Autopsie de la boucherie de Nicolas ?

Edito #56 : Nicolas Anelka, la quenelle de l’insoumission

30 décembre 2013 . 3 commentaires
By Ju', in What else ?

Edito Ju'

Sur la pelouse de West Ham, le controversé Nicolas Anelka a encore fait couler l’encre des journalistes et la salive des politiques en célébrant le premier de ses buts par une quenelle. Fameux geste inventé et popularisé par Dieudonné qu’il veut être un simple pied de nez au système. Mais pour certains cela représente un salut nazi inversé, un acte antisémite. Alors la question est posée, Anelka serait-il antisémite ? Noir, barbu converti à l’Islam et issu des banlieues, les caricatures médiatiques ne jouent pas en sa faveur. Avant même qu’il n’ait eu le temps de s’exprimer, plusieurs représentants du peuple français l’avaient déjà cloué au pilori. Chantal Jouanno n’hésite pas à affirmer qu’« Anelka est dans un contexte clair de geste antisémite ».

Pour avoir la véritable signification de cette quenelle, il faut revenir sur la carrière du Trappiste qui fera de l’insoumission la valeur centrale de sa construction sportive. C’est en imbriquant les passages fondateurs de sa carrière les uns aux autres qu’on apprécie vraiment l’indépendance d’esprit du sportif. Alors qu’il fait ses premiers pas dans le groupe pro parisien, à 17 ans, Nicolas Anelka réclame du temps de jeu et un salaire plus élevé. Face au refus des dirigeants parisiens d’accéder à sa demande, il part à Arsenal où il gagnera ses premiers titres. Déjà adolescent, il fait preuve d’une force de caractère singulière dans le football français. En 2000, une autre anecdote témoigne de cet état d’esprit, en délicatesse avec le vestiaire madrilène, l’attaquant sollicite le vice-président pour lui faire part de son mal-être. Face à l’incapacité de dialoguer, il quitte le centre d’entraînement ce qui lui vaut d’être convoqué par le président qui lui somme de s’entraîner. Vexé par cette démarche autoritaire, Anelka lui répond : « Demain, regarde moi bien ». Il ne s’entraînera pas pendant 15 jours et écopera de 350 000 euros d’amende. Se remémorant de cet épisode, il en sourit en disant : « Il avait oublié que je venais de Trappes ».

C’est à la même période que les premières houles entre le Trappiste et le drapeau tricolore débutent sur le terrain médiatique. En octobre 1999, le sportif refuse une invitation à dîner du président Chirac alors en visite à Madrid. Lors d’une conférence de presse, Jacques Chirac déclarera d’un ton badin : « Je ne veux aucune ingérence dans les affaires familiales de Monsieur Anelka ». Le début de l’emballement médiatique commence mais il est incomparable à celui du « scandale Anelka » de 2003 où il refusera frontalement la convocation de Jacques Santini n’acceptant pas d’être le remplaçant des remplaçants. Il ira plus loin le 14 août 2003 dans Paris Match à propos du sélectionneur : « Qu’il s’agenouille devant moi, s’excuse d’abord et après, je réfléchirai. » Et enfin l’apothéose, la consécration de celui qui sera à jamais l’enfant terrible du football français. Une phrase, « Va te faire enculer sale fils du pute », à la Une de L’Equipe, le divorce est consommé.

Pour les politiques, il est plus facile de faire dire à cette quenelle qu’elle est antisémite. Cela renvoit exclusivement au caractère d’un joueur déjà mal vu des médias et in extenso par ceux qui les écoutent et les lisent. Mais si ce geste est anti-système, c’est un mollard sur le drapeau français par l’un de ses enfants. Il est alors l’une des voix d’une génération qui se sent à la marge de la société et devient le symbole du malaise français, celui des banlieues, des populations d’origine immigrée et de l’Islam. Déguiser cette quenelle en acte raciste est juste un moyen de refuser de voir la vérité en face, de voir la France en face de ses responsabilités. Car à la vue de sa carrière Anelka n’est pas un provocateur multirécidiviste comme l’écrit Le Monde, mais un insoumis aux multiples principes.

Julien Bihan
@Julien_Bihan

3 Commentaires
  1. Julien G le 30 décembre 2013 à 19 h 08 min

    c’est bon de lire ces lignes quand on lit celles des autres.. même Slate le tacle bêtement en prenant la relève d’autres médias..

  2. Maxime le 31 décembre 2013 à 4 h 39 min

    Bordel. L’impression de respirer à nouveau, sensation plutot rare ces derniers temps. Merci mec ! Belle conclusion.

  3. Alexis le 3 janvier 2014 à 18 h 22 min

    Belle analyse