Derrick Rose volera de nouveau

Derrick Rose : une étoile dans la ville du vent

17 octobre 2013 . Pas de commentaire
By Nico, in Lifestyle

Game 1 du premier tour des Playoffs 2011 face à Philadelphie : Les Bulls mènent de douze points à moins de deux minutes de la fin du match. Derrick Rose manque sa réception après un lay-up aérien et s’écroule, grimaçant de douleur. L’image est terrible, le diagnostic sans appel : les ligaments du genou gauche sont gravement touchés et le meneur de Chicago sera absent huit à douze mois. En même temps que les espoirs de titre des Chicagoan s’envolent, la carrière de Rose est mise entre parenthèse. Le doute s’installe ; le virevoltant D. Rose est abattu en plein vol.

Cinq ans après son arrivée dans la ligue majeure, Derrick Rose doit faire face au plus grand défi de sa jeune carrière. Les crocs aiguisés, ceux qui le fustigeaient pour son retour tardif – il ne joua pas de toute la saison dernière alors que les médecins avaient donné leur feu vert dès le mois de Février – attendent que l’athlétique meneur se brûle les ailes.

Itinéraire d’une étoile qui brille de mille feux dans la nuit de la Windy City.

Retour au bercail pour l’enfant du pays

Englewood, Illinois : loin des lumières Chi-City et de ses croisières romantiques sur le lac Michigan, c’est sur les playgrounds de cette banlieue du Sud-Ouest de Chicago que Derrick Rose taffe son crossover. Star du lycée – où il porte le numéro 25 en hommage à Ben Wilson, jeune joueur assassiné par un membre de gang dans son quartier – puis fer de lance des Memphis Tigers à l’université, Rose entrera en NBA par la grande porte en rejoignant les Bulls, choisi en première position lors de la draft 2008.

L’inspecteur Derrick a pourtant failli voir ses rêves de NBA brisées par l’impact assourdissant d’un scandale universitaire sur fond de notes falsifiées. L’affaire fut finalement classée faute de preuve, une aubaine pour D. Rose, plongé malgré lui dans un tourbillon administratif dont l’issue aurait pu se révéler dévastatrice. Premier accroc, première épreuve.

« Je suis le genre de type qui attaquera chaque personne qui se trouve sur un terrain. Je me fous que ce soit mes partenaires, ou même ma mère, ils se feront tuer. Je m’en moque, je me battrai contre n’importe qui ». D.R. au micro d’ESPN.

Plongé dans une ville en quête d’identité depuis le départ de Michael Jordan, Derrick Rose quitte la misère d’Englewood – où le taux de pauvreté avoisine les 45% - et embrasse les attentes vertigineuses de supporters habitués au divin. Vestige prestigieux d’une époque révolue, la statue de MJ, fièrement postée à l’entrée du United Center, veille sur les performances d’un joueur dont l’avenir s’annonce aussi brillant que « The shot » de His Airness en 1989. Le poids des années n’érode pas la légende : le stade de Chicago vibrera éternellement au souvenir de ses mythes du passé.

Aux côtés d’une équipe de Chicago gonflée à bloc après l’explosion de Jimmy Buttler, « Pooh » - surnom donné par sa grand-mère - devient porte-drapeau d’une ville en attente d’ un nouveau titre depuis seize ans.

« It’s Been a long time coming, but I know a change is gonna come… » chantait Sam Cooke en 1963.

 

Trois bandes et un prodige

Plus qu’un heureux hasard du destin, cet avènement fort en symboles s’accompagne d’une campagne marketing des plus agressives orchestrée par la marque à trois bandes. Le jeune Rose y est dépeint comme le gendre idéal, Afro-Américain issu des ghettos devenu riche à la sueur de ses Adidas. Celui qui a appris à jouer au basket grâce à ses trois frères cultive une image de compétiteur absolu, et de travailleur forcené. « Déjà au lycée il restait toujours à la salle après les entrainements » affirme sa mère. La marque des grands ? Salués pour leur éthique de travail, des joueurs comme Kobe Bryant, Kevin Garnett ou Allen Iverson -…- ont en effet bâti une carrière exemplaire à partir d’une volonté maladive d’écraser leurs adversaires directs.

« Pour lui ‘the sky is the limit’, vous pouvez voir les progrès qu’il a faits au shoot depuis la saison dernière et à quel point il a élevé son jeu à un autre niveau. Je ne pense pas que vous puissiez développer un instinct de tueur. Soit vous l’avez, soit vous ne l’avez pas. Il l’a depuis qu’il est au lycée. » Kobe Bryant.

En perte de vitesse face à l’hégémonie de Nike, Adidas voit en Derrick Rose l’icône idéale, aussi bien au niveau des performances sportives que des valeurs transmises. En jouant la carte de la simplicité et de la modestie, la marque fait un pied de nez évident à l’excentricité et aux extravagances mises en scène par Nike et Lebron James.

 

« When they push you down, you gotta get back up »

Lorsque le plus jeune MVP de l’histoire chute lors de ce premier match de playoffs face à Philly, c’est Adidas qui gît à ses côtés. Et lorsque le prodige de Chicago se relève et prépare sa longue convalescence, l’équipementier met sur pied une campagne de communication qui accompagne le jeune meneur depuis son processus de rééducation jusqu’à son retour progressif, plongeant au cœur de ses doutes comme de ses certitudes. La série d’épisodes « The Return », lancée sur le Web à grands renforts de slogans percutants – Push, All In, Hope, Belief, Focus, Drive – a permis à Adidas de se repositionner en tant qu’acteur majeur de la scène Basket.

Alors que les spéculations sur un éventuel retour du joueur prodige faisaient les choux gras de la presse US, Rose comme Adidas ont su gravir les étapes avec patience et discernement, distillant des interviews au compte-goutte et des campagnes promotionnelles idéalement mises en scène. On retrouvera ainsi D. Rose dribblant entre des toréadors affamés – brillante métaphore de l’être insaisissable à l’instinct quasi-animal – avant de se faire couvrir de roses, en tournée en Asie ou aux côtés de Big Sean et Common pour le lancement de la D-Rose 4. Adidas et Derrick Rose occupent l’espace médiatique et opèrent, ensemble, un retour au sommet des plus symboliques. La boucle est bouclée.

Ils disent que c’est face à l’adversité que s’érigent les légendes, que c’est lorsque le monde vous tourne le dos que vous devez surmonter votre plus grand obstacle. Seul, vous inscrirez votre nom en lettres de noblesses sur le livre de l’histoire ou en griffonnerez hâtivement les pages, noircissant chaque ligne de l’écriture de celui qui fuit, de celui qui a hâte d’en finir. « L’important n’est pas la chute, mais l’atterrissage » déclarait Hubert Koundé dans La Haine.

A l’orée d’une nouvelle saison NBA, le gamin d’Englewood semble plus affûté que jamais et prêt à évoluer à la hauteur de ses ambitions. N’est-ce pas lui qui a affirmé au micro de CNN être le meilleur joueur du monde ? Des propos étonnants de la part d’un joueur qui a jusqu’alors prôné l’humilité. Qu’importe.

D. Rose est fin prêt à s’envoler de nouveau, et à rappeler à tous, à chaque pénétration, chaque appui décalé et chaque dunk écrasé aux limites de l’apesanteur, la raison pour laquelle le basket-ball est un art qui tutoie des sommets d’esthétisme et d’intensité.

Le ciel est la limite, après tout.

 

- Nicolas Rogès -

@NicolasRoges

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