Diviser pour mieux régner ?

Ce qui a tué MGMT

8 octobre 2013 . 2 commentaires
By Esco', in US Side

Ils étaient ceux sur qui tous les espoirs de la pop music étaient fondés. Ceux qui ont révolutionné la seconde moitié des années 2000 et qui s’apprêtaient à entrer au Panthéon de ces héros générationnels comme Radiohead, The White Stripes ou les Libertines. MGMT avait tout pour réussir. La fougue, l’innocence de la jeunesse et un don inouï pour écrire des mélodies belles à se damner. Deux albums et puis s’en vont… pour un binôme qui aurait pu être immense. MGMT était, MGMT est mort.

Du moins commercialement, et aux yeux du très grand public, sans doute. Les journaux ne cessent de le déclamer - et les écoutes à répétition ne font que confirmer - MGMT, leur troisième opus fraichement débarqué, est un suicide commercial en bonne et due forme. Le genre de disque attendu pendant des mois et qui finit à côté de la chaîne hi-fi, en bas, tout en bas de la pile. Non par excès de médiocrité, mais parce qu’on ne l’a jamais réellement compris… et que personne n’a daigné aborder le sujet. Récit d’un contre parcours.

One hit wonder ?

En musique, il existe deux grandes façons de bâtir une discographie. Celle qui consiste à progresser d’œuvre en œuvre, à mesure que se développent la maturité et la créativité de l’artiste, comme c’est souvent le cas dans le rock’n’roll, la soul, le jazz et la pop music (Springsteen, Dylan, Gainsbourg, Marvin Gaye ou Miles Davis sont des exemples parlant). Puis il y a le deuxième cas de figure dont la particularité est de sortir un classique instantané, voire deux pour les plus téméraires, puis de disparaître dans les limbes de l’industrie aussi vite qu’on est arrivé. Une catégorie dominée de la tête et des (larges) épaules par les rappeurs, véritables maîtres à penser du chef-d’œuvre éphémère (quid de la discographie du Wu-Tang, Onyx, Mobb Deep, Big Pun, Doc Gynéco, The Fugees, The Pharcyde, Lunatic, Killarmy, Method Man, une fois passé le cap du premier album ?). Des hip-hopeux singés depuis le milieu des années 90 par un nombre important d’artistes émergents, et ce tous genres confondus. Des Strokes à Amy Winehouse, on ne compte plus les formations qui se sont faites dévorer par un premier opus bien trop imposant pour leur maigre carrure.

MGMT serait-il de ces groupes chez qui le génie s’effeuille à mesure que passent les saisons ? Telle est la délicate question que soulève leur dernier né, pied de nez magistral aux tops albums et aux majors cachetonneuses. MGMT est un flop en devenir (démarrage en 14ième position au Billboard américain avec 19 000 ventes, une misère), pourtant Ben Goldwasser et Andrew VanWyngarden n’ont jamais paru aussi sereins. Et quand on leur glisse les yeux dans les yeux que cette œuvre frise l’autodestruction, les deux geekos s’exclament, visiblement surpris : “Ah bon ? Pour nous, c’est une musique très accessible. Il n’y a rien de difficile à appréhender là-dedans, ou de prétentieux, de trop intellectuel. C’est une musique honnête, qui va droit au but*”. Allons bon…

Diviser pour mieux régner ?

Désormais conscients du faible potentiel commercial que dégage ce nouvel opus, les MGMT sont dans une position à la fois critique et idéale. D’un côté, le rêve de tout artiste : l’indépendance, la liberté absolue, l’expérimentation pour maître-mot. De l’autre, la réalité du terrain : public qui s’effrite, incompréhension, isolement. En définitive, les deux américains sont allés au bout de la démarche qu’avait tout juste entamé Daft Punk sur Random Access Memories, et qui consiste à prendre le contre-pied de ce que demande le peuple. Sauf que les français ont sorti “Get Lucky”, et que leurs voisins d’outre-Atlantique n’ont pas l’esquisse d’un tube à l’horizon. Pire, dans sa moitié la plus opaque, MGMT revêt des airs de grande œuvre autiste, élaborée par deux cerveaux cramés évoluant en vase clos (certains titres sont la résultante de jams sessions de trois heures dans un studio coupé du monde).

Peut-être propose-t-on une musique venue d’une autre planète, mais on continue de penser que c’est une musique accessible, entêtante, que l’on peut chanter sous la douche”, s’interroge Andrew VanWyngarden dans les colonnes de Technikart. Dans le mille ! En constatant peu à peu l’ampleur du désastre (commercial), les deux loustiques finiront peut-être par revoir leur conception de l’accessibilité, et ainsi tirer des leçons de cette rouste phénoménale.

Pour l’heure, contentons-nous d’apprécier les quelques titres potentiellement comestibles dissimulés ça et là sur leur troisième galette, tout en rêvant à de meilleurs lendemains. Quoi qu’en pensent les intéressés, MGMT reste pour nous le seul binôme capable de rendre le psychédélisme aussi sensuel. Puissent les dieux du glamour nous entendre, et ainsi remettre les deux américains sur le droit chemin. En espérant qu’il ne soit pas déjà trop tard.

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- Morgan Henry -
@Esco

*Extrait de l’interview accordée au magazine Technikart de septembre

2 Commentaires
  1. mirsa le 8 octobre 2013 à 22 h 27 min

    Hey, ton proncipal argument est l’échec commercial mais depuis quand les chiffres de vente d’un album permettent d’en déduire la qualité ? Dans ce cas Justin Bieber et compagnie produisent des symphonies. Ce que fait MGMT ne fait de gros chiffres mais c’est presque volontaire, ils ont bien dit qu’il ne faisaient de la musique pour être en haut de je ne sait quel classement.
    Certes il n’y a pas de « tube » sur cet album, tout comme sur le 2éme. Il est fait pour être écouté d’une seule traite.

  2. Esco' le 9 octobre 2013 à 17 h 40 min

    Je pensais pourtant avoir été suffisamment clair sur le caractère autiste, maudit et incompris du disque.

    Toutefois, si l’article ne te permet pas de comprendre ce qui cloche dans cet album au-delà de l’aspect commercial, je te conseille de lire la chronique que nous avons fait du disque : http://neoboto.com/chroniques-du-mois-septembre/