Entretien "Back To The Roots" avec Blitz The Ambassador
[Interview] Blitz The Ambassador
Alors que Blitz The Ambassador vient de livrer l’un des albums les plus époustouflants de l’année, NeoBoto a voulu en savoir un peu plus sur cet artiste aux multiples casquettes. Naviguant dans un univers où l’afro-beat est légion, Native Sun fait partie de ces opus qui se vivent du début à la fin. Blitz nous reçoit dans un petit restaurant africain, et nous parle, entre deux plats, de son art, de son amour pour l’Afrique et de son attachement à Brooklyn.
- A-t-il été difficile pour toi de venir aux Etats-Unis faire ta propre musique ?
Ça n’a pas été simple. En tant qu’immigrant, quand tu arrives quelque part, tu essayes de trouver comment t’adapter, tu n’entreprends pas de te différencier. C’est pour cela que, pendant un moment, ma musique essayait de se conformer à cette nouvelle société. Ce nouvel album est l’occasion pour moi de montrer qui je suis véritablement. Cela m’aura pris dix ans.
- Les Nubians disent de toi que tu es le nouveau KRS One. Comment vis-tu la comparaison ?
Vous savez, ces gens ont construit à partir de rien. Ils ont créé quelque chose qui n’existait pas. J’essaye également d’innover mais, en réalité, j’emprunte ce qui était déjà présent. Pour être honnête, en aucun cas je ne saurais être comparé à ces individus. Des artistes comme KRS One, Chuck D et De la Soul sont des légendes, nous essayons simplement d’imiter ce qu’ils ont fait. Cependant, j’essaye d’étendre leurs influences, je ne suis pas uniquement un suiveur. C’est un long processus mais je pense être à un stade où j’améliore ce qu’ils ont laissé en héritage.
- En tant que Ghanéen, quel est ton avis sur ce qui se passe actuellement en Côte d’Ivoire ?
La Côte d’Ivoire est très proche du Ghana puisque beaucoup d’entre nous ont de la famille en commun, nos cultures se mélangent. De nombreux rescapés du premier conflit se sont réfugiés au Ghana. Ce qui se passe en Côte d’Ivoire arrive dans la plupart des pays d’Afrique, c’est désolant. Certaines personnes ont une soif incommensurable de pouvoir et s’y tiennent, qu’importent les conséquences. La Côte d’Ivoire a de nombreuses ressources naturelles dont le monde a besoin. C’est le premier producteur de coco et, sans cette denrée, il n’y a pas de chocolat, rien. A chaque fois qu’un pays est un grand exportateur d’un produit, il y a toujours des forces extérieures qui viennent le secouer, parce que personne ne veut acheter ces choses au bon prix. Certaines personnes blâment ces forces extérieures alors que le problème vient des deux côtés. Si nous résolvons nos différents internes, alors très peu de variables extérieures pourront nous affecter.
- Comment te sens-tu vis-à-vis de la nouvelle génération hip-hop représentée par Kid Cudi, Odd Future ou Big Sean ?
Comme vous dites chez vous, c’est “comme-ci, comme-ça”. La ferveur qui animait les populations d’Amérique il y a quelques années n’existe plus. Les Afro-Américains ont toujours les mêmes problèmes mais sont moins revendicateurs qu’avant. On a naturellement évolué vers quelque chose de “party & bullshit”. De nos jours, une majorité de la musique hip-hop s’oriente vers cette tendance. Le marketing n’est plus centré qu’autour de considérations du genre “combien ai-je d’argent ?”. Quand je rentre chez moi, les gens galèrent pour manger, il n’y a pas de systèmes qui aident les populations. Les deux voix du hip-hop ne peuvent pas venir d’Amérique, elles doivent venir d’autres parties du monde parce que les situations qui l’ont façonné n’existent plus aux Etats-Unis aujourd’hui.
- Y a-t-il des artistes que tu écoutes quand même ?
Bien sûr ! J’aime beaucoup Fashawn, certains titres de Wale aussi. Kid Cudi ? Il est trop soft pour moi. J’aime le hip-hop violent, mais il a ses fans et c’est cool. Sinon, j’aime beaucoup Blu et ce qu’il apporte au mouvement. Mais en général, je trouve que ces gars n’ont pas assez faim, je les trouve parfois trop passifs. Avec le passé que j’ai, j’ai besoin de quelqu’un qui me ressemble et qui me fasse comprendre que tout n’est pas rose.
- Pour toi, le hip-hop doit forcément apporter un message politique et engagé ?
Non, pas du tout. Quand tout cela a démarré, la beauté résidait dans la diversité des artistes et du son. Regardez Biz Markie par exemple. C’était un clown ! Et quand tu voulais quelque chose de sérieux, tu te tournais vers Public Enemy. Ces diversités doivent exister pour façonner le hip-hop. Le problème est qu’aujourd’hui, les artistes regardent ce qui est susceptible de faire de l’argent. Quand je sors du club et que je me réveille le lendemain matin sans un sou pour payer mon loyer, je ne peux pas écouter du 50 Cent ! Je suis un adulte, je peux trouver d’autres musiques. Les jeunes écoutent cette merde 24h/24 et 7jrs/7, c’est mon seul souci. Il faudrait qu’il y ait un équilibre. Nous avons besoin d’artistes qui vous emmènent ailleurs.
- Brooklyn est-il un endroit qui t’a inspiré dans ta vie d’artiste ?
Brooklyn, c’est comme la maison. C’est une chose que je ne peux pas expliquer. Quand tu es là-bas, il y a des vibrations. Le fait de savoir que Biggie a marché dans ces rues, de voir l’appartement de Jay-Z… tout est là ! BK est une Mecque où les gens immigrent. La crème de la crème atterrit à Brooklyn. Le niveau de compétition et de créativité est extrêmement élevé. Si je veux être considéré comme l’un des meilleurs à Brooklyn, je dois être aiguisé comme jamais. Ce quartier rend n’importe quel artiste meilleur.
- Sur Native Sun, tu explores beaucoup de sonorités comme l’afro-beat et le highlife. C’était important pour toi d’évoluer vers d’autres influences ?
Pendant la conception de Native Sun, j’ai réalisé que je n’étais pas rentré chez moi depuis presque six ans. Quand je suis revenu au Ghana, j’avais l’impression de ne pas être complètement Ghanéen car j’avais vécu outre-Atlantique pendant très longtemps. De la même manière, je ne me sentais pas complètement américain. J’ai appelé l’album Native Sun car, selon moi, le soleil est au centre de tout. Ses rayons se font ressentir partout. Je ne pouvais pas séparer mes expériences d’amateur de Radiohead de celles de Bjork, Fela Kuti, Public Enemy ou KRS One. Toutes ces influences ne sont en réalité qu’une. Native Sun est un voyage vers mes origines. J’ai utilisé le son africain comme socle. A partir de là, j’ai bâti mes influences.
- Tu as collaboré avec beaucoup d’artistes d’horizons différents (Les Nubians, Chuck D, Keziah Jones, Corneille etc.). Comment se sont faites ces connexions ?
C’était incroyable de partager des expériences et d’enregistrer avec tous ces artistes. Nous avons parfois enregistré séparément, via internet. Les Nubians et Chuck D sont les seuls avec qui j’ai travaillé directement. Pour Baloji, je suis tombé par hasard sur une vidéo, et j’ai fait : “Wow, ce mec est dingue !”. C’était très naturel, son histoire est similaire à la mienne. J’ai aussi Shad, qui vient du Rwanda comme Corneille, mais qui habite au Canada. Tout était bien réfléchi, je n’ai pas contacté tel artiste parce que je pensais qu’il pourrait me rapporter de l’argent. C’était juste des individus qui faisaient partie intégrante de ma démarche artistique. Je suis très fier de la diversité présente sur l’album et j’ai d’ailleurs prévu une autre version, The Alernative Sun, où je réarrange totalement certaines musiques. Il y aura des invités comme Roy Ayers ou Mos Def…
- On va faire un truc simple. On te donne deux possibilités et tu dois choisir l’une ou l’autre. Basquiat ou Andy Warhol ?
Basquiat ! Pas besoin de commenter, c’est évident.
- James Brown ou Georges Clinton ?
Georges Clinton ! Trop facile, j’espère que vous allez m’en donner des plus durs (rires).
- Motown ou Stax ?
Voila ! Si je dis Stax, c’est Isaac Hayes. Si je dis Motown, c’est Michael Jackson… Humm, Motown. Mais celle-là est difficile.
- Eastcoast ou Westcoast ?
N’importe quand : Eastcoast ! Facile.
- Pharrell ou Kanye ?
Kanye.
- Adidas ou Nike ?
Je peux dire Puma ? (rires) Adidas !
- Underground ou mainstream ?
(rires) Mec… Je ne peux pas répondre. Je m’abstiens pour celle-là.
- Pour terminer, Brooklyn ou Ghana ?
Wow ! Arrête mec ! Brookly…ghana. C’est de là que je viens ! (rires)
Blitz The Ambassador (feat. Corneille) - Best I Can :
Crédit photo: Nina Kauffmann




Sisi elle fait plaisir l’interview… bonne nouvelle « The Alernative Sun, »
Le mec a l’air vraiment naturel sans prise de tête, c’est agréable à lire, seul chose c’est que je lui aurai bien demander si le passage de »Blitz » à Blitz the Ambassador » correspondait à un changement dans sa vie… (pas seulement artistique)
Sinon Native Sun est juste une des meilleurs sorties de ce premier semestre !