La qualité fut au rendez-vous ce mois-ci
Chroniques du mois : Février 2014
Après un mois de Janvier assez creux en sortie d’albums, Février s’est avéré bien plus généreux. Mieux encore, la quantité, qui a été plutôt au rendez-vous tout au long de ces 28 jours, a été corroborée par une réelle qualité des différents projets qui nous ont été proposés. Breton, Schoolboy Q, Phantogram, St. Vincent… le mois de Février restera à coup sûr dans les annales musicales comme l’un des mois majeurs de cette année 2014. On ne vous fait pas languir plus longtemps, découvrez sans plus attendre ce que l’on a pensé des principaux albums du mois de Février.
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Breton - War Room Stories (Believe Recordings)
André Breton, poète et inspirateur malgré lui de l’identité du groupe, disait du surréalisme : « une dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison». Et c’est exactement ce que l’on ressent à l’écoute de War Room Stories. Déjà chroniqué dans nos lignes, Breton avait trouvé le chemin de notre curiosité en déployant une enviable agilité à passer par tous les courants pour n’en garder que le nectar, Other People’s Problems est en cela un album majeur. Pensé dans les vestiges d’un squat du sud-est de Londres et accouché dans un ancien lieu de la propagande communiste berlinoise, War Room Stories pourrait s’imaginer comme les carnets intimes d’un officier de guerre, musicien à ses heures, malmené entre les frontières du monde. Hormis un évident hit-track placé insidieusement en top de la tracklist et qui trouve (trop) rapidement ses limites, l’album est blindé de surprises dont on ne se lasse pas, passant allègrement du math-rock à la techno tout en stylisant les plus vieilles allures du trip-hop made-in Bristol (« S4 », « Got Well Soon », « Closed Category », « National Grid », « Brothers », et on va s’arrêter là pour ne pas être taxé de groopie). Sans frontières audibles dans leur formidable ascension, Breton fait fi de tous les artifices pour concentrer l’essence de son inspiration à travers ces œuvres musicales qu’ils nous livrent. - Vincent Vuillaume -
Dag Savage - E&J (Dirty Science)
Connu pour son merveilleux travail avec Blu, avec qui il a pondu le classique Below The Heavens en 2007, le producteur émérite Exile s’est désormais tourné vers un autre rappeur californien, Johaz, avec qui il forme le duo Dag Savage. Une collaboration qui a déjà donné trois projets depuis sa formation en 2012 : les mixtapes Salvation (2012) et The Warning Tape (2014) ainsi que l’EP The Dag Savage (2013). Deux ans durant lesquels les deux artistes californiens ont eu tout le temps de s’échauffer pour arriver en 2014 avec un premier effort, E&J. Comme il fallait s’y attendre, Exile nous sert de somptueuses productions tout au long de cette galette - « Twilight », « Drugs », « Van Gogh », « Cali Dreamin’ », « F.U.P.M. », « Wine & Cheese » sont là pour en témoigner. Pour ce qui est de Johaz, ses performances au mic sont somme toute correctes bien que le MC n’atteigne pas le niveau d’un Blu, qui signe par ailleurs un fabuleux couplet sur la sixième piste « Don’t Stop ». Les invités quant à eux, assez nombreux sur ce projet, apportent une véritable plus-value au travail d’Exile et Johaz – à noter les remarquables prestations de Blu, Co$$, Fashawn, M.E.D. et Jimetta Rose. Malgré une fin d’album en deçà du reste (« Darlin’ », « When It Rains », « The Finish »), les deux partenaires nous fournissent avec E&J un premier album de qualité, pas l’album de l’année certes, mais un projet que l’on réécoutera volontiers dans les semaines et mois à venir. - Rémy Paurion -
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Eric Bellinger - The ReBirth ![]()
Les talents de writter d’Eric Bellinger ne sont certainement plus à prouver, le californien a déjà écrit pour les plus grands dragueurs outre-Atlantique tels qu’Usher, Chris Brown ou Justin Bieber. Pour ce qui est de faire ses premiers pas en tant qu’interprète, c’est une toute autre histoire. D’entrée de jeu, Eric frappe fort avec The ReBirth, un double CD de trente-deux morceaux… Mais pourquoi ? Le constat est simple, les 3/4 du projet n’ont aucun intérêt, du moins plus aujourd’hui car c’est le type d’album R’n'B qui aurait pu plaire dans les environs de 2006/2007. Eric Bellinger est tout bonnement dépassé par le virage que prend le R’n'B actuel avec des artistes comme Frank Ocean ou The Weeknd, et se retrouve avec un album peu cohérent. Même ses quelques featurings ne sont pas convaincants, à savoir Kid Ink, Tank ou Joe Budden. Malgré tout, on ne peut pas nier que quelques morceaux se dégagent du lot (« Drake’s Ex », « Amateur Night »), mention spéciale à la reprise de « Jump » de Kriss Kross (« I Don’t Want Her »). - Adrian Huguenot -
Neneh Cherry - Blank project (Smalltown Supersound)
Neneh Cherry est comme un fantôme du passé. La chanteuse et rappeuse suédoise a marqué tout une époque ; une voix puissance sur une pop-rock alternative, saupoudrée de touches punk/électroniques et Hip-Hop. Autant dire qu’elle était très avancée sur son temps, et des artistes telles que Björk, M.I.A, Azealia Banks - et la liste continue - lui doivent beaucoup. Seulement, après Man, album beaucoup plus mid-tempo sur lequel figure le fameux titre « 7 seconds » en duo avec Youssou N’dour, c’est le silence complet. Seize années plus tard, elle est de retour avec Blank Project, un album pour lequel un mot en particulier nous vient à l’esprit à l’écoute : le minimalisme. Le premier titre, “Accross The Water” nous introduit à une poésie chuchotée accompagnée d’un rythme de batterie cru et quelques bruitages de fond, et on se rend compte qu’il n’y a pas systématiquement besoin de plus pour provoquer une belle émotion à l’auditeur. Certains morceaux contiennent des bass lines mais l’impression d’un album sans ajouts superficiels résiste toujours. Pour la production, c’est le britannique Four Tet qui a été invité. Et de leur collaboration on retient surtout un beau morceau trip-hop, “Spit Three Times”, ou encore “Out Of The Black” en featuring avec la chanteuse Robyn pour un titre plus électronique, planant et futuriste. Blank Project est un travail qui permet une certaine différenciation de l’offre musicale actuelle tout en restant une influence pour certaines artistes ; un album complet et plutôt réussi. - Célia Kamdom -
St. Vincent - St. Vincent (Caroline International)
Et voici le cinquième album d’Annie Clark, nom de scène St. Vincent, dont on n’avait pas vu passer la relative longue carrière. Ce nouvel opus était une occasion de se rattraper et de découvrir un univers très particulier. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la musique de la demoiselle est originale, voire expérimentale. Elle consiste en un mélange plutôt audacieux de musique électronique, qui sert ici de cadre à des influences issues de la branche sudiste de la musique américaine (St. Vincent est née en Oklahoma). Tiraillées, donc, entre country, blues et hard-rock. Une musique tantôt triste, tantôt extrêmement rythmée ; Annie Clark a le sens du contraste et nous gratifie de quelques slows très réussis, à l’image des excellents « Prince Johnny » et « Severed Crossed Fingers ». Mais également de morceaux désordonnés (« Rattlesnake »), voire totalement fous (« Bring Me Your Loves »). À lui seul, le refrain de « Psychopath » justifie l’écoute de l’album. Enfant métis de Ratatat et de Cat Power, et dans une certaine mesure des expérimentations électroniques les plus étranges de Damon Albarn, la musique de St. Vincent surprend, touche, attire et transporte. Une bonne découverte à mettre entre toutes les mains. - Marin Charvet -
The Doppelgangaz - Peace Kehd (Groggy Pack Entertainment)
Ils nous avaient laissés l’an dernier avec le très bon Hark, qui suivait un projet tout aussi remarquable, Lone Sharks paru en 2011 ; cette année les voici de retour avec un quatrième album solo, Peace Kehd, décliné en onze tracks et avec une petite innovation : la présence d’un invité sur le projet, un certain Big Josh, qui lâche d’ailleurs un très bon couplet sur « Ungodly ». Pour ce Peace Kehd, la formule utilisée reste la même qu’à l’accoutumée, à savoir des productions sombres et garnies de samples originaux qui viennent appuyer les flows complémentaires, et une nouvelle fois parfaitement maîtrisés, d’EP et Matter Ov Fact. Malgré un ventre mou au beau milieu de l’album (« $ In Da Air », « Live Rugged »), les deux MC nous offrent avec Peace Kehd un opus d’une qualité folle, marqué par une pléthore de tracks dont on ne se lasse pas, des singles « Holla x2 » et « KnowntchooTahLie » au fabuleux « Come Down Awh Eht », en passant par « Ungodly » ou encore « What’s Your 20 ». Un album, certes, dans la même veine que leurs précédents opus mais qui s’avère toujours aussi efficace. La déception ne sera encore une fois pas pour cette fois. - Rémy Paurion -
The Glitch Mob - Love Death Immortality (Glass Air)
Une fois passé l’impact de la cover on se dit que le trio de glitcheur aura bien su brouiller les pistes. Alors que l’on aurait pu s’attendre à un opus hybride déviant vers la fusion électronique orchestrale, après que le dernier EP We Can Make The World Stop et sa tracklist exhaustive (trois titres) eut fait son petit effet, edIT, Boreta et Ooah ont pris le risque de rester dans leur bunker et de continuer à faire évoluer ce style de bizarrerie sonore qu’est le Glitch et qu’ils ont en partie aidé à faire émerger. On trouve dans Love Death Immortality tout le meilleur de ce courant (« Become Harmonious » en tête) qui embrasse l’électronique de ses contours soniques, mais également une forme d’électro plus primitive qui, par excès de calibrage et de construction basique, tend vers les plus vils single radio pour Spring Break. En même temps, c’est toute cette mixité (qui a dit brouillon ?) qui donne au glitch ce dynamisme et cette signature si particulière qui vous hypnotise, notamment sur scène où le son est rejoint par l’image. Au-delà de l’aspect musical, et c’est un élément essentiel dans l’identité musical ET artistique qu’est The Glitch Mob, réside le show live qui devient pour le coup une oeuvre d’art égalable aux plus beaux délires d’Amon Tobin. Quand on sait que c’est Martin Phillips (Bionic League) qui gère l’affaire et qu’il est notamment reconnu (et adulé ?) pour son taff avec Deadmau5, Daft Punk ou encore Kanye West, ça calme et ça laisse rêveur. - Vincent Vuillaume -
Phantogram – Voices (Republic Records)
Trip-Hop, electro alternatif, rock ? De nombreux genres se mêlent dans ce recueil de sonorités qu’est Voices, second album du duo de Phantogram, Sarah Bartel et Josh Carter. Le son « batard » est à la mode depuis un petit moment déjà et Voices se distingue de ses frères par son homogénéité et sa cohérence. C’est le type de projet dans lequel toutes les chansons sont bonnes et les quelques poussières de déchet semblent même avoir été placées exprès. Les titres de l’album racontent tous une histoire et semblent avoir été créés pour vivre cet album comme la bande original d’une vie (cf. « The Day You Died », « Fall In Love », « Black Out Days »). Un album pourtant très différent du premier Eyelid Movies car sur ce nouvel opus, Phantogram semble avoir redéfini son « son » en ajoutant des ambiances bien plus hip-hop, usant d’un synthétiseur et de la drum machine à la manière d’un James Blake. Le résultat donne une fluidité incroyable qui vous bercera autant lors d’un voyage voiture que vers vos rêves. - Mickaël Jolo -
Schoolboy Q - Oxymoron (Top Dawg Ent./Interscope)
« Le changement c’est maintenant ». Rien ne prédestinait Schoolboy Q à connaître le succès qu’il rencontre aujourd’hui. Autrefois « hype man » de Kendrick Lamar, désormais numéro deux de Top Dawg Ent. Le message est subliminal, mais Oxymoron n’est pas une histoire d’Oxycotin mais l’histoire paradoxale d’une vie. Une vie dans laquelle Q prêche les bonnes manières à sa fille mais pourtant se comporte mal pour subvenir à ses besoins. Une vie dans laquelle Q connaît une réussite inexplicable alors qu’il ne rappe que depuis peu. Pour son premier album en major, Quincey a choisi de conter son histoire faite d’antagonismes. L’histoire d’un jeune des 52 Hoover Crips (« Gangsta »), pris entre consommation et vente de narcotiques (« Prescription/Oxymoron ») dans un environnement où les perspectives de s’en sortir sont infimes (« Blind Threats »). Dans son monde les moments de joie sont rares (« Studio », « Hell of Night »), mais sa fille Joy - « joie » au cas ou vous n’auriez pas remarqué… - lui rappelle constamment de ne pas lâcher prise (« What’s wrong daddy ?! Wake up ! Wake up ! »). L’engouement et surtout l’énorme attente autour du projet aurait pu lui porter préjudice, mais une flopée de producteurs connus (Mike Will Made It, Pharrell Williams) et familiers (Digi+Phonics, LordQuest, THC, Swiff D, Nez & Rio, Alchemist) se sont dévoués à lui tailler une œuvre sur-mesure. Malgré les invités, Schoolboy Q polarise toute l’attention grâce à son énergie (« The Purge »), sa manière atypique de construire ses morceaux (« Break The Bank ») et sa facilité à écrire des refrains attrayants (« Collard Greens »). Il n’y a pas vraiment de fautes à Oxymoron. Peut-être, la pression de la machine Interscope se fait-elle ressentir sur le choix et l’orientation des singles, mais l’album était censé être bon, il est très bon. Les changements de productions (« Hoover Street »), donnent encore plus de profondeur au projet et Schoolboy Q peut à présent partir en tournée tranquille. - Sébastien Darvin -
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L’album qui divise
Kid Cudi - Satellite Flight : The Journey to Mother Moon (Wicked Awesome/Republic)
L’épopée du Kid de Cleveland continue avec ce cinquième album Satellite Flight : The Journey To Mother Moon présenté comme le voyage vers la lune, donc, le chapitre à ne pas manquer concernant la saga Man On The Moon. Un album qui n’entre dans aucun cadre si on le compare à la conjoncture musicale actuelle avec un Cudi plus marginal que jamais, suivant sa propre voie en pilotant tout seul sa fusée, décidé à marquer cette étape très importante de la fin de sa trilogie. Nous emmener avec lui sur la lune n’est pas chose aisée mais le Rager nous embarque dans son désir très conceptuel sur dix tracks dont le tout peut être qualifié comme bande originale de l’histoire globale de ses projets. Une B.O., un script vous racontant une histoire : « Destination : Mother Moon » la première chanson nous fait atterrir dans une zone encore inconnue, le suspens, la crainte mais aussi l’excitation se font sentir, promettant une exploration passionnante. « Troubled Boy », la dernière chanson du projet, est comme le retour parmi les siens d’un garçon qui a vu tellement de choses que ses pairs n’arrivent plus à le comprendre car oui, entre-temps huit tracks se sont écoulées, des hauts, des bas, des pics, des chutes, l’eau a coulé sous les ponts. L’enfant troublé nous quitte sur un air mélancolique, dépressif, solitaire … Man On The Moon III s’annonce sous les meilleurs auspices. - Mickaël Jolo -
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Kid Cudi - Satellite Flight : The Journey to Mother Moon (Wicked Awesome/Republic)
Déjà plus de deux ans que Kid Cudi flotte seul dans l’espace, son propre univers dont il est très difficile d’accéder pour nous, simples humains. Après un WZRD aux sonorités rock quelques peu décevant et un mauvais Indicud, Scott Mescudi prend la peine de nous inviter au-delà des astres à bord de sa « Copernicus Landing ». 3, 2, 1, décollage destination Satellite Flight: The Journey To Mother Moon. Hélas, la magie n’opère pas dès les premières secondes de l’album. Autodidacte depuis son évasion de G.O.O.D. Music, Cudi produit désormais presque tout seul ses projets, un point faible puisque les productions restent très limitées. S’il est toujours appréciable d’écouter sa voix se poser sur des créations originales, on ne peut s’empêcher de penser avec regrets au flow et à la manière nonchalante qu’avait Kid Cudi de rapper à ses premières heures. Quand cela n’accroche pas, on ne peut définitivement rien y faire et l’on se perd peu à peu dans ces instrumentales interstellaires qui défilent. Les seules réussites du projet restent deux morceaux plutôt convaincants à savoir « Balmain Jeans » dont le titre échappe au concept de l’album et « Too Bad I Have To Destroy You Now ». Dommage, il semblerait que l’homme sur la lune à qui l’on avait accordé beaucoup d’espoir se soit définitivement perdu dans l’obscurité de l’espace… - Adrian Huguenot -




