Une rentrée plutôt réussie

Les chroniques du mois : Septembre

2 octobre 2011 . 5 commentaires
By Sipowitz, in What else ?

Birdy Nam Nam »“ Defiant Order (Jive Epic Group)

« Si tout le monde avait été contre l’évolution, on serait encore dans les cavernes à  téter des grizzlys domestiques », disait alors Boris Vian. Les quatre zozios de Birdy Nam Nam l’ont bien compris et préfèrent alors porter leurs becs aux mamelles d’une personnification musicale mère de créativité et d’évolution. Initialement issu d’un deejayin’ purement hip-hop, le quatuor nous avait livré un premier album délicieusement trip-hop avant de virer à  une electro plus électrisée dans Manual For Successful Rioting. Alors, c’est avec attention que l’on écoute ce troisième opus après deux expériences différentes. C’est vraiment dans cette veine expérimentale d’une recherche insatiable de nouvelles sonorités qu’il faut prendre ce dernier opus qui témoigne de l’envie de toucher du doigt le travail de leur idole, Kraftwerk. On y trouve des ambiances parfois très aériennnes dans « Cadillac Dreams » mais aussi un psychédélisme kubrickien dans « The Plan » ou encore plus house dans « Big City Knights ». Defiant Order n’est certainement pas un album très accessible mais chacun y trouvera à  un moment de quoi abreuver ses oreilles, alors que les plus réceptifs se laisseront bercer track par track. – Ju’ -


Blu – Open (Nature Sounds)

Pour ce nouveau projet, Blu a eu l’ingénieuse (ou pas) idée de reprendre sa beat-tape Open (2009) en l’agrémentant de refrains et autres couplets rappés. Beaucoup se sont demandés ce que cela allait donner, et le résultat est sans appel : le rappeur d’Inglewood, pour la deuxième fois de l’année après NoYork!, nous livre un album pour le moins raté. Si on avait tous apprécié la première version avec des productions de très grande qualité, sur celle-ci on assiste à  de très faibles prestations dues à  des invités qui survolent complètement ce projet. Malgré tout, on retiendra quelques bons morceaux, « Avenge of The Cheap Ass«  , « Twenty Seven » et, dans une moindre mesure,  « Taking The Day Off«  qui restent tout de même plaisant à  écouter. Rarement on aura été aussi déçu avec Blu»¦ – Rémy


Bronze Nazareth »“ School For The Blindman (ihiphop Distribution)

Considéré comme le nouveau 4th Disciple depuis la sortie de The Great Migration en 2006, Bronze Nazareth a incarné pendant un temps l’espoir d’un regain artistique de la Wu Fam. Cinq longues années après le succès de son premier album, le beatmaker du Michigan se devait de confirmer ce statut de sauveur du style Shoalin. Avec School For The Blindman, Bronze retrouve retrouve ses sensations soulful en samplant des morceaux issus du répertoire des Electric Prunes, de Sharon Jones & The Dap Kings, ainsi que des Diplomats. Seulement voilà , les boucles ne font pas tout et cet opus manque sérieusement de conviction. Ce qui devait être une méchante volée de shurikens s’avère être au final qu’un vulgaire coup de poignard dans l’eau. En l’espace d’une vingtaine de morceaux, Bronze Nazareth n’a donc pas été en mesure de proposer ne serait-ce qu’un titre à  mettre en avant. Les belles années sont probablement derrière lui à  l’heure actuelle. – Crazyhorus -


DJ Shadow – The Less You Know, The Better (Island, Verve)

DJ Shadow est-il fini ? Après plus de quinze années de carrière et à  l’aune de la sortie d’un quatrième album qui ne suscite visiblement aucun émoi, la question mérite d’être posée. Exit l’époque dorée o๠le californien empilait les classiques avec la fougue d’un jeune premier, exit Entroducing, exit ce bon vieux temps»¦ Alors voilà  : Shadow est-il fini ? Et bien non ! En dix-neuf pistes, l’homme qui révolutionna l’abstract hip-hop un soir de novembre 1996 nous prouve qu’il a encore de très belles pages musicales à  écrire. The Less You Know, The Better est un voyage virevoltant au fin fond de l’univers lunaire du DJ o๠s’entremêlent rock progressif («Border Crossing»), rap old school («Stay The Course»), trip-hop («Redeemed») et psychédélisme. Troublant et fascinant. – Esco -


Evidence »“ Cats And Dogs (Rhymesayers)

Lorsqu’est sorti, en 1998, le single des Dilated Peoples « Work The Angels », peu de cats auraient osé mettre un billet sur la carrière solo de ce « blanc bec » à  la voix presque étranglée. Entre ses débuts et aujourd’hui, force est d’avouer que le chemin parcouru par Evidence est phénoménal. Suite à  son excellent album The Weatherman LP paru en 2007, c’est avec une nouvelle assurance que le rappeur de Venice nous présente son dernier bébé, le très attendu Cats And Dogs. Nonchalance assurée, slow flow de rigueur et productions finement calibrées (Alchemist, DJ Premier, Sid Roams entre autres), l’album passe ainsi du classicisme de « You » à  des latitudes hallucinogènes surprenantes (« James Hendrix »). Si Cats And Dogs fait état de quelques écueils regrettables (« Crash »), l’ensemble reste parfaitement maà®trisé comme en témoignent les titres « The Red Carpet », « Fame », « Late For The Sky » et « To be Continued ». L’underground de L.A est toujours aussi hot. – Crazyhorus -


J.Cole »“ Cole World: The Sideline Story (Columbia)

Si l’on connaissait les talents de beatmaker de J.Cole (« Hiii Power » pour Kendrick Lamar), persistaient quelques doutes quant à  sa consistance « rappologique » et sa légitimité sur un album complet. Après quelques mixtapes de qualité, Friday Night Lights en tête, le protégé du label Roc Nation semblait se diriger tout droit vers une carrière à  la Bishop Lamont, prometteuse mais orpheline d’un véritable premier album. Si l’on retrouve quelques tracks déjà  entraperçues sur ses précédentes tapes (« Lights Please », « In The Morning »), l’album surprend de par son caractère introspectif et son ambiance feutrée. Pour preuve, difficile de trouver un banger à  se mettre sous la dent, si ce n’est l’affreuse collaboration avec son patron Jay-Z sur « Mr. Nice Watch ». Le projet se démarque largement des sorties « bankable » du moment, soutenu par un J.Cole n’hésitant pas à  se livrer, sur ses relations houleuses avec son père (« Breakdown ») ou en dépeignant le quotidien d’une jeune fille à  l’avenir sombre (« Daddy’s Little Girl », « Never Told »). A l’aise en story-telling comme sur des sujets plus légers, Cole World est un parfait équilibre entre légèreté et recherche. Sombre et éclatant à  la fois. – Nico -


Oddisee – Rock Creek Park (Mello Music Group)

Difficile de dire du mal d’une Œuvre quand bien même elle ne le mérite pas. C’est pourtant la situation dans laquelle nous met le producteur Oddisee avec son dernier effort, Rock Creek Park. Sans être véritablement raté, mauvais o๠même défectueux, cet album semble dépourvu de toute émotion. Les neuf instrumentaux (plus un titre rappé) s’enchainent dans une harmonie presque inquiétante, conférant à  l’ensemble une saveur fade et terne, presque surannée. Rock Creek Park est pourtant un disque à  la qualité évidente (« Skipping Rocks », « The Carter Barron »), sans réelles fautes notoires, mais qui manque cruellement d’à¢me et d’originalité. Un projet relativement quelconque comme on en écoute des dizaines chaque année. - Esco -


OrelSan - Le Chant des Sirènes (Troisième Bureau)

Olivier Cachin disait assez justement que la différence entre le rap français et celui des Etats-Unis est que le premier s’entend (pré-domination des textes) et que le second s’écoute (pré-domination de la musique). Il suffirait alors pour les MCs de France d’allier les deux afin d’atteindre une autre dimension. OrelSan l’a compris et nous livre un album complet, aussi bien dans la forme que dans le fond. L’intelligence est certainement ce qui caractérise le mieux ce deuxième opus qui avance toujours de manière cohérente sans de grossières interludes. Alors, il trouve différentes façons d’assurer ce lien, entre un sample inédit du morceau qui le précède (le « finir mal » de « Double Vie » repris dans… « Finir Mal »), la thématique (entre « 1990 » et «2010 » mais aussi entre « Suicide Social » et « Elle Viendra Quand Même ») ou encore Gringe qui interpelle Aurélien sur « La Morale » et finit par poser dans « Ils Sont Cools ». L’intelligence est aussi celle des textes. On apprécie particulièrement la façon de conceptualiser chacune de ses thématiques afin de les amener dans des ambiances originales, pour un rap très visuel à  la manière de feu Disiz La Peste. On a également droit à  un pot pourri d’humour ( « Ils Sont Cools »), d’introspection (« RaelSan ») ou de critique sociale (« Suicide Social »), mais cela sans jamais tomber dans l’excès. Parfois, le côté névrotique de ses textes peuvent rapidement devenir oppressant, à  tel point que l’on souhaiterait ne pas être à  la place de la bite d’OrelSan. Si t’as pas jeté une oreille sur ce truc, « t‘as jamais entendu de rap français » - Ju’ -


Les albums qui divisent


9th Wonder »“ The Wonder Years (It’s A Wonderful World Music Group)

A 36 ans, 9th Wonder revient avec The Wonder Years, une nouvelle facture qui fait suite à  l’excellent The Dream Merchant 2. Premier constat : les productions, bien que redondantes, sont une nouvelle fois caractérisées par des samples toujours aussi bien choisis. Deuxième constat : les invités nous offrent des prestations de haute volée, parmi lesquels on citera Phonte, Mela Machinko ou encore Talib Kweli. Au final, on passe donc de très agréables moments, en grande partie grà¢ce à  la qualité des productions : « Loyalty« , « Never Stop Loving You«  et « One Night«  pour leur style soulful, « Enjoy«  et son beat minimaliste ou encore « Piranhas«  au beat lourd et épuré. Au final, 9th Wonder nous offre là  un projet d’une grande finesse qui figurera à  n’en point douter dans les tops de l’année. - Rémy


9th Wonder »“ The Wonder Years (It’s A Wonderful World Music Group)

Lorsqu’il fonda son propre-label-au-nom-à -rallonge en 2009 (It’s A Wonderful World Music Group), 9th Wonder marquait un désir ardant de s’affranchir des dépendances commerciales. Mais en aucun cas cet acte n’aura été accompagné d’une remise en question artistique. Et c’est bien là  le problème. En utilisant le même kit de drums depuis « x années », 9th Wonder est devenu en quelque sorte une caricature de lui même. Dans ce domaine, The Wonder Years fait la part belle aux rythmes usinés par des heures de production, qui à  l’usure ne sont pas sans effets sur l’auditeur. L’opus s’enlise ainsi dans une apathie diffuse, qui prête plus à  la croisière pour seniors qu’à  la véritable excitation. Seul morceau de bravoure, « One Night » et sa vibe modern-funk laisse entrevoir un filon non exploité qui aurait pu s’avérer intéressant. La présence de Warren G, Badu, Lamar et Fashwan n’y fera rien. Avec The Wonder Years, 9th Wonder est passé maà®tre dans la redondance. – Crazyhorus -


Phonte »“ Charity Starts At Home (Hbd Label Group)

Membre le plus charismatique du collectif légendaire Little Brother, MC habile et chanteur doué, Phonte a pris son temps avant de délivrer son premier album solo. Après ses essais expérimentaux avec Nicolay, tantôt littéralement hip-hop (Connected), parfois carrément r’n'b (Authenticity), le crooner le plus « raw » de la Caroline Du Nord propose un Charity Starts At Home varié, tout en étant parfaitement homogène. Eclectique quant à  son orientation instrumentale (« Ball And Chain », « Not Here Anymore »), souvent doucereux (« Sendin My Love ») tout en étant brutal (« Dance In The Reign », « We Go Off »), l’album de la réconciliation avec 9th Wonder frappe fort. Soutenu par des guests triés sur le volet parmi lesquels Elzhi, Pharoahe Monch, Evidence et Big K.R.I.T, Charity Starts At Home est un concentré de vibes laid-back et de sonorités hip-hop o๠l’un des artistes les plus accomplis de ces dix dernières années évolue à  son aise, dans une sorte de fourre-tout musical délicieusement cohérent. – Nico -


Phonte »“ Charity Starts At Home (HdB Label Group)

Chacun de nous est sorti avec une nana (ou un mec, pour nos fidèles et belles lectrices) qui n’avait aucun défaut apparent, jolie et agréable mais pourtant il lui manquait ce « tout petit supplément d’à¢me, cet indéfinissable charme, cette petite flamme », qui la rendrait différente des autres. C’est un peu ce qu’on ressent lorsque l’on écoute ce premier album du rappeur de Little Brother. Car en effet, il est difficile de critiquer un opus dans lequel les productions sont soignées et le rappeur parfaitement cadré. Pourtant, en douze tracks, à  aucun moment Phonte n’arrive à  réveiller en nous un soupçon d’excitation. Charity Starts At Home baigne dans un univers soulful daté dans lequel chaque sonorité nous évoque des choses déjà  entendues. Malheureusement, le flow du rappeur ne parvient en rien à  épicer un plat musical sans assaisonnement. Après ce florilège rapologique, soit tu t’endors, soit les ¾ d’heure passés t’amènent dans des digressions philosophiques sur la notion du temps qui court #alliageweloveyou. - Ju’ -


Les notes de la rédaction


5 Commentaires
  1. NWA le 2 octobre 2011 à 19 h 44 min

    Ça me fait très plaisir de retrouver vos chroniques, merci. J’apprécie la nouvelle formule et surtout la présence d’avis divergents, complémentaires plus que contradictoires (Phonte, Charity Starts At Home) cela offre une vision globale du projet. Je suis plutôt d’accord avec la notation. Par contre, j’aurai vraiment aimé avoir un avis supplémentaire pour J Cole et Orelsan. Ce dernier en particulier est très important dans le nouveau paysage du rap français.
    Bonne Continuation

    • crazyhorus le 2 octobre 2011 à 20 h 30 min

      Tout d’abord, merci pour ta fidélité NWA. Il est vrai que les chroniques sous cette forme nous tiennent à cœur et nous allons faire tout notre possible pour vous en proposer à la fin de chaque mois. Les blancs du tableau symbolisent les albums non écoutés. Concernant J. Cole, son album semble faire une sorte de consensus au sein de la rédaction, d’où la non-présence d’un autre avis. Les albums qui divisent sont ceux pour lesquels il existe un écart entre au moins deux notations au sein de la rédaction, ce qui était le cas pour Phonte et 9th.

      On espère qu’exposer de cette manière nos reviews est assez clair pour les lecteurs. A très bientôt et surtout n’hésitez pas à donner vos propres avis voire quel est votre album du mois !

  2. Mighty Mos' Dub le 2 octobre 2011 à 23 h 16 min

    genial les chroniques sous cette forme. keep goin’ !

  3. Ju' le 3 octobre 2011 à 0 h 52 min

    Merci beaucoup

  4. Beathreat le 3 octobre 2011 à 18 h 58 min

    Merci pour ces chroniques, non seulement le papier est soigné mais sa fait plaisir de retrouver des chronique paske sa manque sur le web!!