieu Kassovitz est méfiant et ne peut s’empêcher de douter. Il y a les faits établis et ceux qui demeurent dans l’ombre et pour lesquels l’information n’est pas relayée par les grand canaux médiatiques. Au risque de choquer les historiens ainsi que les professeurs d’histoire, le Net serait selon lui la source idéale, une sorte de puits insondable dans lequel se cache la vérité historique. En revanche, cette dernière ne peut être étayée sans un véritable travail scientifique (interrogation des sources, croisement des témoignages, contexte historique, objectivité etc.) face auquel internet pose un certain nombre de problèmes notamment en ce qui concerne la véracité des sources.

Reste à savoir si le cinéma est en mesure de transcrire la vérité historique sans la tronquer. L’interrogation demeure. Kassovitz n’est peut être pas un héros très discret, mais il n’est pas non plus un menteur comme Jakob. Une deuxième question s’impose alors : peut-on faire confiance au réalisateur ?

* Gérard Pons n’a jamais vu le film

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