David Bowie, Woodkid, Depeche Mode, The Doppelgangaz, Rocé etc. Mois très chargé !
Chroniques du mois : Mars
Bonobo – The North Borders (Ninja Tune)
Simon Green (aka Bonobo), même perdu dans le tracklisting d’une compile Nature&Découvertes, sera toujours à-même de trouver le juste milieu entre downtempo/trip-hop et world music pour te faire head banger sur du Luth. Porte étendard du label Ninja Tune depuis douze ans déjà, Bonobo a peu à peu réussi à se défaire de son étiquette de “downtempo hero” pour explorer les territoires laissés encore vierges par Erykah Badu, Amon Tobin et Boards of Canada. The North Borders garde cette fragile harmonie entre mélodie chantée et breaks mid-tempo qu’il magnifie depuis Animal Magic (2001) et confirme la place de Bonobo dans toutes bonnes playlist tamisées. - Vincent -
David Bowie – The Next Day (ISO/Columbia)
Le réveil du grand Bowie à l’aube de ses soixante-six ans s’est savouré à toutes les sauces en ce premier trimestre 2013. Un dispositif exceptionnel a été mis en place à coup de Hors-Série fulgurants (Vibrations, Les Inrocks) et de rétrospectives plus ou moins justes sur la carrière et l’œuvre du Ziggy Stardust. À tord ? Surement pas, car David Bowie reste l’un des derniers dinosaures encore en vie à garder une classe folle et un crédit éternel. Mais disons-le tout de go, ce nouvel album studio (son premier en dix ans) est une purge à tous les niveaux. Vieillot, austère, terriblement daté au niveau de la production, plus dans le coup vocalement, The Next Day est un foirage en bonne et due forme. Et pourtant, au détour d’un refrain ou d’un accord de gratte, le Bowie que l’on a tant aimé semble renaître de ses cendres, en un quart de seconde ou parfois sur un morceau complet (voir le merveilleux “Valentine’s Day”). Preuve que malgré l’époque, Bowie reste avant tout le Starman qu’il chantait en 1972. “There’s a Starman waiting in the sky”… Les étoiles ne meurent jamais. - Morgan Henry -
Depeche Mode – Delta Force (Venusnote Ltd.)
Indémodable, intemporel, immortel, tous les superlatifs à la con ne pourraient suffire à exprimer au plus près ce que Depeche Mode est à la musique, sorte d’hybride polymorphe à la voix rauque qui a forcément réussi à éjaculer au moins une fois dans votre encéphale. Tout en polissant leur univers catholico-dépressif, la bande de Dave Gahan revient avec Delta Machine et laisse derrière elle les critiques qui l’avaient ensevelie une fois le millénaire passé. Dès la première piste “Welcome To My World”, on est peu surpris par l’opulence électronique mise en avant par ces pionniers de la New-Wave, mais on est plus déconcerté par les influences Blues qui parsèment cette relique. À mi-chemin entre deux époques, Depeche Mode n’est pas mort, ni même un souvenir des années 80, mais plutôt une épitaphe digitalisée pour les générations à venir. - Vincent -
DJ Koze – Amygdala (Pampa Records)
Et si l’allemand Stefan Kozalla, alias DJ Koze, venait de sortir le meilleur disque de musique électronique de ce début d’année ? Nous ne sommes certes qu’au mois d’avril, mais on imagine mal comment Amygdala, deuxième album solo en neuf ans pour l’Hambourgeois, pourrait être évincé des tops de fin d’année. En treize pistes et soixante dix-huit minutes (!), Koze triture une house gavée d’influences soul et dub à s’en rompre la nuque. Et convie par la même occasion une brochette d’invités prestigieux allant de Caribou sur le vaporeux “Track ID Anyone” (jetez-vous sur Jiaolong, son projet solo sorti fin 2012) à Apparat sur “Nices Wölkchen” (morceau du disque). Amygdala est un projet extrêmement ambitieux, qui pêche parfois par sa longueur, mais mérite une attention particulière et une écoute approfondie. Nul doute que cette livraison saura pimenter vos longues soirées printanières. - Morgan Henry -
How To Destroy Angels - Welcome Oblivion (HTDA, LLC)
Depuis qu’il ne fait plus dans le gros rock indus qui tâche, Trent Reznor (leader de Nine Inch Nails) semble tiraillé entre la pureté des atmosphères instrumentalisées et la nostalgie pubère du retour aux sources. Après s’être essayé à la B.O. avec son alter-ego Atticus Ross (The Social Network, The Girl With The Dragon Tattoo) grâce à la profondeur des réalisations de David Fincher, Trent a décidé de clore le premier chapitre du side-project « électronirique » qu’il mène avec son épouse Mariqueen Maandig (ex West Indian Girl). Concentré d‘émanations cauchemardesques et angéliques, How To Destroy Angels impulse de l’émotion et de la vie dans tout ce qui, entre les mains d’un autre, aurait sonné sourd. Dans la strict lignée des deux EP précédents, Welcome Oblivion tire les ficelles d’un complot musical orchestré par Radiohead, Burial et Deftones sur fond d’orage organique. Rien que ça… - Vincent -
Justin Timberlake - The 20/20 Experience (RCA Records)
Plus de six années, voilà ce qu’il aura fallu attendre avant de voir Justin Timberlake retourner derrière un micro plutôt que devant une caméra. Assurément back dans les bacs, le crooner retournait en studio en juin dernier sans « aucun objectif final en tête ». Et pourtant, JT a décidé de faire du neuf avec du vieux (on t’a vu, Timbaland, derrière les manettes !). Plus qu’un retour, The 20/20 Experience est un véritable succès avec plus de 968 000 ventes la première semaine et des records dans tous les sens. Et c’est compréhensible, Justin nous a offert seulement dix chansons (douze dans la version deluxe) mais d’une durée moyenne de sept à huit minutes. À son habitude, il illustre lyriquement les thèmes de la romance et de l’amour, voire plus si affinité, histoire de te voler une nouvelle fois ta copine grâce à des titres efficaces comme « Pusher Live Girl », « That Girl » ou « Strawberry Bubblegum ». Mais cet album ne se résume pas qu’à cela, JT parvient aussi à nous faire voyager grâce aux rythmés « Let The Groove Get In » et « Don’t Hold The Wall ». Par la même occasion il crée l’hymne au costard/cravate du samedi soir accompagné du seul featuring du projet, l’indétrônable Jay-Z sur « Suit & Tie ». Parcours presque parfait, le seul bémol serait l’étirement de certaines chansons jusqu’à lassitude. Mister Timberlake a remercié ses fans de cet accueil sur son Twitter se disant « sans voix ». Ce serait dommage étant donné qu’une suite de l’album est prévue pour novembre 2013… - Adrian Huguenot -
Lady - Lady (Truth & Soul)
Une fois de plus, le label Truth & Soul prouve qu’il a de la ressource. En signant le duo Lady, Leon Michels et Jeff Silverman mettent une nouvelle fois à l’honneur une soul moderne teintée d’un grain 60′s détonnant. En effet, si Lee Fields représentait ces dernières années le fer de lance de la maison-mère, garant d’une musique éclatante sertie de son écrin de velours, Nicole Wray et Terri Walker incarnent une force brute délibérément tournée vers un groove audacieux (« Get Ready », « Money », « Waiting On You »…). Rappelant à elles le background de Matha Reeves & The Vandellas, les deux chanteuses n’en restent pas moins ancrées dans l’air du temps comme l’atteste ce premier opus extrêmement convaincant et qui prouve que la soul d’aujourd’hui ne doit pas être abordée via l’unique prisme rétro. - Pierre-Jean Cléraux -
Lil Wayne – I Am Not A Human Being II (YMCMB)
Après un Carter IV en demi-teinte et un piteux album de rock, Lil Wayne se devait de relever le cap en ce début d’année 2013 et prouver à ses détracteurs qu’il était toujours ce MC truculent capable d’envolées métaphoriques poussives que l’on avait aperçu sur ses précédents sorties. Autant l’affirmer d’emblée, la mission est loin d’avoir été menée à son terme. Pire, IANAHB2 est sans conteste le plus mauvais album de la longue carrière du MC/skateur à dreadlocks. Magma poussif de lyrics salaces (amusez-vous donc à dénombrer les « pussy », « lick », « dick », « bitch » et autres « cum ») apposés sur des beats au fort potentiel épileptique saturés d’auto-tune (« No Worries », « Beat The Shit », « Curtains »), le dixième album solo de Wayne est une caricature de ce que la carrière de Weezy a de plus horripilant. On en viendrait presque à trouver Soulja Boy crédible sur « Trigger Finger », c’est dire. -Nicolas Rogès-
Rocé - Gunz N’ Rocé (Hors Cadres)
Après trois albums et plus de dix années d’activisme rap, Rocé avait-il encore quelque chose à prouver ? Malgré un titre poussif et une jolie cover qui joue la carte de la sobriété (Tcho/Antidote), la question nous taraude avec la parution de Gunz N Rocé. Pourtant, après tant de temps passé à déployer un discours fortement enraciné dans une dimension sociale à caractère politique, après avoir scruté les vices d’une société française en proie à ses démons les plus pernicieux, le natif de Bab El-Oued n’en a semble-t-il pas terminé. Epaulé - entre autres - par DJ Karz à la production, Rocé évite les écueils du conformisme en proposant une riche palette de compositions tantôt syncopées (« En Apnée »), tantôt épurées (« Assis Sur La Lune ») voire subtilement éthérés (« Magic »). Côté lyrics, Gunz N Rocé brille par sa dextérité, entre punchlines bien senties et métaphores pertinentes qui viennent enrichir des sujets murement réfléchis. Comme le disait Koma, l’importance c’est de n’être « jamais dans la tendance mais toujours dans la bonne direction« . - Pierre-Jean Cléraux -
Sadek – Les Frontières du Réel (EMI)
On y avait pourtant cru. Après une mixtape annonciatrice d’une suite lumineuse, le premier effort de solo de Sadek était pour le moins attendu au tournant. « C’est Pas Grave », premier extrait des Frontières Du Réel donne le ton donne le ton d’un projet à la teneur bien légère : lyrics à la limite du risible, beat simplissime et flow poussif, le supposé nouveau poids lourd du game se fourvoie dans un égotrip maladroit. « Arbouch In Paris », « What’s Love », « C’est Moi Qui Paye », « Tonight » ou encore « Mektoub », plombés par des instrumentaux à homogénéité frappante n’ayant d’égal que la pauvreté des envolées verbales du MC sont autant d’écart incompréhensibles de la part d’un rappeur de sa trempe. Les rares éclaircies (« Rapublicain », « La Parisienne ») ne parviennent pas à effacer les carences d’un album que l’on aurait voulu d’une toute autre ampleur. Gageons cependant que Sadek a le charisme et le talent pour s’extirper de cet écart de parcours. –Nicolas Rogès-
The Strokes – Comedown Machine (RCA)
Que reste-t-il des Strokes après des années passées à essuyer les rumeurs de séparation et les critiques d’un public qui comprend de moins en moins la trajectoire du groupe qui l’a tant fait rêver au début des années 2000 ? Et bien malheureusement, pas grand chose ! Comme le laissait entrevoir Angles, son prédécesseur sorti (déjà) dans une ambiance délétère en mars 2011, la bande de Julian Casablancas semble définitivement inapte à donner suite à son chef-d’œuvre Is This It (2001). Sur Comedown Machine, les Strokes prennent clairement des penchants pop lo-fi frisant plus d’une fois le très mauvais goût (“Chances”, “80’s Comedown Machine”), et délaissent pour de bon les guitares sixties qui firent leur renommée en début de millénaire. Loin d’être un piteux album, ce cinquième effort des américains s’écoute comme un disque de rock lambda sans jamais nous faire dresser les poils, ni même nous procurer un soupçon de magie. Un comble pour un groupe qui avait toutes les cartes en main pour se construire une légende. - Morgan Henry -
The Doppelgangaz – Hark (Groggy Pack Entertainment)
Après le succès unanime de son album Lone Sharks en 2011, le groupe The Doppelgangaz, composé de Matter Ov Fact et EP, était attendu par toute une horde de fans cette année. Après une promotion pour le moins alléchante, les deux comparses ont débarqué au début du mois avec leur nouvelle facture baptisée Hark. Douze pistes entre morceaux rappés et instrumentaux comme ils ont l’habitude de nous servir, aucun featuring ; la recette est la même pour ce nouvel effort à la fois cohérent et de très grande qualité. Les productions sont encore une fois la grande force du projet, permettent ainsi d’exacerber ce côté obscur/sinistre que le duo tente d’insuffler à chacun de ses opus. En résulte de véritables pépites au rang desquels figurent « Skin Yarmulke », « Oh Well » ou encore « Barbiturates ». On a déjà hâte qu’un nouveau projet voit le jour. - Rémy -
Woodkid - The Golden Age (GUM)
La hype aura fait de lui son petit protégé le temps d’un EP et d’un clip somptueux, la voila de nouveau rassasiée pour quelques années à l’occasion d’un premier album étonnamment ambitieux. Mais avouons le tout de go, Woodkid ne s’est pas contenté d’un petit opus anodin avec ce Golden Age aux forts accents de péplum contemporain et à la thématique - l’enfance - on ne peut plus intemporelle et universelle. Grandiloquent, baroque, épique, le kid s’est fendu d’une pop lyrique démonstratrice dont le mystère se cache derrière cette armada de cuivres et de percussions martiales. A la manière d’un conte du XIXème siècle, The Golden Age véhicule un imaginaire fait d’illusions et de désillusions, là ou le fantasme infantile se heurte à la réalité d’airain de l’âge adulte. Alors rendons au kid ce qui appartient au kid, sa grandeur et sa décadence, son audace et son désir d’absolu. - Pierre-Jean Cléraux -





Desole de faire le relou mais je preferait beaucoup le systeme de chronique precedent ou on pouvait reconnaitre les gouts musicaux de chaque « critique » atravers le tableau final car c’est dur de se fier a un chroniqueur dont on ne connait pas les gouts et les criteres de jugements.
Tout d’abord merci pour l’intérêt que tu portes aux chroniques !
Concernant la disparition du tableau des notes, ce dernier n’avait plus raison d’être à cause de certaines carences notamment au niveau de la notation (trop de trous dans le tableau), de plus il s’est avéré que pour des raisons pratiques et internes à la rédaction, le tableau s’est avéré au fil des mois plus une gène qu’un véritable atout. Nous comprenons parfaitement l’argument pratique qui vise à identifier via les notes chacun des chroniqueurs mais jusque-là ceci nous faisait l’effet d’une épine dans le pied qu’il serait trop long à expliquer ici.
Encore merci à toi pour ta fidélité. Espérons que la signature des articles et la récurrence des noms des chroniqueurs te permettront de t’aiguiller (ou pas) dans tes choix et tes avis ! A très vite !
Désolé d’en rajouter une couche, j’ai bien lu la réponse que vous avez apporter. Mais je suis tout à fait BDK par rapport au fait qu’il faudrait au moins savoir les goûts des chroniqueurs et aussi les critères de jugements. Parce que je trouve les notes envers les projets Hip-Hop/Rap vraiment très sévères… Pas forcément que sur cette critique la note de IANAHB2 est peut-être méritée et puis on ne m’en a pas dit du bien(je ne l’ai pas encore écouté)… Mais sur beaucoup d’autres critiques les notes sont un peu sévères…. Des albums dit assez bien dans pleins de critiques par exemple se retrouvent avec une note minable, et des albums présentés comme toutes les autres critiques comme le top de cette année, comme des bijoux, des futur classiques n’ont pas le droit à un 4 minimum… Je sais que les chroniques sont subjectives et qu’on écoute pas forcément tous la même chose mais pour certains albums j’ai l’impression qu’ils sont notés un peu trop durement !
Peace.
Malheureusement la critique reste un acte subjectif et un exercice difficile, mais c’est aussi tout son intérêt. Notre but est de fonctionner en totale indépendance, c’est-à-dire sans subir et infléchir un avis selon la notoriété de l’artiste, la connivence, ou selon les avis des autres médias ou l’engouement médiatique. Derrière les chroniqueurs se cachent des personnes formées à une culture musicale parfois très large ou très pointue (parfois les deux). Vous verrez au fur et à mesure des chroniques, vous allez finir par repérer les chroniqueurs sur lesquels vous pourrez vous baser pour une éventuelle écoute (si ce n’est pas déjà fait). Nous comprenons votre attachement à ce tableau, mais dans le cadre de la refonte éditoriale du site (c’est à dire défricher l’actu hors rap) ce fameux tableau comportait de sérieuses limites (beaucoup d’albums non écoutés et de fait beaucoup de trous dans le tableau).
Nous préférons donc ainsi écouter moins d’albums afin de prendre le temps de mieux les écouter, de mieux les répartir selon les aptitudes des rédacteurs et en donner une critique la plus sincère possible. Quant à la justesse d’une note ou d’une critique, chacun se forgera son propre avis.
Merci à vous en tout cas. En espérant que vous prenez du plaisir à lire même si un désaccord peut parfois subvenir. Si tout le monde était d’accord la culture serait d’une tristesse épouvantable.