"The first love is the sweetest"
Back dans les bacs : Justin Timberlake vol. 20/20
Sorti il y a quelques jours, The 20/20 Experience rompt avec le silence quasi-total que Justin Timberlake avait instauré depuis son album FutureLove/SexSounds. Pendant plus de six ans il aura fallu se contenter de quelques apparitions sur des morceaux promotionnels, ne représentant rien de bien intéressant à se mettre sous la dent. Une absence pendant laquelle l’artiste multiplie les rôles au cinéma et joue la carte de l’entrepreneur en misant sur la réincarnation de MySpace et en lançant sa ligne de vêtements William Rast. Peu importe les projets dans lesquels il se lance, tout semble sourire à cet artiste qui étend ses activités dans tous les secteurs du show-business. Alors pourquoi a-t-il décidé de remettre les pieds en studio ?
Le cas du Justin Timberlake musicien est une affaire de sentiments. Et inutile de ligoter la pensée freudienne dans une cave et de lui briser les genoux pour vous affirmer que tout remonte à l’enfance.
Membre du Mickey Mouse Club, Justin n’a alors que douze ans mais pousse déjà ses premières envolées lyricales aux côtés de sa future ex-compagne Britney Spears. Déjà armé d’une certaine présence scénique à faire pâlir Ryan Gosling avec qui il partagera l’affiche plus tard, il n’a même pas encore atteint la puberté qu’il fait déjà vibrer les filles grâce à ses couplets de rap mielleux.
Ambitieux et bercé par des rêves qui deviendront réalité, il fonde ensuite le boys band N’Sync et vole la vedette à ses partenaires avant d’exploser en solo avec son premier single « Like I Love You » en 2002. Produit par les Neptunes, on y retrouve une apparition du duo Clipse : le morceau rassemble les adolescentes hystériques et les fans de rap poudreux. Le signe d’un artiste qui se dirige de plus en plus vers le hip-hop sans jamais vraiment franchir le pas. Avec du recul, ce morceau issu de l’album Justified fait figure de cerise sur le gâteau : tout le disque est une merveille, les productions de Timbaland et des Neptunes s’enchaînent dans une harmonie à mi-chemin entre Earth, Wind & Fire et le Thriller de Michael Jackson.
« Certains des morceaux qui avaient été composés ont été proposés à Michael Jackson en premier, mais son manager ne les aimait pas vraiment donc ils ont été donnés à Justin à la place. » Pharrell Williams
Sept millions de ventes plus tard et après avoir brillé aux côtés des têtes de liste en matière de productions hip-hop, Justin ne se trimballe plus cette image de « blanc voulant faire de la musique de noir », les gens ont mûri, les gens ont compris. Malheureusement, tout n’est pas rose sous le coucher de soleil qui se dresse à l’horizon : bien que le considérant comme son poulain, Pharrell ne tient pas à collaborer à nouveau avec lui, et pour cause. La maison de disque de Justin, Jive Records, est légalement responsable des Clipse - les protégés de Pharrell - et est bien décidée à les laisser mourir en ne proposant aucune stratégie marketing aux rappeurs. Voilà pourquoi FutureSex/LoveSounds sorti en 2006 sera quasi entièrement composé par Timbaland. Toujours avec cette approche pudique vers le rap, on y retrouve une apparition de Three Six Mafia et de T.I. Néanmoins, Timbo nous propose une musique de club, plus langoureuse. Probablement un des signes des futures collaborations du producteur avec la ravissante Nelly Furtado. Pour l’anecdote, Justin dédiera la tournée de l’album à la défunte Aaliyah, artiste légendaire qui posa les bases du genre neo-soul mélangé au hip-hop et qui aura largement participé à l’explosion de la carrière de Timbaland.
Deux albums, plus de vingt millions de disques vendus et subitement plus rien, pourtant au sommet de sa carrière, la superstar prend une toute nouvelle direction. Une quinzaine de long-métrages, une nomination aux Oscars pour son rôle dans The Social Network et pourtant Justin donne une interview totalement différente de ce qu’on pouvait attendre de la part d’un homme qui brille au grand écran. Il y parle d’un éventuel retour aux origines : « Tout ce que j’ai appris au cinéma, je veux l’appliquer à la musique et voir ce que ça donne ».
De retour en studio, il compose sans but en tête et en ne se fixant pour seule règle que de se faire plaisir, une période pendant laquelle il déclare avoir vécu le meilleur moment de sa carrière. C’est à l’aube du mois de janvier alors que le monde entier l’avait déjà oublié, que l’artiste tentaculaire nous balance un tweet à la gueule. Un modeste « I’m ready » accompagné d’une vidéo qui n’annonce pas vraiment la couleur des choses.
Lorsque le premier extrait de l’album « Suit & Tie » voit la lumière du jour, c’est l’effervescence : un morceau accrocheur qui marque le grand comeback du crooner ténébreux sur une production de l’éternel Timbaland. Le morceau est également teinté de l’intervention du Jigga Man dont les apparitions sont si rares et donc si précieuses. De son expérience dans le cinéma, Justin aura au moins gardé ses relations : David Fincher viendra lui prêter main forte en réalisant le clip du morceau. « De la musique que l’on peut voir », ainsi résume-t-il son album.
« Si Pink Floyd et Queen peuvent faire des morceaux de 10 minutes, alors pourquoi pas moi ? » Justin Timberlake
C’est donc six années qui se sont écoulées depuis le dernier album de Justin Timberlake, une éternité en matière de pop. À l’époque où sortait FutureSex/LoveSounds, personne n’avait entendu parler des Justin Bieber, Lady Gaga et autres Adele. Loin d’être tombée dans l’oubli, la nébuleuse Justin/Timbo nous livre un album qui n’est pourtant pas aussi contagieux que ses anciens projets : difficile de trouver un morceau aussi accrocheur qu’un « Cry Me A River » ou « Rock Your Body ». Les pistes ont une durée moyenne de sept minutes et se détachent de ce qu’a pu faire Justin Timberlake auparavant. Exit l’émotion instantanée qui a fait le succès de Timberlake et place à une réelle épreuve pour les fans : apprécier un album basé sur les mélodies langoureuses et les sonorités psychédéliques comme en témoignent les morceaux « Spaceship Coupe » et « Blue Ocean Floor ».
• Rolling Stone, Justin Timberlake Promises A Return to Music
• Forbes, Justin Timberlake and Jay-Z : A New Model For A New Music Industry
• New-York Times, Timbaland & The Neptunes (2004)
• New Musical Express, ‘If Led Zeppelin can have 10 minute long songs why can’t I?’
Arnaud Sommie
@somesta





