Cinq affiches phénoménales

RDA #8 : Les supers-castings

8 mars 2014 . 2 commentaires
By Marin, in Featured, Urban culture

Il y a maintenant une dizaine de jours, le dernier-né de Wes Anderson sortait dans les salles obscures. Si vous n’êtes pas encore allés voir The Grand Budapest Hotel, vous avez pu néanmoins jauger le casting exceptionnel de ce film : Ralph Fiennes, Adrian Brody, Willem Dafoe, Harvey Keitel, Jude Law, Bill Murray, Edward Norton, Tilda Swinton, Owen Wilson ou encore Jason Schwartzman, en plus de la petite touche franco-française Léa Seydoux et Mathieu Amalric. Dans l’histoire du cinéma, nombreux ont été les réalisateurs ou les producteurs à solliciter un panel aussi large d’acteurs reconnus. Qu’il s’agisse d’un choix artistique ou d’un choix commercial, les « super-castings » sont omniprésents dans l’histoire du Grand Écran. Et vous avez d’ores et déjà compris le thème de ce huitième épisode des Raccords dans l’Axe.

Dune - David Lynch (1984)

Pour son troisième film, David Lynch réutilise son acteur fétiche, Jack Nance, qui sept ans plus tôt jouait le rôle principal d’Eraserhead, et lance à l’occasion Kyle MacLachlan, qui jouera a posteriori dans Blue Velvet et Twin Peaks et deviendra un autre de ses collaborateurs préférés. Quels sont les éléments qui font de ce film un super-casting ? L’histoire originale est un argument de poids : Dune, sorti en 1965, est le roman de science-fiction le plus vendu de tous les temps et est alors considéré comme un classique de la culture populaire. L’autre atout principal du film, un personnage secondaire interprété par un acteur dont le nom tient une place sur l’affiche inversement proportionnelle à son temps d’apparition à l’écran : Sting. Le chanteur et bassiste de Police est alors au sommet de sa gloire, six ans après la sortie du premier album du groupe. Il tient l’un de ses premiers rôles au cinéma. Si l’attente est énorme, la déception est équivalente : le film est un énorme échec critique. Les irréductibles de Lynch continuent néanmoins à défendre une oeuvre qu’ils considèrent comme un OVNI exceptionnel sous-côté par un public non-averti.

Reservoir Dogs - Quentin Tarantino (1992)

Dans Reservoir Dogs, le casting est mis au service des dialogues et des situations improbables. Tarantino a besoin de fortes personnalités, et recherche ainsi le casting parfait pour interpréter les scènes les plus croustillantes du film, à l’image de celle où Michael Madsen coupe l’oreille d’un policier sur « Stuck in the Middle With You ». Harvey Keitel est déjà au sommet de sa renommée grâce à son statut de premier acteur fétiche de Martin Scorsese. Steve Buscemi et Michael Madsen, quand à eux, enchaînent les rôles et sont déjà considérés comme des étoiles montantes du cinéma américain. Tim Roth (Pulp Fiction, Lie To Me, Möbius), lui, voit sa carrière totalement décoller grâce à son rôle dans Reservoir Dogs. Ajoutez à cela la présence de Tarantino himself et vous obtenez l’un des films de gangsters les plus cultes de toute une génération : pour de nombreux cinéphiles, la première réalisation pour le cinéma de Quentin Tarantino est en effet considérée comme sa meilleure production. Les excellents acteurs recrutés pour l’occasion ne sont pas étrangers à ce succès d’estime.

Snatch - Guy Ritchie (2000)

Le troisième film de Guy Ritchie (Sherlock Holmes) est quelque temps après sa sortie un énorme succès international pour le cinéma britannique, et l’on sait qu’ils se font plutôt rares outre-Manche. La réussite du film tient particulièrement à la sélection d’un casting parfait. Alan Ford et Vinnie Jones sont des habitués du style Ritchie ; en 1998, il jouaient dans Arnaques, crimes et botanique, son second film. Quand il joue dans Snatch, Vinnie Jones vient tout juste de mettre fin à sa carrière de footballeur professionnel après une dernière pige aux Queen Park Rangers. Idéal type du bad-boy de la Premier League condamné à plusieurs reprises par la justice britannique, tel Joey Barton après lui, il rentre idéalement dans la peau du serial-killer réputé immortel Bullet-Tooth Tony. Le reste du casting est un concentré de grande qualité de la scène américaine : Benicio del Toro, Jason Statham et surtout Brad Pitt, méconnaissable dans le rôle d’un gitan imbattable à la boxe. Pour l’anecdote, Seth Gueko lui-même s’inspirera de ce personnage en samplant des dialogues de Snatch sur la version album de « Ma Couillasse ».

The Dark Knight - Christopher Nolan (2008)

The Dark Knight ressemble plus à l’archétype de la superproduction holywoodienne que du super-casting. Mais pour assurer le succès du sixième film inspiré des aventures de la chauve-souris DC Comics, la production du long-métrage de Christopher Nolan n’a pas lésiné sur le choix des acteurs. On retrouve pour la seconde fois Christian Bale, acteur culte depuis American Psycho, et en têtes d’affiche secondaires les valeurs sûres Michael Caine, Gary Oldman et Morgan Freeman. Entre le sir de la couronne britannique ayant travaillé avec Mankiewicz, De Palma et Woody Allen et linterprète de Nelson Mandela dans Invictus, la Warner Bros conçoit une affiche garantie tout public. Les petits nouveaux Aaron Eckhart (Harvey Dent) et Maggie Gyllenhaal (Rachel Dawes) complètent une liste déjà bien remplie à laquelle il faut ajouter la présence inestimable d’Heath Ledger en Joker, dont la mort prématurée quelques mois après le tournage donnera à son personnage une dimension encore plus mystique.

Moonrise Kingdom - Wes Anderson (2012)

Moonrise Kingdom, énorme succès d’estime, s’ajoute à la longue liste des super-castings de Wes Anderson, depuis La Famille Tenenbaum jusqu’à La Vie Aquatique, en passant par Fantastic Mr Fox. En plus d’être sélectionné pour ouvrir le Festival de Cannes, son septième film attire l’attention de tous les observateurs grâce à un nouveau casting hors-norme. Anderson fait appel à deux de ses acteurs fétiches, Bill Murray et Jason Schwartzman, qui ont auparavant répondu à l’appel du réalisateur sur la quasi-totalité de ses longs-métrages. Cette affiche cinq étoiles est complétée par Edward Norton, caution jeune public depuis Fight Club, Harvey Keitel, Tilda Swinton et Frances McDormand, collaboratrice récurrente des frères Coen. Notons enfin la présence surprenante de Bruce Willis, dans un registre totalement étranger à ses choix de carrière habituels. Deux ans avant Grand Budapest Hotel et en partie grâce à son casting exceptionnel, Moonrise Kingdom propulse définitivement Wes Anderson au Panthéon des réalisateurs de comédies américaines.

The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson, actuellement en salles

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Marin Charvet

2 Commentaires
  1. Jaybee le 8 mars 2014 à 19 h 23 min

    Super article, ça m’a bien mis la chauffe pour voir les films de la liste que je n’ai pas encore vu.
    Par contre juste une (pas si) petite réctification pour The Dark Knight :
    Batman est un héros DC Comics, et donc pas une « chauve souris Marvel » ;)

  2. Marin le 8 mars 2014 à 20 h 40 min

    Précision indispensable :) C’est rectifié, merci !