Toute ressemblance avec l'album de Doc Gynéco est purement volontaire

La Troisième Consultation de Tyler, the Creator

4 avril 2013 . 2 commentaires
By Arnaud, in Lifestyle

Dernière séance d’une trilogie de trois albums, le nouveau projet de Tyler, the Creator vient de faire son entrée dans les bacs. Intitulé Wolf, il intervient dans un ordre établi par Tyler et sa Conscience, personnifiée par le Doctor TC, et se présente une nouvelle fois sous la forme d’une consultation chez son psychologue. Trois entretiens dans lesquels le leader du crew Odd Future se confie indirectement à ses auditeurs, ouvrant alors les portes d’un univers démoniaque où les chats règnent en maîtres et les croix chrétiennes sont renversées. Entre syndrome de Peter Pan et Gilles de la Tourette, on fait le tour des pathologies qui font le génie de ce « fuckin’ walkin’ Paradox ».

 

Dédoublement de la personnalité
« It’s like my mood change like these god damn seasons »

Qu’il intervienne sous le nom de Wolf Haley, Ace, Tron Cat, Sam, Young Nigga ou autre, Tyler prend plaisir à multiplier les alter-égos. Que ce soit pour la promotion de son album, pour alimenter son show télévisé Loiter Squad ou tout simplement pour réaliser des publicités, le kid met à contribution son sens de l’observation pour recréer des personnages tous plus stéréotypés les uns que les autres. Ainsi, lorsqu’il revêt la moustache de Thurnis Haley, il dépeint les traits d’un golfeur enthousiaste de 53 ans qui passe plus de temps sur son green qu’avec sa famille : «j’avais pas vu mon gosse depuis trois ans, j’étais en train de golfer. » Dans le rôle de Young Nigga, il caricature les rappeurs monorimes, reproduit leurs mimiques et fait pleuvoir les billets par la fenêtre de sa Twingo. Poussant le vice à son paroxysme dans le morceau « Slater », il ira jusqu’à tenter d’établir une discussion avec son vélo préféré, avant que Frank Ocean ne vienne l’interrompre.

 

Carence affective
« Dad isn’t your name, see Faggot’s a little more fitting »

Obsédé par l’absence de son père depuis son enfance, Tyler laisse à de nombreuses reprises transparaître les souffrances que l’abandon de son paternel lui a faites subir. Cette incompréhension transformée en haine se manifestait déjà dans le morceau « Bastard » de l’album éponyme sorti en 2009 dans lequel il racontait n’avoir rien à foutre de signer un contrat avec quelconque maison de disque, réclamant simplement l’adresse mail de son père pour lui raconter à quel point il le déteste. Un thème qu’il aborde une nouvelle fois dans le morceau « Answer » où il s’imagine avoir une discussion au téléphone avec son père, lui avouant qu’il considère son manager Clancy comme son vrai père, ce dernier lui ayant donné la chance de voir un monde dont il ne soupçonnait même pas l’existence. Également dévasté par la mort de sa grand-mère, il nous raconte sa visite à l’hôpital dans le deuxième couplet de « Lone », révélant alors sa profonde vulnérabilité face à des situations auxquelles il n’a jamais été confronté.

 

Gilles de la Tourette
« Geek, fag, stupid loser find a rope to hang »

Connu pour son vocabulaire fleuri, il a souvent été au centre des polémiques pour ses « vulgarités à répétition ». En utilisant 68 fois le mot « bitch » sur les 73 minutes de son deuxième album Goblin, il est clair et net que le bonhomme a réalisé une performance toute relative. Attaqué de toutes parts pour ses propos considérés comme homophobes, misogynes et généralement dégradants, le jeune homme s’est fait défendre par de multiples artistes et en particulier par Eminem, dont le principal combat a été de briser les conventions sociales qui le réduisaient à son statut de « rappeur blanc ». « J’en sais assez sur eux pour savoir qu’ils repoussent les limites du socialement acceptable » déclarera ce dernier.

Syndrome de Peter Pan
« On m’a dit que je pouvais devenir ce que je voulais. Alors j’ai décidé d’être une licorne »

Et si ce Gilles de la Tourette était volontairement exagéré ? Bien que hautement atteint par tous ses problèmes personnels, Tyler reste un gamin qui vient tout juste d’avoir la vingtaine et qui prend plaisir à choquer les gens, que ce soit à travers ses vidéos à l’esthétique satanique - dans lesquelles les images subliminales pleuvent - ou littéralement en tenant des propos tels que « hey mec, le sandwich que tu manges a été contaminé par le SIDA ». Des propos puérils que son âge permet d’excuser, ce dernier étant la seule frontière entre l’expression d’une créativité dénuée de toutes limites et une attitude provocante et éhontée. Dans son album Goblin, il se disait assez jeune pour se faire violer par Michael Jackson, de là à penser qu’il a contracté la même angoisse vis-à-vis de l’âge adulte, il n’y a qu’un pas.

 

Hikikomori
« Now I’m surrounded by a 25 hound of fuckers tryna get a photo »

Nous venant tout droit du Japon, cette pathologie psychosociale touche principalement de jeunes adultes. Se sentant accablés par leur rôle au sein de la société et ne voyant aucune alternative possible, ils choisissent de s’isoler, tout comme Tyler qui vit très mal ce « ravissant cauchemar » qu’est la célébrité. Cette renommée qui fait l’objet d’une diatribe dans le morceau « Colossus » dans lequel Tyler raconte qu’il se sent aussi seul que les biscuits qu’avalent les mannequins anorexiques. S’il avoue sans problème que l’argent règle une majorité des problèmes matériels, il affirme aussi se sentir écrasé par la pression sociale qu’instaure le fait d’être Tyler, the Creator et crève de pouvoir vivre une vie normale, que ceux qui étaient autrefois ses icônes soient devenues ses amis les plus proches ou non. « God I wanna quit, but I can’t, cause mother and sister can’t pay the rent » nous raconte-t-il dans Lone, le dernier morceau de l’album.

 

Bipolarité
« I fucking hate you, but I love you »

Lorsqu’on lance l’écoute de l’album, on est immédiatement conquis par la douce mélodie de « Wolf » : une voix langoureuse nous lance des « you » à tue-tête et les notes de piano résonnent dans nos crânes comme si une erreur de clique nous avait emmené vers le dernier Timberlake. Une atmosphère à laquelle le bonhomme coupe-court immédiatement en lâchant un simple « fuck ». Ce qui ressemblait alors à la musique d’ambiance de l’ascenseur menant au paradis se transforme alors en un « fuck you » pur et dur. L’ascenseur nous emmène alors dans une direction radicalement opposée pour nous déposer dans les geôles de l’enfer. Un peu plus loin dans l’album, Tyler s’éprend d’amour pour une jeune femme - Salem - sur le morceau « IFHY », avant de l’insulter au rythme des accords du synthétiseur qu’il a appris à maîtriser aux côtés de Pharrell Williams. « Crazy who makes me the happiest can make me the saddest. »

 

Troisième album de celui qui s’est fait connaître en avalant un cafard, si Wolf n’avait pas été un album il aurait été un film plus sombre que le placard dans lequel Frank Ocean se cachait. Scénarisé de toutes pièces avec ses personnages imaginaires et ses intrigues décalées, ce disque marque une fois de plus le talent de Tyler, the Creator dans la narration. Lui qui se reconnaît dans le style cinématographique de Wes Anderson s’inspire de son esthétique acidulée dans les clips et vidéos qu’il réalise lui-même. Souvent joueur et parfois vulnérable, il aborde une bonne fois pour toutes ses problèmes personnels et notamment son rapport à la célébrité. De son propre aveu pressé de retourner se gratter les dragonball sur son canapé, le jeune homme prétend à une vie simple dans laquelle il oscillerait entre sa nouvelle Xbox et les rayons de son vendeur de DVD préféré.

 

• LA Weekly, Tyler, the Creator : Horsing Around
Noisey, The Conspiracy Theorist’s Guide To Tyler, The Creator’s ‘Wolf’ Trilogy
• Okayplayer, Big Ghost reviews Wolf

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Arnaud Sommie
@somesta

2 Commentaires
  1. Lometto le 4 avril 2013 à 18 h 10 min

    Fun et pertinent.

  2. Dudu le 5 avril 2013 à 19 h 15 min

    Bon, je vais rien dire sur l’article parce que ça ne m’intéresse pas et je risquerai d’être grossier, libre à chacun d’aimer ce qu’il veut.
    Mais sinon un détail : va revoir ta définition de schizophrénie mon pauvre, aucun rapport avec ce dont tu parles !