Triste Patrice
Edito #46 - Pas triste !
Quand on tape “Patrice Evra T” dans Google (T comme Twitter), les premières requêtes sont éloquentes : “Patrice Evra trompe sa femme ”, “Patrice Evra traitre”, “Patrice Evra taupe”. Hier matin, lors d’un banal épisode de Téléfoot, le mal-aimé de l’équipe de France a parlé. Longtemps. Très longtemps. D’ordinaire, le footeux ne cause pas et se limite à une vingtaine de phrases qu’il conviendrait de rassembler dans un petit guide, à l’occasion. Florilège :
- “Globalement, on a fait un bon match”
- “Il nous a manqué un peu de réalisme en seconde période”
- “Je pense qu’il ne faut pas s’emballer. On doit vite se reconcentrer sur la suite”
Si le coureur de ballons ronds a tendance à garder sa langue dans sa poche, il va sans dire que lorsque l’un d’eux se met à tirer à boulets rouges sur une poignée de journalistes, la déclaration devient rapidement affaire d’état. Ainsi va la vie de Patrice Evra qui, dans cet entretien-confession accordé à la première chaîne, se paye respectivement les têtes de Luis Fernandez, Bixente Lizarazu, Pierre Ménès et Rolland Courbis. Lesquels se sont évidemment empressés de répondre au latéral gauche de Manchester United par tweets interposés. À qui profite le crime ? En fin de matinée, la grande gueule du Canal Football Club a donné un élément de réponse en 92 caractères : “1 969 000 pour le CFC. Ne pas oublier : aller chez Interflora pour envoyer un bouquet à Evra”. Bref, encore une histoire qui va faire aimer l’équipe de France à Jean-Pierre Pernaut…
Plus que le joueur ou les journalistes, c’est une fois de plus la profession qui trinque ; car dans le fond, Evra dit juste. Alors que l’on apprenait cet après-midi même que les Bleus allaient affronter l’Ukraine en barrages, l’épée de Damoclès qui vacille au-dessus de la tête de l’EDF menace un peu plus de lâcher. Quand retrouverons-nous une envie de croire encore en cette équipe ? Journalistes et footballeurs cesseront-ils un jour leurs combats de coqs pour savoir qui d’entre eux est le plus con ? Si Evra n’a pas été très fin en défiant Ménès à un concours de jongles, ce dernier n’était pas obligé d’ironiser sur le français douteux du capitaine des Red Devils. La réputation du football français appartient plus que jamais à ceux qui le font, et ce sont ces mêmes personnes qui viennent pleurer sur la piètre image véhiculée par notre sport national.
Cet incident télévisuel est à l’image de ce qu’est devenu le football dans notre beau pays : individualiste, vaniteux et méprisable. Sous couvert de propos grotesques, l’interview de l’ancien capitaine des Bleus pointait malgré tout du doigt une réalité : l’équipe de France est talentueuse, prometteuse et capable du meilleur. Comme du pire (cf. le discours des journalistes en question). Alors si chaque camp se décidait à mettre un peu d’eau dans son vin, peut-être que la France redeviendra une terre de football, comme l’Angleterre ou l’Italie. Aimez-vous Patrice Evra ? Tel était le sondage que proposait la page Facebook de l’After Show RMC ce matin, autrement dit les employeurs de Rolland Courbis et Luis Fernandez. Une réflexion à peu près aussi pertinente que la réponse d’un aveugle à qui l’on demanderait de voir…
Messieurs, toutes nos félicitations pour votre belle trouvaille : les français n’aiment pas Patrice Evra à 63%. Ah bon ! Mais à cause de qui, au fait ?
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- Morgan Henry -
@Esco





Bel édito. Et qui reste tout de même assez neutre par rapport à cette histoire
Disons qu’il y a du vrai des deux côtés. Evra a raison (et du cran) de s’indigner contre des journaleux qui se cachent souvent derrière leur écran et qui ont tendance à balancer des vacheries à tort et à travers. D’un autre côté, lui et l’EDF de manière générale, ne sont pas des exemples de vertus donc bon… Enfin dans tout ça il y a quand même un deux poids, deux mesures assez flagrant entre un footballeur qui est convoqué par la FFF pour avoir gueulé sur des journalistes, quand d’autres n’ont rien pour la même chose.