Les poissons sont nos amis, on n'y touche plus
Des Dents De La Mer à Shark 3D
L’homme entretient une relation ambigüe avec la mer depuis un bon bout de temps. Des douces et mesquines sirènes d’Ulysse aux pieuvres géantes décrites par les premiers aventuriers médiévaux, les fantasmes d’une mer incertaine voire meurtrière sont ancrés dans nos gènes. Cette peur bleue ne demandait donc plus qu’à être entretenue par nos sociétés modernes. Quoi de mieux, alors, que le nouvel instrument qu’est le cinéma pour introduire un nouveau monstre sorti des profondeurs, le requin tueur. La paternité du concept revient en 1975 à nul autre que le brillant Spielberg qui, par la même occasion, lance avec Les Dents De La Mer (Jaws en anglais) l’ère des blockbusters. Depuis, on trouve un requin dans nos salles de ciné quasiment tous les ans, et le dernier en date se trouve dans le film Shark 3D, sorti pour la rentrée.
Jaws à la vie à la mer
Les Dents de la Mer est considéré comme le premier Blockbuster et pourtant, c’est celui qui reste le plus marginal par rapport à ses compagnons Star Wars, Matrix, Harry Potter ou autre Seigneurs Des Anneaux. Ils ont tous comme le premier du genre suscité une frénésie incroyable de la part des spectateurs mais de façon à les sacraliser jusqu’à ce qu’il ne soit plus concevable de les copier. Les Dents de la mer suit le schéma inverse. Avec moins d’objets dérivés, le film de Spielberg sera dédoublé à l’aide de films se dépêtrant d’avoir voulu exploiter le même concept. L’effet des Dents De La Mer a été tel qu’il nous a inculqué la peur de se baigner. Depuis, nombreux sont ceux qui ont voulu recréer le même sentiment auprès du spectateur ne devenant pourtant que des pâles copies bourrées de références au papa du genre (on retrouve des plaques d’immatriculations de Louisiane comme dans le premier requin tué d’Amity Island dans un film sur deux) sans jamais faire resurgir la petite étincelle du début.
Comme si chaque projet avait de moins en moins d’âme, ne se concentrant que sur le filon financier et la facilité d’élaboration du scénario. Un requin qui tue un à un les personnages, rien de plus simple, et pourtant il y a des manières de faire. La question ultime est combien va-t-il en épargner et, bien souvent par recherche de plus de sensationnel, le ou les requins tuent toutes les 5 minutes. Tout processus d’empathie est annulé puisqu’une mort en cache une autre et les personnages ne sont plus que des pions éliminés froidement pour ne devenir à nos yeux que de la viande. Shark 3D en est l’aboutissement avec l’élimination régulière presque minutée de tout le groupe de jeunes étudiants dont on n’a absolument pas le temps de se remettre tant le processus est mécanique.
Un genre noyé par la technologie
À l’image des aventures de Martine (Martine à la plage, à la ferme, à la montagne…) toutes les situations dans lesquelles on peut mettre un requin ont été exploitées. Autour d’une île déserte (The Reef), dans un parc aquatique (Jaws 3), à Venise (Shark In Venice), comme bête de laboratoire (Deep Blue Sea), comme arme pour des serial killer d’internet (Shard 3D), on n’a peur de rien et on se donne les moyens de le faire.
Le problème vient bien de l’âme inexistante de ces films car les idées peuvent être parfois bonnes et bien réalisées. Prenons l’exemple de Deep Blue Sea, l’histoire des requins modifiés génétiquement pour guérir Alzheimer dans un centre de recherche était plutôt originale. Le film se débarrassait même avec sa première scène du cliché des jeunes qui s’amusent puis sont dévorés par les requins pour nous dire clairement : « notre sujet est beaucoup plus sérieux et innovant ». La technologie des effets spéciaux actuelle permet de mettre en place ce genre de situation, ce qui était impossible à l’époque des Dents De La Mer. Alors pourquoi y revient-on toujours ?
On avait fondé beaucoup d’espoirs dans le renouveau que représente la 3D qui, à première vue, s’applique totalement à ce genre cinématographique. Mais Shark 3D déçoit encore avec une utilisation toute sauf jouissive de la nouvelle technique. On aurait pu se sentir dans l’eau avec eux, avoir l’impression de recevoir des gouttes de sang, être terrorisés par un requin qui nage droit sur nous, mais non, rien. On préfère finalement le requin de 1975 qu’on ne voit que très peu car pas assez réaliste et dont seule la description orale et intense de ses attaques par Quint le rustre tueur de requins nous glace le sang.
On n’a pas le même poisson, mais on a la même passion
L’alternative est ailleurs mais existe. Il aurait été incroyable que notre humanité ne trouve pas un esprit assez clairvoyant pour faire de ces moyens technologiques on ne peut plus excitants un film sur le sujet un tant soit peu enthousiasmant. L’idée est qu’il faut arrêter de vouloir faire peur et tourner le concept en dérision. Spielberg s’est occupé de la subtilité du suspens et de la peur, maintenant rigolons un peu.
L’ironie va jusque dans les faits, les films de requins sont sauvés par des piranhas. C’est donc bien Piranha 3D qui utilise à bon escient nos moyens actuels, c’est-à-dire au service de l’excès. Les personnages sont ici de la viande mais c’est assumé, on voit tout, c’est un massacre général gore et vulgaire mais enfin divertissant. Pas de faux sentiments, la caméra montre clairement qu’il ne faut pas compatir pour la mort des personnages.
Les justes distances sont prises avec Jaws, le shérif est une femme qui se pose seulement quelques instants la question de fermer ou non le lac aux hordes d’étudiants dévergondés arrivant pour leur spring break quand le shérif Brody en avait fait un combat acharné qui le hante encore dans Jaws 2. La morale ainsi que le côté histoire vraie sont bannis, offrant une légèreté lorsque la lourdeur s’était imposée.
Les Dents De La Mer nous avait traumatisé de la mer et la relève du genre n’a cessé de nous rassurer à son sujet par un gros manque de crédibilité. La sérénité sur les plages est bien vite revenue pour laisser place à des fous rire avec ou au dépend des différents réalisateurs. Spielberg peut dormir sur ses deux oreilles, son film restera un mythe inégalé.





Pour Deep Sea Blue (Peur Bleue) ils ont eut l’audace de situer le décor en pleine mer sur une ancienne base pétrolière, mais ce film regorge de scènes plus improbables les une que les autres que pour moi c’est un classic de ma génération, quand à Shark 3D vous m’avez passé l’envie d’aller le voir…