Trois joueurs dans le collimateur
Edito #65 : Les boucs-émissaires du foot français
Le 18 juin 2010, au lendemain de leur défaite face au Mexique en phase de groupes de la Coupe du Monde, les joueurs de l’Équipe de France se retournèrent contre leur staff. Pour beaucoup, l’évènement fut la cerise sur le gâteau d’une faillite amorcée avec la défaite en poules lors du Championnat d’Europe 2008, deux ans auparavant. Si pour certains observateurs il ne s’est agi que d’un évènement mineur, il semble que l’épisode Knysna ait marqué le football français plus durablement que ceux-ci auraient pu le penser, et ce malgré le sursaut collectif des tricolores lors de leur match de barrage contre l’Ukraine. Dans le cadre de la Ligue 1, le souvenir de Knysna fait en effet, aujourd’hui encore, des victimes collatérales.
Les dernières en date ? L’avant-centre marseillais Florian Thauvin et le milieu stéphanois Yohan Mollo. Sans oublier l’indésirable numéro un du championnat français : Jérémy Ménez. Ces trois joueurs sont les nouvelles têtes de turcs de la Ligue 1. Dans l’inconscient collectif, le public a même tendance à les considérer comme seuls responsables de la faillite du football français, associant la déchéance de notre équipe nationale aux désillusions cuisantes des formations hexagonales sur la scène européenne. Pas besoin de rappeler les défaites de l’OGC Nice et de l’ASSE en barrages de la C3, ou les zéro points ramenés par l’OM en Ligue des Champions. Ces contre-performances sont aujourd’hui dans toutes les têtes.
En conséquence de ces échecs, seuls quelques joueurs fédèrent l’essentiel des critiques du public et des journalistes. Après s’être illustré au début de l’année en signant à l’OM sans avoir joué une seule minute pour le LOSC, Florian Thauvin s’est à nouveau fait remarquer en remettant en cause les « valeurs » du PSG à la veille de son match contre le club entraîné par Laurent Blanc. Considéré comme l’exemple-type du joueur-mercenaire depuis la rentrée 2013, Thauvin n’arrive pas, depuis, à se défaire d’une réputation exécrable qui, au-delà de la sphère médiatique, a ses répercussions sur le monde réel.
C’est ce que montre l’épisode de l’aéroport de Lille, où un certain nombre de supporters du club nordiste étaient venus souhaiter la « bienvenue » au joueur à leur manière.
Yohan Mollo, quand à lui, a agité la twittosphère après la victoire de l’ASSE contre Monaco samedi dernier. Alors que les caméras de Canal+ filmaient l’euphorie généralisée du vestiaire stéphanois, le milieu offensif, lui, restait de marbre. Une posture habituelle pour celui qui reste souvent muet face aux caméras, et se distingue sur le terrain par un visage constamment fermé et un opportunisme technique qui agace le public de Geoffroy-Guichard.
Que reproche-t-on finalement à ces joueurs ? L’expression est sur toutes les lèvres des membres du forum de lequipe.fr : un mauvais comportement, une attitude jugée narcissique et individualiste. Pourtant, au niveau du jeu collectif, ces joueurs n’ont rien de potentiels Ballons de Plomb, « récompense » attribuée par Les Cahiers du Football à l’attaquant marseillais. Thauvin et Mollo ont brillé la saison passée et contribué au succès de leurs clubs respectifs. Jérémy Ménez, lui, fut considéré comme un grand espoir du foot français jusqu’à sa signature au PSG, où il signa quand même quelques très belles réalisations.
Ce lynchage collectif nous confirme que l’épisode Knysna est bel est bien incrusté dans les mémoires. Le souvenir de cet évènement était déjà perceptible dans la couverture médiatique de la sortie en boîte de nuit des Espoirs ; c’était encore lui qui agissait après les propos d’Evra et la quenelle d’Anelka. Une chose est certaine : même si nos jeunes talents enchaînent les belles performances, le passé de l’Équipe de France agit sur eux comme un fardeau lourd à porter. Plus que jamais en Ligue 1, faire preuve d’une attitude irréprochable est devenue la qualité numéro une du bon footballeur.
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Marin Charvet




