Une nouvelle croix rouge pour le Time
Tim O’Brien, l’homme qui a tué Ben Laden
L’absence d’image peut s’avérer très problématique lorsque l’on attendait la preuve de la suppression du plus gros méchant de notre planète. Dans un monde apparemment à l’image de celui d’Harry Potter o๠le mal peut être simplement personnifié en un seul homme (Voldemort chez eux, Ben Laden chez nous), un magazine comme le Time a bien du donner une image de victoire. L’illustrateur Tim O’Brien s’est chargé de tirer un trait sur le personnage et nous offre ce portrait barré d’un X rouge.
Les vieux démons du Time
Le portrait relève tout d’abord de la prouesse technique d’un artiste qui dessine un visage détail par détail pour que le résultat semble plus vrai que nature. Mais la couverture aussi simple soit elle, comporte deux éléments primordiaux: le dessin de Ben Laden réalisé par l’artiste depuis 2002 et le X rouge dégoulinant. à‰voquant le sang et/ou la peinture qui coulent, la position du Time par rapport à sa représentation des bad guys ne manque pas d’ambiguà¯té non plus.
A part si l’on est un fervent lecteur du Time de plus de 80 ans, il est difficile de se rappeler que ce fameux X a été utilisé seulement à 5 reprises au cours de l’histoire. Le choix est révélateur: Adolf Hitler le 7 mai 1945, Le drapeau Japonais (pour Hiroshima et Nagazaki) le 20 aoà»t 1945, Sadam Hussein le 21 avril 2003, Abu Musad Al-Zaqawi le 13 juin 2006 et enfin Oussama Ben Laden le 20 mai 2011. 60 ans ont passé entre le nazisme et le terrorisme mais le Time et derrière lui, les à‰tats-Unis semblent n’avoir fait qu’un pas entre ces deux incarnations du mal absolu. On vous laisse réfléchir aux potentiels messieurs maléfiques que les Américains n’ont pas osé barrer durant cette longue ellipse temporelle.
Les méchants de Tim O’Brien
Les illustrateurs sont des artistes bien particuliers, leur création se nourrit de contraintes; celles de l’actualité comme celles des rédactions qui les embauchent. Même s’il ne semble ne rien réaliser contre son gré « I love painting X’s over bad guys », passant de l’illustration des prêtres pédophiles à celle de Gandhi, on peut tout de même percevoir le manichéisme ou les thèmes convenus véhiculés par une presse généraliste.
Pourtant lorsque Tim est sollicité pour l’exposition « Monster? » à la Copro Gallery, dont la seule commande (comme son nom l’indique) est de représenter un monstre, l’artiste se là¢che et en profite pour créer du surprenant. à‰tant un grand habitué de l’étude des visages de monstres il choisit cependant de réaliser une interprétation réaliste de Charlie Brown, le compagnon tout à fait inoffensif de Snoopy.
Au delà de tous ces portraits qui représentent le gros de son travail, Tim O’Brien reste un artiste complet qui sait se diversifier en se délectant notamment de l’inspiration que lui offrent ses pairs. Beaucoup de ses travaux ne sont pas choisis à la publication par ses journaux. L’artiste les expose donc quotidiennement sur son blog accompagné d’explications très approfondies, nous permettant d’apprécier de nombreux jeux avec l’actualité, ses personnages emblématiques et différentes formes d’art.
« I can count on every year to be asked to do some sort of master copy for an illustration. When an image becomes so iconic that it works as a vehicle for satire or making a broader point, I tend to get these assignments. I love doing them because they are often great learning opportunities and over the years I’ve painted in the style of Da Vinci, Bruegel, David, Gilbert Stewart, and many others. »




