J. Cole veut-il tuer Jay-Z ?

J. Cole a-t-il fait son Œdipe?

8 octobre 2011 . Pas de commentaire
By Ju', in Featured, US Side

« Tuer son père pour épouser sa mère » certainement le premier ménage à trois auxquel nous sommes tous sujets, une équation insoluble entre pulsion et raison. Un schéma où les rôles sont interchangeables et intemporels car chacun peut à un moment incarner le fils, le père ou la mère sans jamais être ni le fils, le père ou la mère… C’est dans ce triangle que s’est engouffré J. Cole, tiraillé entre la reconnaissance pour son père, Jay-Z, et l’amour pour le hip-hop qui a enfant fait l’artiste qu’il est aujourd’hui.
Tiré par les cheveux, attends t’as encore rien lu..

Entre père et mère.

Il lui doit tout et il le sait car si Jay-Z n’était pas venu le chercher en 2009 pour en faire sa première signature sur Roc-a-Nation, la curiosité, l’intérêt et l’attente n’auraient certainement jamais frappé ce rappeur de Caroline du Nord. « A star is born » comme titre le morceau de Blueprint III, une invitation de gala pour un album historique, celui qui clôturera l’une des sagas musicales rappologiques les plus marquantes du XXIème siècle (encore jeune on te l’accorde). Avoir un rôle, aussi infime soit-il, dans le casting est déjà une manière en soit de passer de l’ombre à la lumière.
Alors lorsqu’on l’interroge au sujet de son « debut album » et de la liste des featurings, il y a plus d’un an, le rappeur répond « Je vais peut être, quand même, faire appel à Jay-Z ». Une phrase terrible qui traduit toute la frustration d’un homme en quête d’une entière expression artistique sans aucune concession. Un amour qu’il sait déjà impossible entre un enfant, amoureux de rap music, et sa patrie mère, le hip-hop.

La quête d’un meurtre parfait.

S’il est destiné à faire l’amour au hip-hop pour conquérir le monde il devra tuer son père, Jay-Z. Même si le meurtre est symbolique, il devra bien s’affranchir de cette présence oppressante pour se libérer pleinement et ainsi tomber dans les bras de la musique qu’il aime. C’est à ce prix seulement qu’il touchera le public, son public.
Une problématique dont il saisit parfaitement les enjeux car l’intéressé cherche à ce que le moins d’éléments possibles s’interposent entre lui et son art. En effet avec seulement 4 invités sur 18 tracks et des productions signées de ses mains pour une écrasante majorité, J. Cole a voulu exposer pleinement son talent et son identité. Une réussite car Cole World : The Sideline Story est un opus plein autant dans la narration que dans l’éclectisme de ses productions. Le choix du cœur plutôt que celui de la raison, qui aurait voulu une liste d’invité plus explosive, permet à J. Cole de conquérir enfin le public qui lui était promis. Avec plus de 200 000 ventes en une semaine, le rappeur a gagné son pari.

La théorie du complot.

Alors qu’il semble avoir enfin réussi à atteindre le nirvana réconforté par la chaleur de sa réussite, l’ombre patriarcale subsiste. En effet au cœur de cette tracklist qui titille la perfection apparaît en plage 7, « Nice Watch », avec pour invité, on te le donne en mille, Hova. Un banger parfaitement odieux, signé par le protagoniste, qui ressort comme une crotte au milieu du nez au milieu de la figure, une agression industrielle dans un album fait de délicatesse et raffinement.
Il aurait pu inviter papa dans une ambiance soulful ou aérienne pour coller à l’esprit de l’album et celui d’un Jigga d’une autre époque, mais il fait le choix surprenant de l’amener en terrain hostile. Il aurait donc décidé sciemment de proposer cet instrumental pour une association qu’il prévoit depuis plus d’un an.

Mais pourquoi ?

Chut, on t’en a déjà trop dit !





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