Kanye West et Mike Tyson s'imposent

Very Bad Trip 2, le hip-hop voyage avec eux

28 mai 2011 . Pas de commentaire
By Sipowitz, in Featured, Urban culture

Un futur marié, un prof beau goss, sûr de lui et frimeur, un dentiste ultra intègre et un frère idiot coupé de la réalité, c’est avec ces quatre personnages que Very Bad Trip (The Hangover) a fait un succès inattendu mais colossale au box office en 2009. Le calcul étant plutôt simple à comprendre pour ceux qui s’occupent de faire de l’argent avec le cinéma, une suite avec les mêmes ingrédients devrait rapporter le beurre et l’argent du beurre. C’est ainsi que naît Very Bad Trip 2, dans lequel on retrouve toute la bande, et au lieu de se réveiller dans une situation indélicate dans un hôtel luxueux de Las Vegas, c’est à partir d’une chambre miteuse en plein Bangkok qu’ils vont devoir recoller les morceaux de mémoire.


“On prend les mêmes et on recommence”
, cette phrase circule dans quasiment toutes les critiques qui se respectent, et que l’on peut croiser à propos du nouveau film sorti mercredi dernier. Si la presse est quasiment unanime sur l’inutilité de cette suite qui propose seulement l’exotisme cliché de l’Asie en plus, et la surprise de la fraicheur du concept en moins, il est possible de nuancer ces propos. Todd Phillips semble totalement assumer un humour qui s’appuie sur la répétition et l’accumulation vis à vis du premier volet. Puisque personne ne s’en cache, cela donne une deuxième comédie légère, divertissante, sans cérébralité qui, excepté les critiques pour qui ce genre de démarche reste toujours un peu difficile à concevoir, a une aura très universalisante.

Loin d’être inutile, cette “Part II” permet de confirmer un phénomène qui mettait déjà la puce à l’oreille lors du premier. Après une courte introduction présentant la situation et les personnages, éclatait, devant nos yeux et dans nos oreilles, “Can’t Tell Me Nothing” de Kanye West sur l’arrivée fracassante de la clique à Las Vegas. Le son, clairement utilisé pour donner un impact et de la classe à la scène, révèle un changement certain dans la perception du hip-hop dans le cinéma américain.

Si, dans le monde même de la musique, son intégration dans la culture populaire n’est plus à prouver, (il suffit de comparer sa place au sein d’une cérémonie comme les Grammy Awards avec celle laissée lors des Victoires de la musique en France), en ce qui concerne le cinéma, tout est moins évident. Le rap ne trouvait sa place jusqu’à présent qu’au sein de films très indépendants voire engagés, Do The Right Thing de Spike Lee en étroite collaboration avec Public Enemy en est le meilleur exemple. Ou pire, le genre musical était habituellement noyé dans un ensemble d’éléments ne servant qu’à signifier lourdement que l’on se trouve dans un quartier difficile et nous faire comprendre que les personnages que nous allons voir sont dans la misère et vont soit s’entretuer pour de la drogue, soit se battre de façon acharnée à force de travail pour s’en sortir.

Le premier Very Bad Trip semble avoir déblayé le terrain pour un “2” totalement décomplexé où l’on trouve “Stronger” et “Monster” de Kanye West , “Imma Be” des Black Eyed Peas ou, pour aller plus loin jusque dans la culture afro-américaine, “Pusher Man” de Curtis Mayfield. Un mouvement a été tranquillement opéré du statut de culture marginale à celui de culture populaire. Pas de ghetto à l’horizon, les personnages sont blancs et riches, mais surtout très cool. Et le plus surprenant, c’est que l’on ressent nettement qu’une telle soundtrack a été spécifiquement choisie pour les rendre justement si cool.

Outre un petit clin d’oeil à Lil Wayne, au delà de la musique, la culture afro-américaine semble avoir trouvé sa place dans les références comprises par les masses. On ne s’étonne donc pas d’avoir Mike Tyson en guest-star de poids dans les deux films jouant son propre rôle, ni de le voir accompagné sur les tapis rouges de la première, de Nas ou de Diddy.


Le hip-hop correspond à Very Bad Trip et Very Bad Trip correspond au hip-hop. Les gens (ou plutôt les jeunes, pour ne pas être trop gourmand) sont prêts à apprécier l’harmonie entre les deux, surtout parce que le hip-hop montre enfin au cinéma, outre son image sérieuse et politico-sociale, un pan incontournable de sa culture si riche, la légèreté, le spectaculaire, l’épicurisme. La prochain étape : un peu moins de clichés sur la culture asiatique…



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