Hommage à une icône sportive et culturelle

Allen Iverson : Seuls les plus forts survivent

6 novembre 2013 . Pas de commentaire
By Nico, in Lifestyle

Des regrets, des erreurs, une ascension fulgurante. L’envol, la chute. Le doute. La carrière d’Allen Iverson pourrait se résumer en quelques mots, quelques bribes d’une vie mouvementée, ponctuée d’instants suspendus dans le temps. Alors que The Answer vient d’annoncer son retrait définitif des parquets, la NBA fait ses adieux à un formidable athlète et une icône culturelle sans précédent.

Hommage à un petit prodige qui a magnifié l’histoire du Basketball.

« Avant, on me pointait du doigt à cause de mes cornrows. Maintenant les flics ont des cornrows »

1993, Etat de Virginie, Etats-Unis. Une salle de bowling sordide est témoin d’une violente bagarre entre deux groupes d’ethnies opposées. Alors âgé de dix-sept ans, A.I est soupçonné d’avoir frappé une femme avec une chaise et est condamné à quinze ans de prison ferme. Finalement relaxé pour insuffisance de preuves après quatre mois d’emprisonnement, le jeune Iverson aborde son expérience carcérale avec une force de caractère qui deviendra le leitmotiv de sa carrière de basketteur. « Je devais utiliser mon expérience en prison comme quelque chose de positif. Quand tu vas en prison, si quelqu’un voit une faiblesse en toi, il va l’exploiter. Je n’ai jamais montré de faiblesse. Je suis resté fort jusqu’à ma sortie ». Le racisme dont il a été victime – suite à l’altercation, les seuls suspects mis en examen étaient tous de race Afro-Américaine – a contribué à façonner le joueur qu’il est devenu. La rage au ventre, celui qui arbore un symbolique « Only The Strong Survive » sur l’épaule droite s’apprête alors à dynamiter la grande ligue.

Est-il pour autant un « Thug », ce voyou au passé violent que les médias décrivent volontiers ? Répondre par l’affirmative serait mal connaître l’animal. Pourtant, son vocabulaire provocant et son attachement à la culture urbaine plaident en sa défaveur. Si le mouvement hip-hop et le basketball sont aujourd’hui si étroitement liés, c’est parce qu’Iverson en a fait la parfaite synthèse, en affichant fièrement tatouages, bijoux, casquettes et autres du-rags, dupliqués à outrance tant par ses homologues basketteurs que par les rappeurs de sa génération. Subversif à souhait, celui qui prenait un malin plaisir à martyriser les défenses adverses en alignant lay-ups aériens et appuis décalés lumineux n’a jamais changé son fusil d’épaule, restant fidèle à une attitude d’insoumis qu’il fut l’un des premiers à populariser. Une authenticité fièrement affichée, qui le pousse à s’élever contre l’instauration d’un dress-code en NBA, censé modérer l’influence de la culture Rap sur les athlètes et polir l’image de la ligue dirigée par David Stern, personnage aux mœurs bien arrêtées.

« Ce dress-code n’est pas ce que je suis, et ne permet pas de m’exprimer en tant que personne ».

« Ain’t no mountain high enough »

N’en déplaise à ses détracteurs, l’impact culturel de The Answer est indéniable. Qu’ils aient été influencés par ses crossovers furieux ou son style vestimentaire en opposition totale avec les canons de la NBA, des milliers de joueurs ont vu en Iverson une icône dont l’aura s’étendait bien au-delà du strict cadre sportif. Cauchemar de l’Amérique puritaine qui voyait en lui l’archétype du jeune voyou du ghetto à l’ascension fulgurante, A.I s’est joué des préjugés toute sa carrière.

Quelques années après son arrivée en NBA, des enfants et des pères de famille arboraient fièrement ses jerseys et sa marque de chaussures. La preuve irréfutable que les barrières raciales dont il a été victime se sont progressivement estompées à mesure que sa légende se construisait. Un mythe dont les pages ont commencé à s’écrire un soir de Mars 1997, quand le petit lutin des Sixers, fraichement débarqué en NBA l’année précédente, a crossé Michael Jordan avec un culot déconcertant. Iverson se souvient :

« Je disais toujours à mes potes qu’une fois que je serai arrivé au sommet, je testerai mes moves sur le meilleur. Je me souviendrai toujours de cette action. Lui qui était en sortie d’écran, et Phil Jackson qui lui demandait de switcher sur moi. Alors je lui ai fait un petit cross, et j’ai vu qu’il mordait à la feinte. J’en ai placé un deuxième et ai rentré le shoot. Mais le truc le plus dingue c’est que même si je l’ai attaqué avec mon meilleur move, il m’a quand même presque contré. C’est dire à quel point MJ était un grand défenseur ».

« Mec, des gens veulent me voir chuter depuis mon arrivée dans cette ligue. Ils doivent être malades de voir ce que j’ai accompli ».

Qualifié tour à tour d’individualiste et d’ingérable, de prétentieux et de violent, l’ex-meneur de Georgetown University est avant tout un formidable joueur, dont les qualités athlétiques et la vista offensive ont illuminé le basketball comme rarement avant lui. Il y avait quelque chose d’animal dans sa façon d’attaquer le cercle et de se frotter aux défenses adverses, quelque chose de sincèrement violent et d’attachant dans sa manière d’aborder chaque match comme si c’était le dernier. « Vous m’avez vu jouer non ? Vous avez vu que je donnerai ma vie pour ce jeu, que je joue chaque match comme si il n’y en avait plus d’autres ? Pourquoi vous me parlez d’entrainement ? ». C’était aussi ça Allen Iverson, un type arrogant mais étincelant de talent et de bagout. Un joueur capable de planter consécutivement 52 et 54 points en Playoffs, et de se transformer en rappeur une fois la nuit tombée – ne cliquez pas.

« Au poids, c’est peut-être le meilleur joueur de tous les temps. Bien sûr j’ai regardé Michael Jordan plus que n’importe quel joueur, mais je regardais aussi des cassettes d’A.I. Je lui ai emprunté sa volonté, son envie. On disait qu’il faisait 1m83, mais il mesurait plutôt 1m78. Il pesait 70 ou 75 kilos… Et pourtant, il jouait comme un arrière de 2m05. C’est l’un des plus incroyables finisseurs de l’histoire. Personne ne peut douter de son courage. Il donnait tout sur un terrain.» Lebron James au micro d’ESPN.

Le kid d’Hampton, Virginia, a gravi les marches une à une, sans regarder dans le rétro.  »Si je regrette certaines de mes décisions ? Pas du tout. Si vous me demandez si j’aurais fait certaines choses différemment, alors je vous aurais dit oui. Mais je ne regrette absolument rien » affirme-t-il lors de sa dernière conférence de presse. Au-delà de l’absence de titre NBA et de quelques décisions douteuses quant à sa fin de carrière, le MVP 2001 aura surtout brillé par son exceptionnelle générosité et ses performances offensives à la limite de la décence.

Allen Iverson demeure l’une des plus belles étoiles à avoir brillé sur un parquet NBA, l’archétype du compétiteur patenté et un exemple de réussite et d’acharnement. Pour autant, quand toutes les lumières seront éteintes et que l’ombre prendra le pas sur la lumière, que restera-t-il de l’héritage d’Allen Iverson ?

Lorsque viendra le temps de sélectionner les arrières les plus talentueux de l’histoire de la NBA, nul doute que le nom d’Allen Iverson s’écrira en lettres d’or. Qu’importent les sombres histoires d’alcool, les entrainements manqués, et les prétendues dettes de jeu. Qu’importent les allégations de violence conjugale et son arrogance affichée. La formidable épopée d’Allen Iverson prend fin d’une manière brutale et avec un goût d’inachevé, mais cela a-t-il un semblant d’importance ? L’héritage de « The Answer » se mesure bien au-delà des simples performances sportives.

« Only The Strong Survive » pouvait-on lire sur son épaule droite.

Allen Iverson se porte bien, merci pour lui.

_____________

-Nicolas Rogès-

@NicolasRoges

A lire : Les 20 plus grands moments de la carrière d’Iverson.

Image de prévisualisation YouTube

Aucun Commentaire